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29.10.2006

un instant de lecture

Juste un petit passage extrait d'un roman de Stewart O'Nan, Nos plus beaux souvenirs...

"elle se sentait plus près de la vie quand elle séloignait de la sienne propre. C'était la raison pour laquelle les gens voyagaient, songea-t-elle, mais ils voulaient des paysages majestueux, des merveilles de la nature, de magnifiques panoramas. Elle se contentait de regarder les autres."

 

Première partie de la fin de partie...

Lucie ne pensait pas y arriver. Cette semaine impossible. Mais on était samedi et tout était enfin derrière elle.

 

Cette semaine impossible. Départ mardi matin. Il est 6h. La valise était prête depuis la veille au soir. Ses dossiers, ordinateur, vidéo projecteur, billets de train et d’avion, hôtels réservés, taxis prévenus des horaires d’arrivée, tout était prêt…

 

Il est 6h. Départ pour Beauvais. Enfin, un endroit situé à quelques kilomètres de Beauvais, quelque part dans l’Oise. Direction le RER. Incroyable comme rien ne se ressemble tôt le matin.

 

Le RER. Le A d’abord. Puis le B. Puis la gare du Nord. Il est maintenant 6h50. Lucie et sa collègue son dans le train. Une bonne heure plus tard, elles sont à Beauvais. Une bonne journée de travail. Présentation sur le Manga le matin. Puis la Rentrée Littéraire l’après midi.

 

Une bonne journée de travail en perspective.

 

Et ce fut une bonne journée de travail. Avec comme à chaque fois sur le Manga, sa partie préférée, les idées reçues… ou comment faire face à des phrases comme, le manga, c’est violent, il y a du sexe partout, les histoires sont sans intérêt, les dessins moches… bref. Sa partie préférée. Et ce mardi n’y a pas dérogé. Lucie aime ce moment où tout bascule. Ce petit moment où elle tente de convaincre les réfractaires, leur montrant des mangas, citant des auteurs, des histoires. Elle aime ce moment où elle voit les certitudes de certaines personnes vaciller doucement. Où elles sont confrontées à leur jugement parfois hâtif. Et ce mardi n’a pas dérogé à la règle. On peut ne pas aimer le manga pour adolescent, des séries comme One Piece, Dragon Ball… mais mettre dans le même sac ces séries et d’autres titres tels que Quartier Lointain, ou Gen d’Hiroshima. Alors elle s’amuse.

 

Puis l’heure du repas. Avec tout ce qu’il implique. Parler. Etre l’image de la jeune fille qui représente sa boite, sérieuse, modérée, pondérée. Tout ce qu’elle n’est pas. Toujours un calvaire ces journées dans lesquelles il y a un repas.

 

Puis la journée continue. Il y a du monde aujourd’hui. Environ 40 personnes. Très grande assemblée. Trop pour une présentation sur la Rentrée Littéraire. Surtout après un repas. La digestion. Fatidique. Tout garder l’auditoire en éveil. Le maintenir attentif. C’est encore plus épuisant. Mais Lucie et Caroline s’amusent. Clairement. Cette présentation, elles commencent à la connaître. Depuis un mois. Alors elles lisent des extraient des livres qu’elles préfèrent. L’élégance du Hérisson de Muriel Barbéry pour Caroline, Le livre de Sam de Raymond Federman pour Lucie, puis Un Siècle de Novembre de W.D. Wetherell pour Lucie et Extrêmement fort et incroyablement près de Jonathan Safran Foer pour Caroline. Elles s’amusent, et visiblement ça plait. L’auditoire ne dort pas. Et la journée se termine doucement.

 

Il est maintenant 17h40. Elles sont à la gare de Beauvais, dans le train de retour qui ne va pas tarder à partir. Dans 3 heures, Lucie doit être dans l’avion à Roissy. Mais avant, il y a 1h10 de train pour Paris, puis 30 minutes de RER pour l’aéroport, puis l’enregistrement, puis l’embarquement… sans compter les correspondances et les retards.

 

Mais c’est pas possible. Tout est contre moi aujourd’hui. Lucie n’arrête pas de regarder sa montre. Impossible de faire autre chose. Le train vient à peine de partir et il est déjà bloqué. Cinq minutes qu’ils sont à quai. Et pas de message. Rien. Quand le train redémarre enfin, elle ne parvient pas à souffler. Quand elle sera dans l’avion seulement. Et c’est cet instant que choisi Sébastien pour lui envoyer un texto. Il doit aller avec elle là bas, dans le sud de la France, mais en train. Et là, il lui annonce que son train et bloqué pour un accident voyageur. Mais c’est pas possible. Tout se ligue pour qu’elle n’arrive pas là bas…

 

Avec 10 minutes de retard, le train arrive en gare du Nord. Direction le RER B… et là… trafic perturbé. Ok. Ce n’est pas grave. Il faut relativiser. Il est 19h05. Lucie le sait, mais d’instinct regarde sa monte pour la dixième fois en 2 minutes. Le RER est annoncé pour dans 5 minutes. Quasiment direct pour l’aéroport. Quasiment. A cette heure, les directs ne circulent plus de toute façon. Le RER entre enfin dans la gare.

 

Une étape de franchie. Dans le RER, Lucie est incapable de se concentrer. Elle n’arrive qu’à regarder sa feuille easy jet lui indiquant le terminal, qu’elle connaît par cœur, terminal 3, c’est pourtant pas difficile à retenir, les horaires, 20h20, fin de l’enregistrement, 20h30 début de l’embarquement, 21h, décollage, 22h20 arrivée. Elle le sait tout ça. Par cœur, mais elle ne peut pas s’en empêcher. Pour se rassurer, inconsciemment, alors qu’en fait, ce petit manège ne fait qu’augmenter son énervement et son stress. Enfin l’aéroport. Enfin. Une cigarette. La dernière avant d’arriver à l’hôtel, mais ça, elle ne le sait pas encore. D’ailleurs, si elle su, elle l’aurait savourée cette cigarette, plutôt que de tirer dessus nerveusement.

 

Evidement le guichet easy jet est blindé. Et forcément, les personnes mettent 3 heures à se faire enregistrer. Mais c’est pas vrai. Ils le font exprès ou quoi ? Elle ne parvient à penser à rien d’autre de toute façon. Juste regarder sa montre toutes les 30 secondes et s’énerver encore plus. Enfin vient son tour. Elle a son billet. Et il est 20h30. Porte d’embarquement. Présenter son billet et ses sacs. Puis l’attente pour rejoindre l’avion. C’est seulement maintenant qu’elle commence à souffler. Mais pas trop. Confirmer l’arrivée au taxi. Rappeler l’hôtel pour prévenir du retard de Sébastien qui devait récupérer les clés. Rappeler Sébastien. Son cerveau tourne à 100 à l’heure. Son estomac aussi. Mais elle est incapable d’avaler autre chose que du café. Le 6ème de la journée. C’est pas très grave. De toute façon, je ne serais pas couchée avant minuit ou une heure du matin.

 

Et elle est enfin dans l’avion. Direction Nice. C’est beau quand même. Ce matin, Neuilly, puis le nord de l’Oise dans la journée et cette nuit, si dieu le veut bien, je dormirai à Cannes. Parce que le taxi, c’est pour rejoindre Cannes depuis Nice. Parce que forcément à cette heure il n’y a plus de train. Et puis… sincèrement, rejoindre la gare, après l’avion, puis prendre le train, arriver à Cannes à pas d’heure, trouver l’hôtel… bref… elle a choisi la solution de facilité. Le taxi. L’avion décolle enfin. Le décollage. Sûrement le moment qu’elle préfère. Se sentir plaquée contre son siège par la puissance de l’avion, les lumières de la ville qui s’éloignent…

 

Une heure et quelques minutes plus tard, l’avion se pose sur la piste d’atterrissage de Nice. Un peu violent l’atterrissage. A croire que le pilote était pressé d’arriver. Les passagers sont gentiment propulsés vers les fauteuils devant eux. Bon maintenant, il faut que je trouve le taxi. Vive les téléphones portables. Le chauffeur est bien là. Direction Cannes. Il est bavard ce chauffeur. Lucie n’a aucune envie de parler. Tout ce qu’elle veut, c’est arriver, poser ses affaires et dormir. Dormir. Mais il lui parle. Sans relâche. S’il vous plait, qu’il se taise. Mon Dieu. Je ne suis pas pratique, pas croyante même, mais pour une fois, s’il vous plait…

 

Enfin Cannes, le passage pour touriste bien évidement, la Croisette, de nuit. Enfin, vers minuit, arrivée à l’hôtel. Enfin. La chambre est glauque. L’hôtel est glauque. Tout est glauque. Mais Lucie s’en fiche. Tout ce qu’elle veut, c’est dormir.

 

A peine s’est elle couchée que Sébastien appelle. Lui aussi vient juste d’arriver. A minuit. Après plus de 7 heures de Tgv. Ok. Tout va bien. Au moins, nous sommes sur place. On y est arrivés.

 

Il faut absolument qu’elle dorme. La journée de demain s’annonce difficile. Comme si celle d’aujourd’hui n’en était qu’une faible répétition. Fade reflet de ce qui l’attend demain. Et comme elle s’y attend, impossible de trouver le sommeil. Il y a du bruit. Dans les couloirs. Les murs trop fins laissent passer les sons des chambres voisines. Pas possible. Elle ne sait toujours pas choisir les hôtels par Internet. Pourtant, les photos sur le site avaient l’air sympathiques. Elle s’est joliment laissée bernée, naïve comme toujours, faisant confiance à des images. Mais ce n’est que pour une nuit. Juste une nuit. Qu’elle voudrait tellement passer en dormant. Bon. Ok. Mes gouttes. Ce petit truc homéopathique aux plantes pour dormir. Belle intuition hier soir en le mettant dans mon sac. Et 10 minutes plus tard enfin, le sommeil.

 

 

 

et voilà

 

 

Doc1.doc

 

Une petite carte de mes déplacements en octobre... c'était juste pour exorciser... et on peut visiter une bonne partie de la France en 3 semaines...

A voir en cliquant sur le lien...

27.10.2006

Monhumeur aujourd'hui...

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Même si c'est pas l'école mais le boulot et mes collègues que j'avais envie de............. arghhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh!!!

 

 

21.10.2006

peut être que celui ci aura une fin...

Ce mal de tête qui ne voulait pas la lâcher. Lucie savait très bien qu’il n’y avait rien à faire contre… même ses remèdes habituels ne lui seraient d’aucune aide aujourd’hui : cafés bien serrés, médicaments, nourriture, bercement du train… peu importe. Rien n’y ferait. Depuis le réveil ce mal de tête insidieux la tenait et il resterait là jusqu’à ce soir. Tout ça à cause de cette présentation. Elle veut tellement être déjà ce soir. Le réconfort du sommeil. Quoique. Ce soir, ce grand lit vide et impersonnel qui l’attendait. Dans une chambre d’hôtel. Inconnue. Loin de la chaleur de son chez elle, loin du corps réconfortant et chaleureux de Théo…

 

Ce fichu mal de crâne. Elle avait beau se tenir la tête. Massage juste sur les tempes… puis au dessus des yeux… rien… tout ça à cause de cette foutue présentation. Elle savait qu’aujourd’hui, elle n’avait pas le droit à l’erreur. Qu’elle devrait donner encore plus que les autres jours pour être à la hauteur. Enfin, à la hauteur qu’elle s’était fixée… la perfection… l’inaccessible. Comme toujours, mais en pire.

 

Elle si sûre d’elle habituellement. La voilà redevenue une petite fille timide, mal à l’aise, ne sachant pas quoi faire de son corps et d’elle… elle pouvait parler devant plus de cinquante personnes sans avoir peur… elle pouvait se lancer à l’inconnu sur un sujet ou un livre qu’elle maîtrisait à peine… peu importe… elle assumait et s’amusait… mais aujourd’hui… juste à cause de la présence de Jade, sa cousine, la voilà redevenue petite fille. Cette gamine timide, mal dans sa peau qu’elle était à l’adolescence. Tout ça à cause de cette cousine exubérante. Qui avait toujours su ramener la lumière sur elle. Dès qu’elle entrait dans une pièce, plus personne n’existait. Les regards fixés sur elle. Et elle se fichait des autres. Tellement…

 

Et voilà. Fallait qu’elle ait mal au crâne aujourd’hui. Alors qu’elle n’avait aucun droit à l’erreur.

 

C’est bon. 6h45. Elle avait encore le temps de passer se prendre un café. Son deuxième depuis qu’elle était debout. Et il n’était même pas 7h. La journée ne faisait que commencer. Même si elle était réveillée depuis 5h du matin. Un deuxième café. Elle en prendrait sûrement un troisième une fois arrivée à la bibliothèque. Pour être certaine d’être bien réveillée. La caféine. Amie, ennemie. Avec la nicotine. Rien de tel pour être certaine de tenir la journée.

 

La gare du Nord est déjà noire de monde. A peine 7h. Et tout ces gens avec des valises, des représentants partant en vadrouille, les commerciaux attaquant leur journée… et en sens inverse, la foule qui se déverse des trains. Tous les habitants de la banlieue et de la province qui viennent travailler à Paris. Elle les plaint. Voiture. Train. Métro. Parfois Rer ou encore un autre train. Tous les jours… se lever aux aurores. La nuit pas encore terminée. Les yeux bouffis de sommeil. Le cerveau dans les limbes de leurs rêves et de leurs cauchemars. Et dire qu’elle se plaint d’avoir du se lever à 5h… pour une fois… un café à la main, elle se dirige vers le quai. Voie 21. Ses collègues sont déjà arrivés. Reste sa cousine. En retard pour changer. Elle a beau lui avoir répété qu’il fallait qu’elle soit là à 6h50… mais non… 7h… et toujours personne. Encore 5 minutes et le train part… une cigarette. Avec le café. Rien de tel… le bonheur… elle en oublierait presque son mal de crâne… mais… non… ça y est… rien qu’à voir le manteau rouge de sa cousine s’avancer d’un pas nonchalant au loin, une douleur lancinante se rappelle à elle. Eh merde. Il est que 7h. Encore 7h à tenir. Ce n’est pas si long que ça, non ? Juste une journée de travail pour une personne normale. Pour elle, un calvaire. Et juste la moitié de sa journée de travail. Parce que derrière encore 7h de boulot à fournir. Retourner prendre le train. Direction la Corrèze. Arrivée prévue pour 22h… ce n’est pas si long que ça… de quoi elle se plaint d’abord ! Elle aime les déplacements. Oui, mais pas quand elle doit en plus composer avec sa cousine. Pas quand elle doit se faire face. Se retrouver face à celle qu’elle était il y a encore quelques années, pas si lointaines, pas assez lointaines au vu de la douleur et du souvenir cuisant qui lui en reste. Mon dieu. Elle n’est plus croyante depuis longtemps, mais dans ces moments là, c’est la seule expression qui lui vienne en tête. Mon dieu… qu’est ce qu’elle se détestait ! et qu’est ce qu’elle se déteste encore quand elle se retrouve face à celle qu’elle était…

 

-          bien, maintenant que tout le monde est là, on va pouvoir monter dans le train…

 

-          mouais… Philippe est visiblement d’humeur maussade…. Il n’aime pas trop les gens en retard et nonchalant. Ça a le don de l’énerver.

 

-          Alors… mais quel beau train. Pas comme le truc ignoble de l’année dernière…

 

Mais qu’elle se taise… qu’elle se taise… s’il vous plait mon dieu… qu’elle se taise… elle fait partie de cette catégorie de gens qui ont le don de la fatiguer juste par leur présence en 5 minutes. De ces personnes épuisantes, qui vous vident de toute énergie, comme des vampires. Ils se nourrissent de votre énergie… oh mon dieu, voilà qu’elle se met à divaguer…

 

-          bon alors on fait quoi comme ordre… ?

 

Et c’est parti… représentation numéro 1… la gentille cousine qui se la ferme… et qui se cache…derrière son apparente fatigue… allez Lucie… tu commences à avoir des dons de comédienne de toute façon… travailler. C’est son boulot de gérer ces petits détails. L’ordre de la présentation. Sa cousine voulait le faire par téléphone hier soir. Mais Lucie avait refusé. Ne serait ce que par respect pour sa collègue qui les accompagnait. Parce qu’elle aussi pourrait éventuellement être intéressée par l’ordre de présentation. Etant donné qu’elle en faisait la moitié. Bref… une petite considération de rien du tout pour les autres… Mais parfois, une considération de rien du tout pour les autres demande beaucoup d’efforts pour certaines personnes.

 

Une fois l’ordre établi… l’ordre… ce mot résonne aux oreilles de Lucie comme une injonction militaire. Ordre. Respect. Famille. Tradition. L’ordre établi. L’ordre des choses. L’ordre… ce n’est même pas un beau mot. Dur. Froid. Injonctif. Une fois la liste faite, il restait juste 50 minutes de trajet. Trouver de quoi s’occuper pour ces quelques minutes, cette presque heure, tout ce temps à meubler.

 

Théo lui le avait dit hier soir.

 

-          Evite la confrontation s’il te plait… je te connais, je sais comment tu peux réagir parfois et te fermer.

 

-          Je sais. Mais…

 

-          Oui… aller juste pour une matinée.

 

-          Mouais. De toute façon, je n’ai pas le choix.

 

-          Si, mais ce serait mieux pour tout le monde, non ?

 

-          Oui… Mais elle m’énerve. Je n’y peux rien.

 

-          Pour moi.

 

-          Mouais… je vais essayer.

 

-          Promis ?

 

-          Oui. ..

 

Et ils s’étaient couchés. Elle avait promis…et pour le moment, elle tenait sa promesse. Bon, ça ne faisait que quelques minutes et déjà elle était à cran.

 

La gare de Soisson. Enfin. Comme une délivrance. Et là… Mais c’est pas vrai, elle le fait exprès… self contrôle. Se calmer. La revoilà qui recommençait, comme si personne d’autre n’existait.

 

Ils étaient venus les accueillir à deux voitures. Le directeur de la bibliothèque et son adjointe. Très bien. Deux voitures. Ils étaient quatre. Avec un peu de subtilité elle devrait pouvoir s’en sortir et ne pas se retrouver avec sa cousine pour le trajet en voiture.

 

-          bon, nous avons deux véhicules. Qui va avec qui ?

 

Lucie savait pertinemment avec qui irait sa cousine. Donc, si elle se débrouillait bien, elle devrait pouvoir y arriver. D’instinct, elle se dirige vers la voiture du directeur. Gagné. Elle sait que Philippe va la maudire. Dans sa tête, en silence, elle s’excuse d’avance auprès de lui. Désolée Philippe. Mais c’était toi ou moi. Et je suis pour ma sauvegarde. Comment ça je suis égoïste ? Oui, sûrement un peu. Mais, …

 

La représentation deux commence. Elle se met dans la peau de la libraire commerciale. Lucie aime cette peau. Cette peau dans laquelle elle oublie tout. Toutes ses inhibitions. Tous ses problèmes. Mobiliser toute son énergie. Faire croire qu’elle est en pleine forme. Et aujourd’hui, elle va en avoir besoin de cette énergie cachée quelque part au fin fond de ses réserves.

 

Arrivée à la bibliothèque. Tout mettre en place. Sortir l’ordinateur, le vidéo projecteur, s’assurer que les dossiers sont là, que les livres sont là. Prendre possession de la pièce. Petit à petit.

 

-          mais c’est quoi tout ça ? ça va pas être pratique du tout !

 

Et mer de Chine. Comme dans son enfance. Transformer les jurons les rend moins agressifs, plus doux et naïfs… Mer de Chine.

 

-          alors, tout ça, c’est un ordinateur et un vidéo projecteur.

 

-          Oui, j’ai remarqué. Tu vas pas diffuser un film pendant quand même.

 

-          Mais si bien sûr. Et puis on va mimer les acteurs en plus. je ne t’avais pas dit ?

 

Eviter la confrontation. Eviter la confrontation. Eviter la confrontation. Les paroles de Théo lui reviennent en mémoire.

 

-          Non, en fait, on diffuse un diaporama.

 

-          Avec quoi dessus ?

 

-          Des fiches des livres que nous présentons. Tout simplement. Rien de plus.

 

-          Mais ça craint. J’avais pas prévu tout ça. C’est carrément pas pratique.

 

-          Si. C’est très pratique en fait. Ça nous évite d’avoir à montrer les livres en permanence. Et les personnes dans la salle on un visuel, les informations nécessaires sur le livre. Ça nous évite de nous la jouer présentatrice de télé achat pendant la présentation, c’est tout.

 

-          Mouais.

 

Elle y est arrivée. En fait, parfois, elle peut prendre sur elle, si elle se donne la peine.

 

L’adjointe du directeur de la bibliothèque revient dans la pièce avec des cafés et des gâteaux. Juste avant de commencer, un café, ce n’est pas de refus. Avec une cigarette. Lucie sort prendre l’air. Respirer un grand coup l’air frais du matin. Il fait encore frais à cette heure. Le ciel est gris. Le sol trempé de la dernière pluie. Respirer un grand coup avant de remonter.

 

Les bibliothécaires arrivent peu de temps après. Par petits groupes. La présentation qui devait débuter à 9h débutera en fait à 9h30. Lucie n’aime pas trop ce genre de contre temps. Surtout lorsqu’elle a un train a prendre juste après et que tout le planning est déjà très serré. Il va encore falloir faire des coupes franches dans la présentation. Et mercredi. Celui-ci lui vient de sa grand-mère. Petite, elle n’avait pas le droit de dire de gros mot. Alors sa grand-mère lui avait apprit comment les détourner. Comment les dire sans en avoir l’air. Pour merdre, mercredi, c’était mieux, non ?

 

C’est toujours le même rituel. Les premiers arrivés s’installent toujours au fond. Comme s’ils avaient peur qu’on les interroge durant la matinée. Comme à l’école. Toujours éviter le premier rang. C’est étrange de voir que même adulte on a toujours ce réflexe d’auto protection. Comme si ça nous mettait à l’abri. Les gens commencent à la reconnaître. C’est la troisième fois qu’elle vient ici. Ça se sent dans leur façon de la saluer. Avec ce petit sourire. Pas familier, juste une ébauche de sourire convenu, froid et impersonnel qui dit, ah oui, je me souviens vaguement que je vous ai déjà vu avant. C’est quoi déjà son nom ? un truc imprononçable. La gamine de … quel âge elle peut bien avoir ? pas tout juste diplômée. Un an de plus que l’année dernière, forcément… mais…

 

C’est vrai qu’il est difficile de donner un âge à Lucie. Même elle quand elle se regarde dans la glace le matin, elle n’arrive pas à croire qu’elle a déjà 27 ans. Dans moins de trois ans, 30 ans. C’est difficile à croire pour qui ne la connaît pas. C’est vrai qu’elle ne sait pas se maquiller et qu’elle s’habille toujours comme une adolescente aussi. Elle ne fait pas beaucoup d’efforts pour donner le change sur son âge. Elle pourrait. Mais c’est beaucoup plus drôle comme ça. Se retrouver face à un groupe de personne dont la moyenne d’âge avoisine les 50 ans. Et leur dispenser un cours. Elle aime ce décalage.

 

-          mais c’est vous ?

 

Visiblement elle l’a reconnue… Lucie est en train de discuter avec Philippe de la salle et des personnes déjà assises… « euh, c’est qui ? – une bibliothécaire qui devait être là la dernièr… » elle n’a pas le temps de finir que la bibliothécaire est déjà à côté d’eux.

 

-          vous allez bien ?

 

-          très bien et vous ?

 

-          c’est bien que ce soit vous aujourd’hui. Parce que la dernière fois, c’était génial.

 

-          Si ça vous a plu, tant mieux…

 

-          Pas qu’à moi. En fait, tous les livres que j’ai empruntés suite à votre présentation et que j’ai conseillé sans les avoir lus à mes lecteurs, juste avec vos indications, ont marché. Je leur avais raconté un peu la matinée, que vous nous aviez parlé du roman adolescent, que vous nous aviez présenté des livres, que je n’avais pas eu le temps de les lire, mais qu’ils parlaient de ça ou de ça… et ça a fait mouche. Le mieux, c’est que par la suite, je n’avais même plus à les conseiller, parce que les lecteurs se les conseillaient entre eux. Et pourtant, les adolescents ne sont pas les plus grands pratiquants de la bibliothèque, chez nous…

 

-          Merci. Ça me touche ce que vous me dites.

 

-          En tout cas, je suis contente que ce soit vous aujourd’hui.

 

-          Merci.

 

Lucie aurait aimé que sa cousine entende. Mais au moins, Philippe aura peut être l’amabilité de répercuter l’information auprès de sa direction… on ne sait jamais, et puis rêver, parfois, ça fait du bien…

 

Il est l’heure. Enfin, ça fait une demie heure qu’il est l’heure. Mais ce coup ci, il fait vraiment qu’ils commencent. Le directeur de la bibliothèque sonne le rappel des troupes. Tout le monde prend place dans la salle. Environ une quarantaine de personnes. Et c’est parti. Aujourd’hui, ce n’est pas elle qui introduit la matinée. Elle laisse cet honneur au directeur qui souhaite présenter deux coups de cœur du personnel de la BDP sur la Rentrée Littéraire. Très bien. C’est toujours plus facile après.

 

Elle aurait peut être du prévenir sa cousine qu’il y avait une introduction sur les chiffres avant la présentation des livres. Oh tant pis. Elle voit à sa tête énervée qu’elle voudrait attaquer tout de suite. Elle est ici en représentation. Et elle aussi a un train à prendre derrière. Ça l’a bien fait rire, ce petit truc Lucie. Le coup de je suis surchargée de taf, mais je viens quand même. Je me suis couchée super tard et là ce soir, je recommence, parce que j’ai un contrat. Et… oui, mais toi, ma grande, vendredi, tu fais la grasse mat’. Tu ne te lèves pas aux aurores dans un bled inconnu pour recommencer une nouvelle journée de 12h. Et samedi non plus. Et tu rentres de vacances en Israël, si je ne m’abuse… bref… n’essaie pas de me culpabiliser, parce que tu n’y arriveras pas. Et j’ai promis à Théo de ne pas m’énerver. J’ai promis.

 

Ça y est, ce coup ci, c’est son tour. Déjà 10h. C’est qu’ils ont pris leur temps pour leurs deux coups de cœur. Il va falloir qu’elle fasse une introduction express. Version courte. Et en cinq minutes, au lieu des dix habituelles, c’est expédié. Bon. C’est Caroline qui commence. Avec ce premier roman très drôle. L’homme qui marchait avec une balle dans la tête. Il met toujours une bonne ambiance ce roman. C’est facile d’ouvrir le bal avec ce livre. Car il fait rire les gens. Léger. Drôle. Rocambolesque. Et c’est parti. Les titres et les lectures s’enchaînent. Les gens rient, songent, réfléchissent, sont tristes… cette palette d’émotions qui vient s’afficher sur les visages. Attention. Livre test. Celui-ci fait toujours son effet aussi, Marge Brute. Ou comment mettre une assemblée mal à l’aise en la confrontant à elle-même. Ça marche toujours. Marge Brute. Petit premier roman qui parle d’une réunion genre brain storming dans une filiale d’une grande multinationale. Mais de la réunion nous n’apprenons pas grand-chose au final. En revanche, on connaît très bien toute la cavalerie des têtes pensantes de cette société. De façon très intime et très personnelle. Parce que ce livre qui sent le vécu à plein nez… nous raconte ce qui se passe dans la tête des personnes présentes autour de la table. Et comme tout le monde, ils pensent complètement à autre chose. A ce soir. A leurs petits soucis. A leur vie. A leurs attentes professionnelles… Mais pas à la réunion. On se reconnaît tous dans ces divagations. Et les bibliothécaires qui l’espace d’un instant avaient elle aussi peut être laissé leurs pensées vagabonder, se retrouvent mises au pied du mur. Parce qu’on leur « balance » gentiment à la figure que nous ne sommes pas dupes et que nous savons qu’elles ne sont pas attentives à cent pour cent, qu’elles se focalisent aussi sur des détails…Lucie adore présenter ce livre…. Mettre toute la salle mal à l’aise en quelques secondes. Petite victoire dérisoire. Mais si agréable.

 

La matinée avance doucement. Trop doucement. Il n’est que 10h30. Et il reste encore trois titres à présenter avant la pause. Avant le pire de tous. Les Bienveillantes. Jade est en train de lire, de se lancer dans un de ses numéros de séduction. Lucie n’aime pas sa façon de sur lire les textes. C’est trop. Beaucoup trop à son goût. Mais ce n’est pas elle la comédienne. Ce n’est pas elle l’artiste. Elle ne dit rien. Ne montre rien. Surtout pas de conflit a-t-elle promis à Théo.

 

Les Bienveillantes. Lucie n’a pas pu lire ce livre en entier. Et elle explique ses raisons. L’extrait est lu par Jade. Et voilà qu’elle se permet d’embrayer sur des commentaires. Contredisant ce que viens de dire Lucie. Mais de quoi elle se mêle. Elle ne l’a même pas lu ce foutu bouquin. Juste cet extrait qu’on lui a indiqué la veille. Et elle vient balancer son avis, comme ça… dans des moments comme ceux là, Lucie trahirait bien la promesse qu’elle a faite. Elle sent ses nerfs se contracter. Elle s’énerve. Vivement la pause qu’elle puisse sortir fumer une cigarette. Pourquoi est ce que c’est toujours comme ça entre elle deux. A couteaux tirés en fait. Jade qui se permet de lui faire la leçon, de la contredire en permanence, de lui balancer à la figure tous ses travers et ses défauts. Et si Lucie tente ne serait ce que de se justifier, c’est encore pire. Alors faire la même chose, ce n’est même pas envisageable. Comme si Jade avait le savoir absolu et la suprématie sur tout et tout le monde. Lucie ne supporte pas ça. Ce besoin de dominer et de diriger les autres.

 

Il est 11h. Il faut absolument faire la pause. Depuis 1h30 qu’ils parlent, elle sent que l’attention de la salle décroît. Encore quelques minutes de lecture sur ce livre si polémique, Les Bienveillantes… encore quelques minutes... Lucie guette la pendule du coin de l’œil. Enfin.

 

Son premier réflexe à la pause, c’est de s’enfuir. Une cigarette à la main. Aller dehors le plus vite possible. La première bouffée de nicotine est si douce. Un pur moment de bonheur. Comme si tout son stress et son énervement se consumaient en même temps que la cigarette, en même temps que la nicotine se répandait dans son corps.

 

 

15.10.2006

se reposer ?

Enfin elle a pu se poser. Enfin se poser, tout est relatif… mais prendre quelques heures pour elle, juste rien que pour elle…. Ça faisait tellement longtemps…  se poser… prendre son temps, ne rien faire. Tout simplement ne rien faire. Ne penser à rien. Esprit vide de tout. Oublié les problèmes. Oublié les soucis. Oublié. Tout oublier… même si c’est pas facile de tout oublier… de faire deux entre soi et le reste, tout ce qui inhérent à sa personne…

 

Mais enfin… juste quelques heures… c’est pas grand-chose, mais qu’est ce que c’est agréable… pour une fois, elle se repose… se poser, se reposer, se re-poser…

 

Tout est tellement proche et différent…

 

Elle est seule ce soir. Il est parti à un match de rugby au Stade de France avec un ami. Elle est seule ici ce soir. En rentrant du boulot, elle a longtemps hésité entre aller au cinéma et rentrer. Et puis, comme ça, sur un coup de tête, rentrer. Passer par le monop’, faire deux ou trois courses, un dvd pour la soirée et rentrer. Peut être qu’elle aurait du aller au cinéma. Parce que… bah comme d’habitude, elle a été malade. Ça, elle peut difficilement en faire abstraction, l’oublier… mais bon, c’est pas très grave. Enfin si, mais ça devient banal dans son esprit, à force de savoir qu’elle va partir aux toilettes cinq minutes après avoir mangé.

 

Se poser. Si seulement elle pouvait tout poser en même temps. Même ce foutu problème de merdre… mais bon…

 

Se poser… si seulement elle pouvait tout oublier, vraiment tout oublier l’espace de quelques instants. Mais il y a des choses qu’on ne peut pas oublier. Il y a des choses qui vous collent à la peau quoiqu’on fasse…

 

Se poser… c’est tout ce qu’elle demande. Se poser. Se reposer. Se re-poser…

 

Cette soirée, elle la voulait pour elle. Elle l’a partagée avec cette foutue maladie de mrd… manger. Un peu trop. Selon qui ? selon quoi ? selon ses 43 kilos et des poussières sur la balance… ? selon son jean trop grand ? selon… bref… manger… et cinq minutes plus tard, les toilettes… quand est ce que tout ça s’arrêtera ? ce cycle infernal ? cette danse rituelle ? cette vie ?  fait chier … elle aurait du aller au cinéma… elle aurait du éviter de rentrer seule. Mais elle voulait se poser. Se reposer… et c’est pas possible. Elle ne peut pas. Ne sait pas. N’y arrive pas.

 

Comment font les autres ?

 

Comment est ce qu’ils y arrivent ?

 

Si elle pouvait, elle se foutrait des baffes toute seule tellement elle se déteste dans ces moments. Pas capable de rester seule. Pas capable de s’assumer. Pas capable de s’accepter… et mrd…

 

Si elle pouvait, elle … elle préfère pas penser à ce qu’elle pourrait faire… vaut mieux pas en fait… parce que… dans ces moments là… bref…

 

Elle est même pas capable de se poser. De se reposer…

 

C’est pour ça qu’elle court toujours… c’est pour ça qu’elle s’épuise à n’en plus tenir debout. Pour ne pas avoir à se retrouver face à elle. Pour ne pas avoir à s’affronter. Pour ne pas avoir à faire face à la vie. Pour ne pas avoir, tout simplement… ne pas avoir à…

 

Tout ce qu’elle voulait hier soir, c’était se poser… se reposer… alors elle a mangé… elle a été malade… et elle est allée se coucher, parce que qu’on dort, on ne pense plus, on n’existe plus, on ne vit plus… petite mort temporaire… mais reposante…

 

Il n’y a qu’une seule personne avec qui elle puisse se reposer. Sur laquelle elle puisse se poser… se re poser… et hier soir, il était au rugby avec un ami… c’est elle qui l’a envoyé là bas… parce que… deux personnes à gérer à temps plein… parce que… elle ne sait pas trop pourquoi, mais elle voulait tellement qu’il prenne une soirée pour lui, pour se reposer lui aussi et se poser, loin d’elle et de tout ça…

 

Si seulement elle pouvait toute seule… mais sans lui, elle ne sait pas, elle n’est pas capable… elle ne sait rien…

 

14.10.2006

Le pays des ténèbres de Stewart O'Nan

Le pays des ténèbres

Stewart O Nan

Edition de l’Olivier – 330 pages – 20 €

Isbn : 2879294967

Traduit de l’américain par Nicolas Richard

 

Biographie

Le jeune Stewart se gave de science fiction et de BD d'horreur, voue un culte à Stephen King et lit Ray Bradbury, Camus et Dostoïevski. Ingénieur, il travaille pour Grumman Aerospace et se lance simultanément dans l'écriture. A la faillite de son employeur, il s'inscrit au département de littérature de Cornell University et dirige un atelier d'écriture. Il s'inspire de Flannery O'Connor, Cheever, Carver et Chekhov pour son recueil de nouvelles 'In the Walled City' (1993). Son premier roman 'Snow Angels' sort en 1994 (Des anges dans la neige, 1997), suivi de 'The Names of the Dead' (1996) (Le nom des morts, 1999) et de 'Speed Queen' (1997, 1998), dédié à Stephen King et dans lequel une jeune condamnée à mort pour meurtre, répond à 144 questions posées par le maître du suspense espérant qu'il en fera un best-seller. 'A World Away' (1998) (Un monde ailleurs, 2000) et 'A Prayer for the Dying' (1999) (Un mal qui répand la terreur, 2001) reprennent le thème de la guerre. Les personnages de O'Nan sont des naufragés menant des vies brisées, mais qui restent humains malgré la violence et ne sombrent jamais dans la caricature. Dans 'Wish you were here' (2002) - référence à la chanson des Pink Floyd - ('Nos plus beaux souvenirs', 2005) O'Nan dissèque au scalpel les drames d'une famille modèle. Magistral chroniqueur de son temps, fouillant les décombres, il dépeint la désolation et la frustration de la société américaine. Son dernier, 'The Good Wife', est sorti en 2005.

Résumé

La nuit d’Halloween, dans une bourgade du Connecticut. Cinq adolescents foncent en voiture sur des routes sombres, perdent le contrôle du véhicule qui se fracasse contre un arbre. Un an plus tard, TIm et Kyle, les deux seuls survivants, ne sont plus les mêmes. Kyle n’a jamais récupéré ses facultés motrices et mentales, et Tim ne parvient pas à faire le deuil de ses amis. Obsédé par leur souvenir, il est bien décidé, en cette date anniversaire, à rejoindre ceux avec qui il était lié à la vie à la mort…

Bibliographie

Des anges dans la neige

Speed Queen

Le Nom des morts

Un monde ailleurs

Un mal qui répand la terreur

Nos plus beaux souvenirs

Extrait

« Approchez, vous l’entendez ? le vent – qui murmure dans les avant-toits, qui furète dans les arbres dépouillés. Il mugit, presque musical, une symphonie de râles anciens. La maison semble haleter, telle une invalide. Renoncez à votre Nuit de l’épouvante, ce sera mieux que la télé. Laissez les lumières éteintes. Le reflet bleuté vous suit dans le couloir. Allez à la fenêtre de la chambre inoccupée, le froid filtre à travers la vitre. La lune s’est levée, la voilé prise dans les branches qui dodelinent. L’image vous retient, des troncs noirs éclairés par derrière, un rai argenté strie la véranda, vous invite. C’est un conte fantastique, cet appel à la folie (lycanthropie, une danse avec le vampire), brut et cependant interdit, tentant, quelques chose dont le souvenir reste dans le sang.

Vous ne vous posez jamais la question ?

Vous ne voulez donc pas savoir ?

Alors venez, accompagnez nous, sortez dans la nuit. Viens Amérique transie d’amour, timide Amérique, bénie, cultivée, viens hanter les obscures petites routes de campagne, t’embusquer près de la lumière des maisons, dans le jardin, calme comme un meurtrier, silencieux comme un cerf. Levez vous, bandes d’assoupis, tas d’empotés, arrachez vous à vos torpeurs innombrables et venez survoler les forêts sauvages. Venez tous, rêveurs, zombies, monstres. De toutes manière, que faites-vous ? Vous payez vos factures, vous lavez la vaisselle, vous attendez qu’on sonne à la porte ? Allez, prenez vos clés, laissez la saladier rempli de friandises sur le porche, enfilez le masque étouffant d’un autre et respirez. Devenez quelqu’un que vous n’aimez pas trop, pour une fois. Tendez l’oreille : comme les enfants, c’est notre seule soirée. »

 

 

Et voilà... alors qu'il me reste encore quelques titres à lire pour les présentations sur la Rentrée, je me suis accordée ce petit détour par Halloween, suivant des fantômes dans des chemins à la fois inquiétants et drôles (chez moi, drôle, ça veut dire sarcastique, ironique, cassant, perfide, ... bref... vous avez compris....), suivant des vivants qui semblaient plus morts que nos petits fantômes, dans une banlieue huppée près de Hartford... et résultat, quand je pars en présentation, je ne peux pas m'empêcher d'en parler tellement il est... prenant ce livre. On en envie de savoir, on a envie de comprendre, on a peur, mais pas trop, juste comme il faut... dès la première page, de toute façon, c'est trop tard. On est parti là bas. C'est Halloween, on sait qu'il va se passer quelque chose... Mais quoi?! Argh!!! On veut savoir.... et l'auteur est très fort pour faire monter la pression, nous donnant les indices au compte goutte, distillant ça et là quelques informations sur ce qui s'est passé et qui pourrait éventuellement nous aider à comprendre ce qui va se passer...

Alors nous seulement l'histoire est prenante mais en plus, l'auteur s'amuse visiblement... à dépeindre les travers d'une société américaine plus morte que vivante... les zombies et les fantômes ne sont pas forcèment ceux qu'on croit... dépeint nos petites habitudes, notre routine, triste à en mourir... et si drôle vu de loin... nos mensonges, nos arrangements avec la vie pour que tout paraisse on va dire, normal et supportable... mais... parfois, tout ça nous rattrape et là...je ne vais pas tout vous raconter non plus...

On est plongé dans les films "d'horreur" américain... Parce que ce livre, c'est une tonne de références... musicales, cinématographiques, littéraires.... Wayne Cochran, La fureur de vivre, Destination finale, les séries "fantastiques" pour ado, ... bref... allez, je ne résiste pas, un autre extrait :

 

"A l'est, la nuit vire au violet, puis au bleu de l'aube qui blanchit lentement au dessus des monts d'Avon (petit à petit, les cîmes des arbres se découpent, deviennent visibles), et la ville s'éveille. Les ivrognes ont disparu depuis belle lurette, et les célibataires qui sont sortis tard se traînent jusqu'à leurs immeubles en copropriété. Dans les collines, de part et d'autre des rues chics (toutes sans issue), un millier de portes de garage s'ouvrent comme par magie dans un cliquetis caractéristique. Les grosses voitures sans conducteur chauffent, crachant assez de gaz d'échappement blancs pour un million de suicide..." 

 

Tout ce que je peux dire, c'est amusez vous, lisez le...

11.10.2006

en vrac

Et voilà…

Je crois que cette année 2006 aura été riche en rebondissements… très très instructive.

Entre le vol de mon téléphone portable.

Entre mes péripéties sentimentales.

Mon travail.

Les ennuis de santé. Pas les miens, ceux de mon père…

Mon déménagement. Moi qui m’étais jurée de ne jamais me réinstaller en couple, voilà…

Et, petite dernière à la liste, mais pas des moindres, le vol de carte bleue… parce que l’expérience du téléphone ne m’avait pas suffit, il a fallu en remettre une couche avec la carte bleue et utilisation frauduleuse sur le compte.

Au moins, ce coup ci, j’ai compris la leçon. Se méfier de tout le monde. Ne jamais faire confiance à personne. Suspecter n’importe quelle personne qu’on croise d’être un voleur potentiel… bref… pour ceux qui me connaissent… je n’y arriverais jamais.

Peut être suis-je une grande naïve.

Mais bon, ce coup ci, je le prends pas très bien quand même. Parce que perdre 800€ d’un coup, ça fout les nerfs en boule… si si je vous assure. Surtout quand derrière votre conseiller banquier ne trouve rien de mieux à vous dire, mais faudra penser à remettre de l’argent sur votre compte mademoiselle, parce que vous êtes à découvert, là… Enf… eh… oh…. Y a quelqu’un caché derrière cette enveloppe corporelle ? non parce que si je vous appelle là, c’est parce que je viens de subir un énorme traumatisme moral et préjudice financier… je souffre là (bon d’accord, j’en fais peut être un peu trop…) et vous tout ce que vous trouvez à me dire, c’est qu’il faut que je renfloue mon compte… ! Mais je le sais tout ça… tu me dis où je trouve l’argent pour ? non parce que si j’ai bien compris, je ne suis pas prête d’être remboursée si jamais je le suis un jour…. Alors… faut que je me dé… quoi ? mais je le fabrique la nuit ton argent ? enfin, je vais vous passer tout ce qui m’a traversé l’esprit, parce qu’arrivé un moment de toute façon, il y aurait écrit CENSURE….

Enfin à tout malheur son bonheur, je ne peux plus aller faire les magasins. Bah oui, plus de carte bleue, plus de carte du groupe fnac / ppr, à découvert… toutes les conditions favorables pour ne pas se laisser tenter… aussi vais faire des économies dans une certaine mesure. Et si un jour par je ne sais quel miracle on me rembourse, je me dirais, waouh, c’est à moi tout cet argent ?! et je filerai aussitôt faire les magasins… comment ça je suis atteinte ? euh… en fait oui… mais que voulez vous… ce genre d’addiction est très difficile à soigner. On a malheureusement pas encore inventé le cachet anti fringale d’achat compulsif… faudrait voir à le mettre au point… un truc qui dès que vous l’avalez vous met dans le crâne votre relevé bancaire dans ses moindres détails, la tête désemparée du banquier, et imaginez, les répercussions de vos achats sur sa vie, son ulcère, sa vie de famille, ses enfants qui ne se remettront jamais des problèmes de santé et psychologique de ce parent, la déprime, puis la dépression… ok… j’exagère, je sais… mais que voulez vous… il faut bien rire un peu de son malheur de temps en temps. Autrement, la vie serait d’une morosité effrayante et déprimante, non ?

Je suis dans le train. Direction Mouchard. Véridique. Ce bled, faut surtout rien lui dire, parce qu’il répète tout. Pas capable de garder un secret. Mais bon, après un autocar (je ne m’y fait pas à ce mot… autocar… auto + car … parce que… auto… matique… auto… mobile… auto…rail… auto… route… auto… nomie… auto…radio… auto…grill… auto…dafé… auto cratie… didacte… auto…chtone…auto… graphe… il y a trop de choses qui sont auto dans la vie… beaucoup trop de choses… une voiture… un car… une radio… une route… un grill… une matique… mrd… ça marche pas… et bien évident, quand on a besoin de lui, Robert n’est pas là… eh oh ? petit, où te caches tu ? enfin, il ne perd rien pour attendre parce que demain, dès que j’aurais Internet ou un dictionnaire sous la main, je me vengerais…

Et donc, je reprends… je suis dans le train… et au fauteuil de l’autre côté du couloir, une femme d’un certain âge, qui dès que je suis montée dans le train m’a regardée d’une façon que je n’ai pas aimée… je ne sais pas moi, l’odeur de tabac froid ? le café à la main ? mes 15 sacs ? le fait que je parle avec mon collègue ? alors quand j’ai sorti l’ordinateur et que j’ai commencé à taper ce texte, j’ai remarqué que le bruit sur les touches l’énervait… et pourtant, pour une fois, je tape tout doucement… eh mrd… sale chanson dans le crâne maintenant… argh… et bien évidement vous me connaissez, mais par pure provocation je continue… alors pas de chance pour vous, je continue à écrire tout ce qui me passe par la tête…

Et avant tout ça, donc, je disais que nous allions à Mouchard… Pas bien. Pas beau la délation. Il ne devait pas avoir beaucoup d’amis à l’école ce bled. Parce que… mais euh !!! j’vais l’dire à la maîtresse. Et puis d’abord comme ça tu seras puni et …. Enfin, on en a tous connu, non ?

Donc, ensuite nous allons monter dans un car… Mais où est donc Or ni car… ah cette belle phrase aux douces réminiscences de l’enfance… l’école primaire, la cour de récréation, les dictées… ok… je reviens… donc… un car pour aller à Lons le Saunier… ok, aucune digression, aucun commentaire, argh… maîtrise de soi… respirer… si seulement je pouvais rester dans ce train jusqu’au terminus… Lausanne, Zurich… ce trajet est tout simplement beau. Quasi onirique. Le train qui défile à travers les champs. Au loin, quelques reliefs, des moutons par ci par là… des forêts…  et surtout… ce ciel… entre des nappes de brouillard et le bleu de ciel…parfois quelques incursions du soleil qui donne une lumière aux teintes pastelles, de petits villages aussi de temps en temps…. et nous voici arrivés à Dijon.

Aujourd’hui, le Jura. Demain Paris. Ensuite le Mans. Puis la Corrèze. Et après encore, la Côte d’Azur. Pour rentrer en passant par la Bourgogne. Sans oublier quelques détours dans le nord de la France, l’Aisne et l’Oise… Trois semaines. Sans s’arrêter. Sans prendre le temps de respirer. Trois semaines…

Une petite pause, trois petits tours et puis... 

Et puis ce sera reparti…

De nouveaux paysages à chaque fois, de nouvelles sensations, de nouvelles émotions… non pas que le voyage en train soit particulièrement mouvementé, mais… chaque trajet est différent, comme pour reprendre la chanson de ce poète chanteur… parce que chaque jour est différent et qu’aujourd’hui, nous ne sommes plus le même qu’hier et pas encore le même que demain…

Bon aller, pour le moment, je vais arrêter… la suite au retour… enfin si je ne dors pas…

En fait, je ne dors pas. Enfin, vous l’aviez compris parce que vous êtes en train de lire ce que je devais taper si je ne dormais pas…

Dans le train de retour. Maintenant, il fait nuit dehors. Il est 20h. Dans une heure, nous sommes sensés arriver à Paris. Encore une petite heure de train…

Nous étions donc dans le Jura.

Arrivés à Mouchard, non promis, je ne vais pas recommencer ma diatribe de ce matin sur le nom de ce village, nous avons pris un car pour Lons le Saunier…

Et … je comptais dormir dans le bus. En fait, je n’ai pas pu fermer l’œil un instant. En fait, je n’ai pas voulu fermer l’œil un instant tellement le paysage était beau. Nous avons suivi une partie de la route du vin. Une toute petite partie. Mais… ces maisons en pierres apparentes, les voûtes, les châteaux cachés dans les arbres sur les hauteurs, les vignes, le lierre sur les murs de maisons, les champs, les forêts… c’était juste tellement beau que fermer les yeux, c’aurait été stupide. Parce que face à un tel paysage, on a qu’une envie. Tout plaquer. Partir. Se poser. Des paysages aux saveurs de l’enfance. Des paysages aux saveurs de l’hiver. On se prend à rêver. A imaginer. Une cheminée. L’hiver. Un feu le soir. Un fauteuil. Une bibliothèque dans la maison. Un jardin. Un piano dans la maison. La forêt. Les champs. On se prend à rêver. Rentrer le soir. Se poser. Respirer. Prendre son temps. Souffler. Ne plus se soucier de rien. Ne plus penser. Ne plus fuir. Ne plus avoir peur. Ne plus avoir mal. Ne plus rien d’autre que profiter. C’est tout con, hein ? ne plus rien. Juste une image. Un feu de bois dans une cheminée, un soir d’hiver. Un fauteuil. Un livre. Une partition. Un piano. Un bon verre de whisky. Un gros pull. Et …. Juste une image. Fallait pas que je ferme les yeux. Je ne pouvais pas les fermer. Parce que l’espace d’un instant, j’ai fait un beau rêve. Je me suis reposée dans ces images. J’ai repris quelques forces et… voilà… nous sommes arrivés à Lons le Saunier. Et voilà. Maintenant, je suis dans le train de retour. Il est un peu plus de 20h, maintenant. Et je rentre à Paris… mais quelque part, je m’en fous. Parce que ce rêve, ces images, je les ai gardé avec moi pendant toute la journée… et ce midi, même si la salade était… à peu près l’équivalent de ce que je mange en trois jours (sans rire…) je n’ai pas été malade… parce qu’aujourd’hui, pendant quelques instants, j’ai goûté à mon enfance, quand on faisait chauffer les châtaignes dans une poele trouée à la cheminée… quand on avalait des bols de soupe le dimanche soir… quand on allait se balader dans la forêt l’après midi. Et qu’on rentrait frigorifié. Et qu’on avalait un grand bol de chocolat chaud. Quand… pendant l’espace d’une journée, je suis retournée là bas… il y a quelques années… il y a bien longtemps… dans ces souvenirs que j’avais volontairement enfouis au plus profond de mon crâne, parce que je ne voulais me rappeler que du mauvais… dans ces moments de chaleur et de bien être où rien d’était encore compliqué et difficile… dans …. Je ne voulais pas rentrer. Mais je reviens avec ça. Et quelque part, c’est un beau cadeau, non ?

 

 

04.10.2006

Le livre de Sam de Federman

Le livre de Sam

Raymond Federman

Al Dante – 16 € - 136 pages

ISBN : 2847611339

 

Biographie

Né dans une famille ouvrière juive, Raymond Federman quitte la France après la guerre en 1947 pour les USA où il vit toujours. Il y exerce différents métiers pour survivre, allant jusqu'à être volontaire pour la guerre de Corée. Il suit ensuite une carrière artistique et sportive, devenant tour à tour golfeur, poète, champion de natation et romancier. Grand ami de Beckett, ses textes ont contribué à révolutionner le roman moderne. Ecrivain depuis peu traduit en France, il a publié une quarantaine de livres, romans, poésie, essais, aux USA où il jouit d'une renommée considérable.

Résumé

Samuel Beckett raconté par Raymond Federman : Federman rend hommage à celui qui fut pour lui un modèle et un ami. De sa vision enthousiaste de 'En attendant Godot' en 1956 à sa dernière rencontre avec 'Sam' quelques mois avant sa mort, en 1989, Raymond Federman rassemble ses souvenirs pour dire le plus fidèlement et le plus précisément possible l'importance de l'oeuvre de Beckett dans sa vie et son travail d'écrivain. Texte hybride réunissant poèmes, extraits d'articles et de conférences, citations beckettiennes et anecdotes, ce livre-mémoire dévoile l'écriture de Federman en même temps qu'il témoigne de son admiration pour celui qu'il considère, avec Proust, comme le plus grand écrivain du XXe siècle.

Extrait

Entretien avec Godot

[le 13 avril 2005]

« Um – Tu sais ce que je viens de faire.

Lau – Quoi ?

Um – Un entretien avec Godot

Laut – C’est pas possible ! ça fait des années que j’essaye de faire un entretien avec lui, mais je ne peux pas le trouver !

Um – C’était facile. J’ai fait une recherche sur Google sur l’internet. J’ai simplement tapé Godot, et j’ai tout de suite obtenu son site et son e-mail.

Laut – Tu te fous de ma gueule. Godot sur l’internet.

 Um – Non, c’est vrai. Pourquoi pas. Godot c’est un bonhomme comme les autres. Ce mot Godot fait partie de notre langage et de notre culture.

Laut – Quel genre de site il a Godot ?

Um – Oh très simple. Tu sais, très éthéré. Une sorte de no man’s land dans le grand espace cybernétique.

Laut – Donne moi l’adresse de son site. Je veux aller voir.

Um – Oh, je peux pas faire ça. Godot m’a fait jurer que je donnerais pas son adresse e-mail et son Url à qui que ce soit, sinon je serais puni.

Laut – Là vraiment tu te moques de moi.

Um – Ecoute, si tu ne veux pas me croire, alors oublie.

Laut – Bon va-y raconte, mais me dis pas que tu as envoyé un e-mail à Godot, et qu’il t’a répondu.

Um – Ben si, une réponse très brève. Seulement quelques mots. Tu sais, Godot il est pas très bavard.

Laut – Qu’est ce qu’il t’a dit ? Qu’il était d’accord pour l’entretien.

Um – Non, il a dit : I have no view to inter. C’est extactement ce qu’il a répondu.

Laut – En anglais ?

Um – Oui, en anglais

Laut – Sans doute parce qu’en français il n’aurait pas pu faire le jeu de mot avec entretien. Je n’ai pas de tien à entrer, ça marche pas. Et puis ça prouve que Godot est bilingue.

Um – Godot est même plus que bilingue. Godot il parle toutes les langues. Il parle même des langues inconnues dans ce monde.

Laut – Oui, bien sûr. Alors qu’est ce que tu as fait quand il t’as dit qu’il n’avait pas du view to inter ?

Um – Je lui ai envoyé un second e-mail lui explquant que ça fait rien parce que c’est pas ses views qui m’intéressent. Je voudrais simplement avoir une petite conversation amicale avec lui, sur n’importe quel sujet. Voir si tout va bien pour lui. Sa santé, sa situation financière, sa vie familiale s’il en a une. Je lui ai même précisé que si la conversation prend la forme d’un entretien ce serait purement aléatoire, sans aucune intention ni direction.

Laut – Et alors ? »

 

Ce petit livre est terrible... Quand on le commence, on a envie de le finir, d'aller plus loin encore... même sans être fin connaisseur de l'oeuvre de Beckett... Vous savez qu'il a écrit en Attendant Godot ? Très bien... vous pouvez vous plonger dans ce petit livre. L'auteur parvient à nous livrer un roman drôle, attachant, et enrichissant... On lit, on apprend sans s'en rendre compte. On apprend à connaître Beckett, à comprendre cet homme... Je ne dis pas qu'on sort de cette lecture éminent spécialiste... mais le fait est que...

Par des anecdotes touchantes, drôles... Par beaucoup d'autodérision, d'ironie et d'humour... Par un talent de narrateur... L'auteur nous fait rentrer dans son monde. Dans on univers... depuis sa rencontre étudiant avec l'oeuvre de Beckett... Parti voir une pièce, En attendant Godot, sans grande conviction, sur les conseils de son professeur, il ressort de cette rencontre... changé... et pour le reste, bah, il faut lire le livre...

Une image et du pêle mêle

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Et voilà... un petit message reçu depuis New York... from Laurence... tant qu'à faire, autant mettre un peu d'anglais dans le texte, non ? Bon, je vous rassure, je n'irai pas beaucoup plus loin étant donné mon niveau d'anglais...

Un petit coin de ciel bleu...

Un petit peu de soleil...

Dans quelques heures, je pars pour Privas, en Ardèche.

Mesdames et messieurs, la sncf vous informe que le train de 15h23 à destination de Valence partira voie... Veuillez composter votre billet avant de monter dans le train... et ce sera parti... de nouveau...

Lundi, j'étais à Quimper... encore une fois... En arrivant, il y avait ce petit vent frais, quelques gouttes de pluie, un peu de ciel bleu par endroit dans le ciel... c'était ailleurs... c'était lundi... Quimper, avec l'Odet qui traverse la ville... les rues piétonnes... la cathédrale en travaux depuis un an.... les crêperies... et les gens... Mais c'était lundi... à 23h j'étais de retour gare Montparnasse...

Je ne voulais pas rentrer en fait... si j'avais pu, je crois que je serais restée là bas toute la semaine... alors en arrivant dans l'appartement que m'a prêté Laurence pendant son abscence, j'ai allumé le piano, mis le casque sur les oreilles et... je suis repartie un peu... pendant deux petites heures... un peu en Russie, avec Les Yeux Noirs, dans le passé avec La Sonate Pathétique de Beethoven, et une Fantaisie de Mozart... ce morceau, ça faisait bien 14 ans que je ne l'avais pas joué. Je l'avais même complètement oublié... et bizarrement, après une première lecture hésitante, il est revenu, presque comme par magie... les doigts savaient où aller sans que j'ai à lire la partition...

Alors dans quelques heures, je pars pour Privas... Hier soir, je me suis assise devant le piano. Il était 21h et des poussières... et... j'ai ouvert la Sonate Pathétique de Beethoven, le premier mouvement, celui qui se joue très fort... celui où on peut presque tout se permettre... et tout à coup, il était 23h...

Alors ce matin, j'ai recommencé... comme si j'avais besoin de me saouler avec la musique, avec les touches, le clavier, comme si il fallait que tout ce qui se cache dans mon petit crâne tordu devait sortir, partir, avant que je parte à nouveau...

Dans quelques heures, le train...

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