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29.08.2007

Chicago de Alaa El Aswany

9cb1ebcd667e46a37944a816563780a1.gifActes Sud avait publié L’immeuble Yacoubian en 2006. Ce roman avait rencontré un grand succès, aussi bien auprès de la critique que des lecteurs.

Autant l’avouer tout de suite, je ne l’ai pas lu.

Mais cette année, en préparant ce dossier sur la Rentrée Littéraire, celui là même qui me pousse à lire 2 livres par jour (béni soit le travail qui vous paie à lire et à parler de livre, non … ?), nous nous sommes dit, allez, on y va, soyons fous… Et hop… Le roman Chicago (à paraître en octobre chez Actes Sud) se retrouve dans la liste.

 

L’histoire ?

« Au sein du département d’histologie de la faculté de médecine de l’Université de Chicago, six destins se croisent. Ceux de deux professeurs égyptiens émigrés aux Etats-Unis depuis plus de trente ans, ainsi que ceux de deux étudiants boursiers égyptiens qui sont à Chicago pour une durée limité et deux personnages américains. L’Egypte, vue de loin, est au cœur de ce roman. Les personnages sont pris dans les contradictions de leur sentiment d'appartenance à ce pays d’accueil, ouvert, qui donne sa chance à chacun, mais qui les déçoit aussi, par son arrogance, sa brutalité, et son hostilité à la cause arabe »

 

Les personnages, Cheïma, Tarek, Nagui, Danana, des étudiants en histiologie, les professeurs Sabet, Saleh, Graham, leurs femmes, toutes américaines, Chris, Michelle, Carol, la jeune épouse de Danana, Maroua… Tous sont attachés à leur pays d’origine, à leurs origines. Que ce soit par les sentiments, les souvenirs (plus ou moins douloureux), les valeurs, la religion, l’appartenance ethnique…

 

Ils vivent à Chicago. Ils se croisent. Vivent des amours plus ou moins belles. Étudient. Vivent aussi tout simplement dans une Amérique d’après le 11 septembre. Dans un pays ou être arabe n’est pas forcément bien vu. Dans un pays qui semble et paraît. Mais qui, si on gratte un tout petit peu la peinture de la superficialité, n’est rien d’autre qu’un pays en perdition, dans lequel être noir n’est pas plus facile qu’être arabe… où la jeunesse ne sait plus rien, n’a plus de repère ni de valeur…

 

Certes, ce pays donne sa chance, comme le dit le résumé. Mais il blesse tout autant et casse les êtres humains.

 

Ce roman est tout simplement magistral. Passant d’une voix à l’autre avec maestria, l’auteur nous emmène.

Nous sommes à Chicago et pourtant, on sent l’Egypte, on vit avec ses étudiants déracinés et en perte de repères…

On apprend et subit avec eux les contradictions de l’Islam, de la religion musulmane, de l’intégration, …

 

Car ce roman n’est pas seulement une histoire. C’est aussi un livre sur… L’Egypte, l’Islam, la politique, les valeurs fondamentales des sociétés et des religions.

L’auteur n’épargne personne. Tout le monde subit cette mise en accusation poétique et romanesque.

Et nous, on se laisse transporter. Car malgré la dureté des propos et de l’histoire, c’est tout simplement beau car tellement vrai.

 

Alaa El Aswany est le fils d'un avocat. Écrivain égyptien, Alaa El Aswany exerce aussi le métier de dentiste dans le centre du Caire. Parlant plusieurs langues dont le français, l'anglais et l'espagnol, il reste cependant un authentique Egyptien, profondément attaché à sa terre, la vallée du Nil. Ecrivain dans la veine du célèbre Prix Nobel d9ba25cc42c6aae24623913980a7c2118.jpge littérature Naguib Mahfouz, c'est après un séjour aux Etats-Unis où il est parti étudier, qu'il publie un premier recueil de nouvelles immédiatement remarqué. Également journaliste, écrivant sur la littérature, la politique et les questions sociales pour des journaux égyptiens, il publie un second recueil en 1998. Son premier roman, 'L'Immeuble Yacoubian' sort en 2002. Vendu à plus de 100.000 exemplaires dans le monde arabe, il est d'abord traduit en langue anglaise avant d'être enfin publié en français en 2006. Encouragé par le succès du livre, le producteur Adel ADIB en achète les droits et une adaptation cinéma sort au cours de l'été 2006.

 

Il est difficile de choisir un extrait de ce livre, car je voudrais tout mettre… Le mieux est de le lire…

Mais juste pour vous donner une idée :

 

« Les mois qu’elle avait passé à Chicago l’avaient amenée à penser à sa vie d’une manière différente. Les valeurs qu’elle avait appris à sanctifier commençaient à être assiégées de doutes.

Dieu jugerait il les musulmans d’une façon, et les Américains d’une autre ? Ces Américains perpètrent l’ensemble des péchés capitaux. Ils forniquent, pratiquent l’homosexualité sous toutes ses formes, jouent pour de l’argent et boivent de l’alcool, mais Notre Seigneur, qu’Il soir glorifié et exalté, en semble pas en colère conte eux. Au lieu de les punir pour leur désobéissance, il leur octoie les richesses, la science et la force à tel point qu’ils sont devenus l’Etat le plus puissant du monde. Pourquoi Dieu nous punit il, nous les musulmans, lorsque nous commettons des péchés alors qu’il se montre indulgent envers les Américains ?

« J’ai recours à Dieu contre le Diable qu’on lapide. Je te demande pardon, Seigneur et je me repens auprès de Toi » prononça t’elle, effrayée par l’indocilité de ses pensées.

Elle se retourna sur le côté et appuya l’oreiller sur sa tête pour enrayer le déferlement des idées, mais lorsqu’elle ferma les yeux, lui apparut avec netteté une vérité solide et définitive : Tarek l’aimait et la respectait. Il ne lui voulait pas de mal. Il voulait simplement la serrer dans ses bras pour lui exprimer ses sentiments. Ni plus ni moins. Cela ne méritait pas toute cette indignation. Comme elle avait été dure avec lui ! Elle revoyait le visage livide de son bien aimé balbutiant des excuses et ravalant sa honte. Elle s’endormit en ressentant une profonde pitié à son égard. »

 

Sincèrement, avec Les belles choses que porte le ciel de Dinaw Mengestu et le roman de Natacha Appanah, Le dernier Frère, une des plus belles lectures que j’ai pu faire jusqu’à présent…

 

Chicago

Traduit de l'arabe (Egypte) par Gilles Gauthier

Actes Sud - 22, 80€ - 464 pages

A paraîte le 02 octobre 2007 

 


 

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