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23.08.2007
Natacha Appanah
Le dernier frère
Natacha Appanah
Éditions de l’Olivier – 18 € - 211 pages
23 Août 2008
Isbn : 987 2 87929 569 5
Biographie
Natacha Appanah est née en 1973 à Mahébourg (Île Maurice). Elle est encore adolescente lorsque le quotidien l’Express lui offre un prix littéraire. Puis, en 1998, elle arrive en France. Après avoir réalisé des reportages pour la presse et la radio, elle travaille actuellement pour une ONG à Paris.
Résumé
Lorsque David lui apparaît en rêve, Raj se retrouve projeté dans son enfance. Le camp de Mapou, à l’île Maurice où il est
né, le père, coupeur de cannes, à la violence trop prévisible, la tendresse maternelle, les jeux près de la rivière, le soleil brûlant, les pluies diluviennes. Un bonheur fragile balayé par un cyclone : ses frères disparaissent dans un torrent de boue.
La famille décimée quitte Mapou pour la ville, s’installe dans une maison en dur et dans un quotidien moins précaire depuis que le père travaille à la prison où vivent de mystérieux réfugiés.
Le 26 décembre 1940, l’Atlantic a accosté à Port Louis avec, à son bord, quelque 1 500 juifs, refoulés de Palestine et déportés à l’île Maurice, alors colonie britannique. À cette époque Raj ignore tout du monde et des tragédies qui s’y déroulent. Lorsqu’il aperçoit David dans la cour, il décide que celui-ci deviendra son ami.
Bibliographie
Les Rochers de Poudre d’Or – Gallimard 2003
Blue Bay Palace – Gallimard 2004
La Noce d’Anna – Gallimard 2005
Extrait
« J’ai soixante dix ans aujourd’hui et je me souviens comme si c’était hier du tonnerre qui a semblé venir de nos ventres tellement il a résonné en nous. Je me souviens de la peur, au début, du silence irréel qui a suivi le tonnerre, qui a tout figé, même la nature était en attente, et nous, nous n’osions plus bouger. De longues minutes où des gouttes épaisses et si fraîches ont commencé par nous mouiller les cheveux, le visage, et tremper nos vêtements. Je me souviens du brouillard fantomatique qui est monté de la terre quand celle-ci a absorbé les premières gouttes. Nous aimions ce moment là d’habitude mais là, c’était différent. Je le sentais, mes frères le sentaient. Très vite, des éclairs ont déferlé, d’autres coups de tonnerre ont éclaté et nous nous sommes mis à courir.
Combien de temps avons-nous dévalé comme ça ? Les cailloux ces qui, juste avant, nous écorchaient les pieds avaient disparu, nous foulions une terre glissante, collante, et nous avions du mal à nous en dépêtrer. Le soleil s’était éteint. La pluie dessinait des murs et de la terre montait un rideau de soufre. Devant moi, la chemise blanche d’Anil battait et j’essayais de ne pas lâcher des yeux ce bout de blanc. Il disait allons y allons y allons y et puis, tout à coup, le temps d’un battement de paupière, plus rien. Plus de vois, plus de chemise devant moi. Je me suis arrêté et Vinod m’est rentré dedans. Mon petit frère m’a serré le bras et il a commencé par appeler Anil Anil Anil. Je l’ai imité, ensemble nous hurlions le nom de notre frère aîné, je sais combien de temps nous avons crié comme cela, courant dans la boue, sans aucun repère, les yeux fermés par la force du vent et de la pluie et bientôt, mon Dieu, bientôt, il n’y avait plus ma voix qui criait Anil Anil et puis Anil, Vinod, Anil, Vinod. Je hurlais de toutes mes forces, mais le vent, la pluie, le tonnerre, les éclairs, le grondement de la coulée de boue qu’était devenue notre rivière adorée couvraient ma voix et ne me laissaient aucune chance. »
Alors là, en réalité, je ne sais pas quoi dire.
Il est 13h. Je commence le livre. Les premières pages nous transportent directement dans les pensées de ce vieil homme, Raj, sur la fin de sa vie. Une illusion, un rêve, une prémonition, ... Un souvenir de son enfance lui apparaît, là, sous ses yeux, comme si c'était la réalité... Et avec cette image, tout revient...
Nous sommes en 1944 / 1945. L'île Maurice... Tout y est... et nous y sommes...
Cette histoire est tout simplement magnifique. L'écriture de l'auteur extraordinaire. Extraordinaire, parce qu'elle nous transporte, parce qu'elle nous fait vivre avec ses personnages, qui sont là, entiers, vrais, justes, parce qu'elle nous fait rire, pleurer (Eh oui... avec de vraies larmes... et ça, c'est rare...), parce qu'elle nous émeut, parce qu'elle nous touche, juste là où ça fait rêver, juste là où ça fait mal, juste là où il faut...
Il est 16h. Je referme le livre et j'ai toujours les larmes aux yeux...
Merci....
16:13 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature



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