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16.07.2006
une petite suite
Fermer les yeux… et partir… fermer les yeux et imaginer qu’elle est loin de tout ça… ce n’est qu’un cauchemar… je vais fermer les yeux et quand je les ouvrirais, je serais dans mon lit, chez ma grand-mère…
La matinée était presque terminée… dans quelques minutes le repas… comment est ce qu’elle allait faire… elle voulait pas voir Inès. Elle voulait voir personne d’ailleurs. Juste rester toute seule…
La sonnerie. Clara rouvre les yeux. Elle est toujours en classe. C’est pas un cauchemar. C’est juste la réalité. Si seulement…
Toute la classe se dirige vers la cantine. Dans la foule de la file d’attente, elle aperçoit Inès qui lui fait signe…
- eh Clara… tu viens ?
- euh, j’ai pas très faim là…
- aller… abuse pas… t’avais promis qu’on pourrait parler un peu à la pause ce matin, et je t’ai cherché partout sans te trouver…
- oui… j’étais … euh, je suis restée dans la salle pour voir un truc avec ma prof principale…
- ok…
- mais j’ai vraiment pas faim là… plus tard ok ?
- ouais… si tu veux… je te retrouve où ?
- euh, sais pas … je crois que je vais aller au Cdi…
- ok…
Clara savait bien qu’il fallait qu’elle passe par là… mais elle ne voulait pas… tout ce qu’elle voulait, c’était fermer les yeux… et les rouvrir loin de cette réalité cauchemardesque…
Et si elle se barrait d’ici ? tout simplement… pourquoi pas… après tout… le collège n’était pas surveillé. A cette heure beaucoup d’élèves partaient pour aller manger chez eux. Et rentraient plus tard… alors pourquoi pas…. Mais pour aller où ?
Au Cdi, personne… au moins ici elle serait tranquille pendant quelque temps. Personne pour lui faire de remarques. Personne pour lui poser de question. Juste le silence. Comme dans le bureau de son grand père. Et tous ces livres… au moins ici, elle se sentait bien…
Elle ne voulait pas voir Inès débarquer. Et briser ce calme et cette tranquillité. Elle avait pris un livre au hasard, c’était cachée dans un coin et s’était enfuie dans cet autre monde. Dans cette autre réalité… au bout d’une demie heure, pour ne pas avoir à croiser Inès, elle avait emprunté le livre et était partie se cacher dans un couloir pour lire tranquille. Si seulement elle pouvait rester là toute l’après midi… si seulement…
Mais les si seulement… ne sont que des rêves et des espoirs… et pas la réalité… et les si seulement ne sont pas toujours réalisables… quelque volonté et force qu’on y mette… alors dans la réalité, Inès l’avait trouvée… et dans la réalité, elle a du parler…
- mais qu’est ce que tu fous là ? t’avais dis que tu serais au Cdi ?
- ouais, je sais… mais j’en ai eu marre d’attendre là bas… et comme t’arrivais pas, je suis sortie…
- ah… j’pensais que tu voulais m’éviter…
- pourquoi je voudrais t’éviter ?
- je sais pas… une impression comme ça… tu réponds pas au téléphone pendant deux mois… ce matin, pas moyen de te trouver à la pause… et là, t’étais pas là où on devait se retrouver… juste une impression…
- …
- faut qu’on parle Clara …
- je sais… mais là, j’ai pas trop la tête à ça…
- peut être… mais j’ai l’impression que tu m’en veux depuis… que tu m’évites...
- non…
- et puis t’es bizarre aussi depuis…
- comment ça bizarre ?
- bah tu souris pas, t’as maigri, tu …
- pas maigri… qu’est ce que tu racontes ?
- tu parles plus, tu ne manges pas le midi…
- je t’ai dis que j’avais pas faim… j’irais en fin de service…
- je sais pas si t’as vu l’heure, mais tu l’as loupée la fin de service…
- bon bah tant pis alors… de toute façon, toujours pas faim… alors…
- ouais… t’es vraiment bizarre tu sais…
- peut être…
La sonnerie de reprise des cours… la sonnerie de reprise des cours… la sonnerie… prière muette qui finirait bien par s’exaucer…
- fais voir ton emploi du temps…
- tiens..
- merde… on a aucun horaire en commun. Sauf le mercredi, on finit à la même heure…. Mais toi le mercredi tu vas au piano…
- ouais… dommage…
- même pour les repas… on mange jamais à la même heure…
- t’as raison…
La sonnerie enfin… enfin la sonnerie…
- bon faut qu’on y aille là…
- ouais… mais on a pas pu parler…
- on trouvera bien un moment…
- mouais… je sais pas pourquoi mais j’ai un doute là…
- t’inquiète…
Clara était soulagée… encore trois heures… et elle allait rentrer chez elle. Elle pourrait se mettre au piano… et puis quand ses parents rentreraient, elle monterait dans sa chambre…
Si seulement elle pouvait partir d’ici… maintenant, elle savait où elle irait… le seul endroit où elle se sentait bien… le seul endroit où personne ne l’embêtait…
20:29 Publié dans Textes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note



Commentaires
Bonsoir Laeticia;
Je sais, cela fait au moins le quatrième commentaire que je vous laisse.
J'ai lu votre "histoire pas drôle"...
Elle s'est arrètée l'an passé.
J'y ressens une grande tristesse.
Cela me touche.
Faire de nos souffrances des forces; voilà ce que j'espère que Clara réussit à faire.
La vie est si belle.
Toujours.
Etre là
Respirer
Ressssspirer......
Sentir l'écorce du vieux chêne tri-centenaire sous nos paumes fatiguées; nous rappeler ses visions d'autrefois...
Ecouter l'oiseau sur sa branche siffler damoiselle pour son bonheur...
Ressentir surtout....
Ressentir
Le coeur qui bat toujours...
Comme un tambour sans guerre...Inlassable preuve d'existence; de conscience....
Oui.
J'espère que Clara sait.
Sait que les pires souffrances de celles qui emmurent dans des silences qui font hurler; oui, que même celles-ci ne valent pas grand chose posées à côté de tout ce qui fait que l'on vit.
Faire du temps son allié aussi.
non pas pour oublier; mais pour gagner sur nous-même; pour finir d'accepter ce que nous sommes; Hommes tout simplement.
Oui, j'espère...
Nicolas
Ecrit par : Nicolas | 05.12.2007
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