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12.05.2006
Une histoire pas drôle
- Clara, je pars faire les courses…
- Tu vas où ?
- Au centre commercial.
- Attends, je mets mon manteau. Je viens avec toi.
- Non.
- Quoi ? mais y a cette robe super belle qu’il me faut absolument.
- Je te rappelle que tu es punie à cause de ton dernier bulletin.
- Oh aller ! c’est bon, je travaillerais mieux pour le prochain.
- Tu m’avais déjà dis ça le mois dernier. Donc non !
- Tu le fais exprès de me brimer de toute façon…
- …
- est ce qu’au moins je peux aller voir Inès ?
- non.
- Quoi ?
- Non. Tu es punie. Tu restes à la maison un point c’est tout. Profites en pour faire tes devoirs pour changer. Ça te fera du bien pour une fois.
- Pas le droit de sortir ? Mais ça va pas la tête ? de toute façon, je te déteste ! Hurle Clara en sortant de la pièce.
Surtout claquer la porte pour qu’elle comprenne à quel point je lui en veux. Et celle de ma chambre aussi… de toute façon, je la hais. Elle fait tout pour me faire chier.
Mathilde, la mère de Clara sort de la maison de soupirant… avoir une adolescente de 12 ans à la maison, c’était pas de tout repos. Un long combat au quotidien. Et depuis que Clara fréquentait Inès et sa bande, elle était de pire en pire…
Et puis, à chaque fois qu’elle se rendait au centre commercial c’était la même histoire. Crise de larmes, injures, portes qui claquent, puis quand elle cédait, c’était les magasins de mode pendant deux heures. Et une fortune de dépensée.
Pour une fois, elle serait ferme et laisserait Clara piquer sa crise de nerfs toute seule. Et puis elle aussi avait besoin de se changer un peu les idées. De se reposer. Parce que depuis que Clara s’était fait des nouvelles copines, cette Inès et sa bande, elle était devenue intraitable. Capricieuse. Elle qui avait de si bons résultats scolaire se laissait complètement aller et ses notes chutaient de façon catastrophique. Un peu de repos loin de tout ça lui ferait le plus grand bien.
D’un autre côté, elle se sentait coupable de laisser Clara toute seule à la maison un samedi après midi… Ses frères étaient partis avec Pierre, son mari pour bricoler dans la maison de François, le frère de Pierre. Clara était vraiment toute seule dans la maison. Même pas ses frères. De remords, elle compose le numéro de la maison. Occupé. Fallait s’en douter. Elle doit déjà en train de raconter à Inès à quel point sa mère est un monstre et la tyrannise.
Le centre commercial. Situé à cinq kilomètres du village, c’est l’attraction du coin pour tous les adolescents. Ils s’y retrouvent en bande le samedi après midi. Assis devant. En train de fumer leur clope pour les mecs. A zoner devant les boutiques. A essayer tous les nouveaux vêtements « waouh, c’est trop cool ce truc, il me le faut ABSOLUMENT » pour les filles… Faut dire que dans la région, il n’y a pas grand-chose à faire. Excepté quelques champs, la forêt, le stade… c’était très mort comme endroit. Quand ils avaient emménagé dans ce pavillon il y a quelques années, Clara et ses frères n’étaient que des enfants. Et un jardin la contentait sans problème. Une balançoire. Ses Barbies et les legos de ses frères… c’était parfait. Ils avaient fait ce choix quand Pierre avait été muté par son boulot. Dans la ville voisine. Avec une augmentation considérable. Qui leur permettait de quitter leur appartement de la cité pour ce pavillon dans ce petit village de campagne.
En cinq kilomètres on a le temps de laisser défiler ses pensées… Mathilde était arrivée au centre commercial.
Bon aller… ailleurs les mauvaises pensées. Cet après midi, c’est pour moi. Et puis je lui prendre sa robe. Comme ça ce soir au moins, elle fera pas la gueule…
Clara n’avait pas mauvais fonds. Et ça la faisait chier de s’être encore disputée avec sa mère. Mais Inès disait que si elle voulait réussir à être vraiment une fille cool, il fallait qu’elle arrive à obtenir tout ce qu’elle voulait de ses parents. C’est comme ça qu’elle faisait elle et on lui disait jamais rien. Elle avait toujours tout ce qu’elle voulait. Et faisait tout ce qu’elle voulait. Faut dire aussi que ses parents n’étaient pas souvent là. Ils étaient souvent en voyage pour leur boulot et Inès restait seule avec sa grande sœur…
Mathilde ne s’était pas trompé. A peine la voiture avait elle quitté l’allée que Clara s’était ruée sur le téléphone pour appeler Inès.
- allo ?
- ouais, c’est moi.
- Ça va ?
- Non !
- Ta mère ?
- Ouais. Elle fait chier. Elle s’est barrée au centre commercial et moi je suis enfermée ici.
- Quoi ? ça craint !
- Clair… soi disant que mes notes seraient en chute libre et catastrophique. Mais je suis sûre que c’est juste pour me faire chier…
- Ouais… c’est galère ça… t’as même pas le droit de sortir ?
- Non.
- Tu veux que je vienne ?
- Pas le droit non plus. Faut que je fasse mes devoirs pour une fois parait il….
- Pas cool…
- C’est clair… mais je m’en fiche. Je compte pas bosser. Rien que pour le faire chier…
- Attend ! elle t’as dit pour combien de temps elle en aurait ?
- Ouais… quatre heures environ. Entre les courses et les magasins. Elle veut prendre du temps pour elle… rien que ça. En me punissant et me cloîtrant ici…
- J’ai une idée…
- Vas y ? balance ?
- Le centre n’est qu’a cinq kilomètres. On en a pour une heure à pieds en marchant vite… au pire, on peut essayer de faire du stop… si on part dans cinq minutes, ça nous laisse au moins une heure et demie pour faire les magasins… faudra juste ruser pour pas croiser ta mère…
- Carrément. Ça le fait… tu sais que t’es brillante toi des fois ?
- Ouais, je sais… t’es prête ? on se retrouve à la sortie du village dans cinq minutes ?
- Yap… à toute…
C’était brillant. Comment ça se faisait qu’elle n’y avait pas pensé elle-même. Se carapater à pieds pour aller là bas. Et puis ça ferait une bonne leçon à sa mère. La priver de sortie. Et puis quoi encore. Pour qui elle se prenait d’abord ?
Faudrait juste pas se faire choper. Mais ça sera encore plus drôle. De devoir se planquer. Un peu de piquant dans sa journée. Bon juste le temps de faire une retouche maquillage au cas où il y ait Samuel et sa bande… heureusement qu’elle s’était sapée en perspective du centre commercial ce matin. Le jean qu’il fallait. Avec le bon débardeur.
Pour aller au centre commercial à pieds, elles avaient le choix. Entre longer la route nationale, le plus direct ou prendre la petite route de campagne. Elles prendraient la petite route. Moins de risque de croiser une connaissance. Presque personne ne passait par là. C’était pas très rassurant comme route. En plein milieu de la forêt. Mais au moins elles seraient tranquilles.
Quand elle arrive à la sortie du village, Inès est déjà là qui l’attend. Sapée juste comme il faut elle aussi. Avec sa robe courte….
- on y va ? pas de temps à perdre. Plus on traînera, moins on aura de temps pour faire les magasins.
- T’as raison… on passe par la petite route ? c’est plus sûr.
- Elle me file les jetons cette route. Mais ouais, au moins, on croisera personne.
- Ya. Moi aussi elle me fout les jetons, mais là on est deux. On craint pas grand-chose.
- Ouais… et puis y en que pour moins d’une heure… on va marcher vite…
- Ouais…
- Elle craint trop ta mère… te priver de sortie à cause de tes notes. Si en plus elle apprend que tu sors avec Samuel, elle va péter un câble et te faire enfermer au couvent…
- Clair. Faut surtout pas qu’elle le sache…
- Il sera là bas ?
- Peut être. Il m’a dit qu’il allait traîner avec ses potes cet après midi…
Ça faisait une semaine maintenant qu’elle sortait avec Samuel. Son premier petit copain. Elle était super fière. C’était un mec de troisième. Et elle était qu’en cinquième. Ça assurait trop… Samuel avait quatorze ans. Il habitait la cité, là où elle vivait avant. Et là où elle allait au collège. Il était venu la voir l’autre jour pendant la pause. Et lui avait dit qu’elle lui plaisait et que ça serait cool si elle devenait sa copine. Elle…. La copine de Samuel ! le gars le plus cool du collège. Avec sa mobylette. Et la façon il dont tenait sa cigarette quand il fumait… il était vraiment trop cool… toutes les filles de sa classe étaient jalouses depuis… cette robe, c’était pour ça qu’elle voulait l’acheter. Pour aller à une soirée où il l’avait invité. Sa mère le savait pas encore. Mais elle trouverait bien un mensonge pour qu’elle la laisse sortir. Et elle arriverait à négocier pour que la punition soit levée. D’ici à dans deux semaines…
- aller on a fait la moitié…
- ouais… on commence à le voir au loin… t’as des thunes toi ?
- ya… un peu… et toi ?
- ouais, j’ai pris ce que j’avais de côté et j’ai piqué dans la tirelire de mon frangin pour le reste… je le remettrais avant qu’il s’en aperçoive. De toute façon, il compte jamais. Et il est tellement radin qu’il dépense rien… il pense qu’à son piano. Et à lire…
- ouais… mais qu’est ce qu’il est craquant….
- Peut être… mais il est craignos. Je t’assure. C’est mon frère, je le connais. C’est pas toi qui le supporte tous les soirs avec ses leçons de morale à deux balles… genre… les parents ont raison, Clara, il faudrait que tu sois un peu plus sérieuse et que tu penses plus à tes études… tu sais… blablabla….blablabla…
- Clair… t’as vu on a pas croisé une voiture depuis qu’on est parties. Ça fait combien de temps qu’on marche là ?
- 20 minutes… c’est long… j’ai mal aux pieds avec ses chaussures…
- moi aussi… j’aurais pas du mettre mes talons… mais ça me grandit… et si on croise une voiture, on a qu’à faire du stop…
- ouais… euh, faut quand même faire gaffe…
- c’est bon, on risque rien. On est deux… et puis j’en fais des fois avec les autres filles de la bande…
- ok… dès qu’on voit une voiture alors…
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