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29.08.2007
Chicago de Alaa El Aswany
Actes Sud avait publié L’immeuble Yacoubian en 2006. Ce roman avait rencontré un grand succès, aussi bien auprès de la critique que des lecteurs. Autant l’avouer tout de suite, je ne l’ai pas lu.
Mais cette année, en préparant ce dossier sur la Rentrée Littéraire, celui là même qui me pousse à lire 2 livres par jour (béni soit le travail qui vous paie à lire et à parler de livre, non … ?), nous nous sommes dit, allez, on y va, soyons fous… Et hop… Le roman Chicago (à paraître en octobre chez Actes Sud) se retrouve dans la liste.
L’histoire ?
« Au sein du département d’histologie de la faculté de médecine de l’Université de Chicago, six destins se croisent. Ceux de deux professeurs égyptiens émigrés aux Etats-Unis depuis plus de trente ans, ainsi que ceux de deux étudiants boursiers égyptiens qui sont à Chicago pour une durée limité et deux personnages américains. L’Egypte, vue de loin, est au cœur de ce roman. Les personnages sont pris dans les contradictions de leur sentiment d'appartenance à ce pays d’accueil, ouvert, qui donne sa chance à chacun, mais qui les déçoit aussi, par son arrogance, sa brutalité, et son hostilité à la cause arabe »
Les personnages, Cheïma, Tarek, Nagui, Danana, des étudiants en histiologie, les professeurs Sabet, Saleh, Graham, leurs femmes, toutes américaines, Chris, Michelle, Carol, la jeune épouse de Danana, Maroua… Tous sont attachés à leur pays d’origine, à leurs origines. Que ce soit par les sentiments, les souvenirs (plus ou moins douloureux), les valeurs, la religion, l’appartenance ethnique…
Ils vivent à Chicago. Ils se croisent. Vivent des amours plus ou moins belles. Étudient. Vivent aussi tout simplement dans une Amérique d’après le 11 septembre. Dans un pays ou être arabe n’est pas forcément bien vu. Dans un pays qui semble et paraît. Mais qui, si on gratte un tout petit peu la peinture de la superficialité, n’est rien d’autre qu’un pays en perdition, dans lequel être noir n’est pas plus facile qu’être arabe… où la jeunesse ne sait plus rien, n’a plus de repère ni de valeur…
Certes, ce pays donne sa chance, comme le dit le résumé. Mais il blesse tout autant et casse les êtres humains.
Ce roman est tout simplement magistral. Passant d’une voix à l’autre avec maestria, l’auteur nous emmène.
Nous sommes à Chicago et pourtant, on sent l’Egypte, on vit avec ses étudiants déracinés et en perte de repères…
On apprend et subit avec eux les contradictions de l’Islam, de la religion musulmane, de l’intégration, …
Car ce roman n’est pas seulement une histoire. C’est aussi un livre sur… L’Egypte, l’Islam, la politique, les valeurs fondamentales des sociétés et des religions.
L’auteur n’épargne personne. Tout le monde subit cette mise en accusation poétique et romanesque.
Et nous, on se laisse transporter. Car malgré la dureté des propos et de l’histoire, c’est tout simplement beau car tellement vrai.
Alaa El Aswany est le fils d'un avocat. Écrivain égyptien, Alaa El Aswany exerce aussi le métier de dentiste dans le centre du Caire. Parlant plusieurs langues dont le français, l'anglais et l'espagnol, il reste cependant un authentique Egyptien, profondément attaché à sa terre, la vallée du Nil. Ecrivain dans la veine du célèbre Prix Nobel d
e littérature Naguib Mahfouz, c'est après un séjour aux Etats-Unis où il est parti étudier, qu'il publie un premier recueil de nouvelles immédiatement remarqué. Également journaliste, écrivant sur la littérature, la politique et les questions sociales pour des journaux égyptiens, il publie un second recueil en 1998. Son premier roman, 'L'Immeuble Yacoubian' sort en 2002. Vendu à plus de 100.000 exemplaires dans le monde arabe, il est d'abord traduit en langue anglaise avant d'être enfin publié en français en 2006. Encouragé par le succès du livre, le producteur Adel ADIB en achète les droits et une adaptation cinéma sort au cours de l'été 2006.
Il est difficile de choisir un extrait de ce livre, car je voudrais tout mettre… Le mieux est de le lire…
Mais juste pour vous donner une idée :
« Les mois qu’elle avait passé à Chicago l’avaient amenée à penser à sa vie d’une manière différente. Les valeurs qu’elle avait appris à sanctifier commençaient à être assiégées de doutes.
Dieu jugerait il les musulmans d’une façon, et les Américains d’une autre ? Ces Américains perpètrent l’ensemble des péchés capitaux. Ils forniquent, pratiquent l’homosexualité sous toutes ses formes, jouent pour de l’argent et boivent de l’alcool, mais Notre Seigneur, qu’Il soir glorifié et exalté, en semble pas en colère conte eux. Au lieu de les punir pour leur désobéissance, il leur octoie les richesses, la science et la force à tel point qu’ils sont devenus l’Etat le plus puissant du monde. Pourquoi Dieu nous punit il, nous les musulmans, lorsque nous commettons des péchés alors qu’il se montre indulgent envers les Américains ?
« J’ai recours à Dieu contre le Diable qu’on lapide. Je te demande pardon, Seigneur et je me repens auprès de Toi » prononça t’elle, effrayée par l’indocilité de ses pensées.
Elle se retourna sur le côté et appuya l’oreiller sur sa tête pour enrayer le déferlement des idées, mais lorsqu’elle ferma les yeux, lui apparut avec netteté une vérité solide et définitive : Tarek l’aimait et la respectait. Il ne lui voulait pas de mal. Il voulait simplement la serrer dans ses bras pour lui exprimer ses sentiments. Ni plus ni moins. Cela ne méritait pas toute cette indignation. Comme elle avait été dure avec lui ! Elle revoyait le visage livide de son bien aimé balbutiant des excuses et ravalant sa honte. Elle s’endormit en ressentant une profonde pitié à son égard. »
Sincèrement, avec Les belles choses que porte le ciel de Dinaw Mengestu et le roman de Natacha Appanah, Le dernier Frère, une des plus belles lectures que j’ai pu faire jusqu’à présent…
Chicago
Traduit de l'arabe (Egypte) par Gilles Gauthier
Actes Sud - 22, 80€ - 464 pages
A paraîte le 02 octobre 2007
22:45 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature
25.08.2007
fragilité...
Dehors, le jour se lève à peine.
Il fait frais. De cette fraîcheur du matin. La terre encore humide des averses de la veille.
Tout est silencieux.
Peut être quelques oiseaux moqueurs, qui s’amusent à chantonner. Imitant le sifflement agacé qu’elle émet en appelant son chien.
Le soleil parvient à se faufiler à travers les feuillages encore touffus et verts des arbres.
Personne. Juste elle et son chien.
Ils marchent dans la forêt.
Quelques branches craquent sous ses pieds.
Le meilleur moment de la journée.
Juste réveillée. Le temps d’avaler un thé. D’enfiler des vêtements. De mettre le collier au chien. Et elle part.
Marcher. Ne pas penser. Tout oublier. La tête vide.
Les pas se font tout seul. Elle ne cherche même pas à savoir où elle va.
La terre. La fraîcheur. Les odeurs. Les arbres. C’est tout ce qu’il y a. Tout le reste a disparu.
Tout à coup, elle entend des pas légers et fuyants dans les broussailles. Une biche. Toute jeune. Encore frêle sur ses pattes. Apeurée. Elle s’arrête. Ne bouge plus. Espérant se fondre dans les arbres, les herbes hautes.
Elles se regardent. Pendant un instant qui semble durer une éternité. Comme si…
Comme si quoi ?
Elles étaient identiques ? Toutes les deux fuyantes et apeurées ? Prises dans un filet dont elles tentent de s’échapper ?
Elles étaient toutes les deux aussi fragiles ? Cherchant un espoir et un soutien dans toute chose ?
La forêt. Les arbres. Les herbes. Les ronces orties racines. Le soleil qui revient enfin.
Puis elle lui parle : « Vas t’en… aller… file… Ouste… »
Son chien à côté d’elle n’a pas bougé. Il s’est assis à ses pieds. Peut être qu’il a comprit. Il n’aboie pas. Ne grogne pas. Ne bouge plus. Silencieux. Il regarde. Ses yeux vont de l’une à l’autre.
Elle s’enfuit dans la forêt. S’enfonce dans les broussailles. Dans les arbres. Part se cacher.
C’est le matin. Dehors, le soleil. Pas un bruit…
Elle se met à courir et à rire.
Des larmes lui viennent aux yeux.
Elle aime ce moment. Le meilleur moment de la journée. Entre rêve et réalité. Entre songe et …
Ce sera une belle journée.
08:47 Publié dans réflexion | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
23.08.2007
Au programme ... suite
Aujourd'hui :
Alabama Song de Gilles Leroy
L'histoire romancée de Scott et Zelda Fitzgerald...
De leur rencontre, dans le sud des Etats Unis, Alabama, à leur mort...
Alabama Song... Titre inspiré d'un texte de Bertolt Brecht, texte qui a été mis en musique par Kurt Weill dans les années 1920, L'opéra de Quat'Sous. Texte qui a été repris par de nombreux artistes ensuite, Jim Morrisson, David Bowie entre autres...
Petit roman terrible.
Où sous le biais de la fiction, nous découvrons ce couple fantastique, gloire des années 1920, brûlé par le succès et les excès...
Deux personnages fantasques qui avaient tellement besoin l'un de l'autre mais qui se détruisaient par leur simple présence.
A la fois magnifique et terrible.
L'écriture de Gilles Leroy servant le destin de ces deux personnages de "fiction"...
Puis :
Le dernier frère de Natacha Appanah...
Voir la note suivante...
Hier :
Les belles choses que porte le ciel de Dinaw Mengestu
Le Corbeau Blanc d'Andrzej Stasiuk
Et pour ce soir :
Kamikaze Mozart de Daniel de Roulet.
22:03 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature
Natacha Appanah
Le dernier frère
Natacha Appanah
Éditions de l’Olivier – 18 € - 211 pages
23 Août 2008
Isbn : 987 2 87929 569 5
Biographie
Natacha Appanah est née en 1973 à Mahébourg (Île Maurice). Elle est encore adolescente lorsque le quotidien l’Express lui offre un prix littéraire. Puis, en 1998, elle arrive en France. Après avoir réalisé des reportages pour la presse et la radio, elle travaille actuellement pour une ONG à Paris.
Résumé
Lorsque David lui apparaît en rêve, Raj se retrouve projeté dans son enfance. Le camp de Mapou, à l’île Maurice où il est
né, le père, coupeur de cannes, à la violence trop prévisible, la tendresse maternelle, les jeux près de la rivière, le soleil brûlant, les pluies diluviennes. Un bonheur fragile balayé par un cyclone : ses frères disparaissent dans un torrent de boue.
La famille décimée quitte Mapou pour la ville, s’installe dans une maison en dur et dans un quotidien moins précaire depuis que le père travaille à la prison où vivent de mystérieux réfugiés.
Le 26 décembre 1940, l’Atlantic a accosté à Port Louis avec, à son bord, quelque 1 500 juifs, refoulés de Palestine et déportés à l’île Maurice, alors colonie britannique. À cette époque Raj ignore tout du monde et des tragédies qui s’y déroulent. Lorsqu’il aperçoit David dans la cour, il décide que celui-ci deviendra son ami.
Bibliographie
Les Rochers de Poudre d’Or – Gallimard 2003
Blue Bay Palace – Gallimard 2004
La Noce d’Anna – Gallimard 2005
Extrait
« J’ai soixante dix ans aujourd’hui et je me souviens comme si c’était hier du tonnerre qui a semblé venir de nos ventres tellement il a résonné en nous. Je me souviens de la peur, au début, du silence irréel qui a suivi le tonnerre, qui a tout figé, même la nature était en attente, et nous, nous n’osions plus bouger. De longues minutes où des gouttes épaisses et si fraîches ont commencé par nous mouiller les cheveux, le visage, et tremper nos vêtements. Je me souviens du brouillard fantomatique qui est monté de la terre quand celle-ci a absorbé les premières gouttes. Nous aimions ce moment là d’habitude mais là, c’était différent. Je le sentais, mes frères le sentaient. Très vite, des éclairs ont déferlé, d’autres coups de tonnerre ont éclaté et nous nous sommes mis à courir.
Combien de temps avons-nous dévalé comme ça ? Les cailloux ces qui, juste avant, nous écorchaient les pieds avaient disparu, nous foulions une terre glissante, collante, et nous avions du mal à nous en dépêtrer. Le soleil s’était éteint. La pluie dessinait des murs et de la terre montait un rideau de soufre. Devant moi, la chemise blanche d’Anil battait et j’essayais de ne pas lâcher des yeux ce bout de blanc. Il disait allons y allons y allons y et puis, tout à coup, le temps d’un battement de paupière, plus rien. Plus de vois, plus de chemise devant moi. Je me suis arrêté et Vinod m’est rentré dedans. Mon petit frère m’a serré le bras et il a commencé par appeler Anil Anil Anil. Je l’ai imité, ensemble nous hurlions le nom de notre frère aîné, je sais combien de temps nous avons crié comme cela, courant dans la boue, sans aucun repère, les yeux fermés par la force du vent et de la pluie et bientôt, mon Dieu, bientôt, il n’y avait plus ma voix qui criait Anil Anil et puis Anil, Vinod, Anil, Vinod. Je hurlais de toutes mes forces, mais le vent, la pluie, le tonnerre, les éclairs, le grondement de la coulée de boue qu’était devenue notre rivière adorée couvraient ma voix et ne me laissaient aucune chance. »
Alors là, en réalité, je ne sais pas quoi dire.
Il est 13h. Je commence le livre. Les premières pages nous transportent directement dans les pensées de ce vieil homme, Raj, sur la fin de sa vie. Une illusion, un rêve, une prémonition, ... Un souvenir de son enfance lui apparaît, là, sous ses yeux, comme si c'était la réalité... Et avec cette image, tout revient...
Nous sommes en 1944 / 1945. L'île Maurice... Tout y est... et nous y sommes...
Cette histoire est tout simplement magnifique. L'écriture de l'auteur extraordinaire. Extraordinaire, parce qu'elle nous transporte, parce qu'elle nous fait vivre avec ses personnages, qui sont là, entiers, vrais, justes, parce qu'elle nous fait rire, pleurer (Eh oui... avec de vraies larmes... et ça, c'est rare...), parce qu'elle nous émeut, parce qu'elle nous touche, juste là où ça fait rêver, juste là où ça fait mal, juste là où il faut...
Il est 16h. Je referme le livre et j'ai toujours les larmes aux yeux...
Merci....
16:13 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Littérature
Une petite phrase
"Divorce de ton rêve. tout de suite"
Juste une petite phrase sortie d'Alabama Song de Gilles Leroy.
A paraître au Mercure de France, en septembre.
L'image est belle, non?
12:13 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
22.08.2007
Purple
Purple
Your soul is painted the color purple, which embodies the characteristics of sensuality, spirituality, creativity, wealth, royalty, nobility, mystery, enlightenment, arrogance, gaudiness, mourning, confusion, pride, delicacy, power, meditation, religion, and ambition. Purple falls under the element of Earth, and was once a European symbol of royalty; today it symbolizes the divine.

13:08 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
20.08.2007
New Thing / Wu Ming 1
Écrit comme un reportage. Comme un documentaire.
Nous sommes dans les années 1960 aux Etats-Unis.
Des crimes sont commis. Des musiciens de jazz. Noirs.
En plein durant les tensions entre les Blacks Panthers, Malcom X, Martin Luther King, … Nixon, Hoover, Reagan…
Toute l’écriture de ce roman reflète la période.
On est plongé dans le roman, on imagine, on entend la musique… Et on suite l’enquête. L’avancée. Les témoignages. Les pièces qui nous sont livrées petit à petit. Chacun avec sa propre voix, sa propre tonalité. Sa souffrance. Et sa musique. On nous parle de jazz. On lit du jazz.
Je suis une lectrice assez basique. Ce qui compte, c’est de ressentir. C’est d’imaginer. De rêver.
Et là, ça marche.
Allongée sur le canapé. Un cd de jazz dans la chaîne HiFi (alors que je n’en écoute pratiquement jamais), parce qu’au bout de 2 pages, on a envie. De saxophone. De trompette. De voix profonde. De batterie.
Tout est là pour nous faire revivre cette période.
Des musiciens de jazz meurent. Assassinés. On est à Brooklyn. Une journaliste mène l’enquête. On sait qu’elle a disparu un jour.
Et à travers cette intrigue, nous découvrons (quand on est aussi peu calé que moi en histoire, je vous assure, on découvre ou réapprend, c’est à voir), ce que fut cette période de l’histoire des Etats-Unis.
Avec toutes les luttes pour les droits des noirs. Avec tous les conflits, complots. Toute la violence et la dureté de cette époque.
C’est vibrant comme un morceau de musique. Les douleurs sont réelles. Les personnages entiers…
Alors, même pour les réfractaires au jazz. Même pour ceux qui n’y connaissent rien… peu importe.
Tous les grands noms sont là. Sous nos yeux. Pendant ces quelques pages… et on les suit… les découvre et les apprend.
Je ne dis pas que j’en ressortirai avec une culture musicale agrandie mais… on a envie d’en savoir plus et de les écouter tout simplement…
Je ne l'ai pas encore terminé. Parce que c'est un livre qu'on prend le temps de lire. Doucement. Tranquillement. En se posant... Et en écoutant les mots... Les voix et les personnages...
21:51 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Au programme ...
New Thing
Wu Ming
Traduit de l’Italien par Serge Quadruppani
Métailié – 17 € - 192 pages
23 août 2007
Isbn : 978 2 86424 618 3
Biographie
WU MING 1 est l’un des membres du collectif Wu Ming réunissant cinq jeunes auteurs italiens dont les romans collectifs ambitieux, best-sellers en Italie, ont été traduits en de nombreuses langues.
Qui est Wu Ming ?
Depuis huit ans, sous ce pseudonyme qui signifie “ anonyme” en chinois, un groupe de cinq jeunes auteurs creuse un sillon profondément original dans la littérature italienne. Tout en menant une activité multimédia intense, Wu Ming a écrit plusieurs best-sellers aux sujets ambitieux, brassant des dizaines de personnages réels ou imaginaires, embrassant des époques charnières de l’histoire mondiale : de 54 à Manituana, qui vient de sortir avec un succès foudroyant. Quatre des cinq ont publié, avec succès également, des ouvrages individuels gardant la signature Wu Ming assortie d’un numéro. Pour commencer, les éditions Métailié publient deux d’entre eux.
Résumé
1967, les États-Unis sont secoués par les troubles raciaux et les manifestations contre la guerre au Viêtnam. À New York, après la mort violente de quelques musiciens de l’avant-garde du jazz, les assassinats sont revendiqués par le Fils de Whiteman. Agit-il pour son propre compte ou bien est-il un instrument de l’establishment ? Quarante ans plus tard, des rescapés racontent l’histoire de la jeune journaliste Sonia Langmut, disparue quelques semaines après avoir enquêté sur les faits.
En toile de fond, la montée du Black Power et de la new thing : le free-jazz de Albert Ayler, Archie Shepp, Bill Dixon, et de leur divinité tutélaire, John Coltrane, qui, sur le point de mourir pendant la période des meurtres, évoque sa vie, ses grandeurs et ses faiblesses.
Écrit sur un mode syncopé en plein accord avec son sujet, avec des échappées fantastiques, des vols d’oiseaux sur la ville et le parler du ghetto, le récit réussit en peu de pages à restituer, derrière les discours de la révolte et les manipulations du pouvoir, la voix d’une époque tout entière.
Bibliographie
Guerre aux Humains Métailié 2007
Extrait
"Prologue, 12 avril 1967
Le chœur répète dans la salle de classe d’une école primaire. Pas d’auditions, n’importe qui peut venir. Tu sais chanter ? Tu chanteras. Tu chantes faux ? Tu peux écouter, boire un café, regarder les dessins des gamins sur les murs.
Ce soir, il y a des nouveaux. Présentations, mains qui se serrent. C’est la classe de mon fils. Le gardien est mon cousin. Dans les toilettes, il y a l’inscription que j’ai gravée à sept ans avec un clou.
Anita a un sourire pour tous, elle écoute les voix, divise les gens en trois groupes puis les fait asseoir en cercle. Sur le tableau noir, le texte d’un spiritual.
Anita clame les premiers vers, cherchant le ton juste sur un piano vertical. Elle enseigne les rôles à chacun, fait chanter une section à la fois. On démarre trop bas ou trop haut, des voix qui se brisent, des accès de toux, des rires. Anita explique les rudiments : « deuxième voix », « Appel et réponse »… Des tasses de café passent de main en main.
Et maintenant, tous ensemble. Un garçon s’assied au piano, Anita chante.
I feel like, I feel like, Lord
I feel like my time ain’t long
Le choeur répond et continue. Tu t’aventures avec embarras dans la tradition, tu suis à rebours de vieilles empreintes dans la boue. Tu ne t’attends pas au veau gras, tu te contentes de café, de biscuits, d’une soirée en compagnie. L’attention est partagée entre le respiration, le tableau noir et les mains d’Anita qui dirige.
Mind out, my brother, how you walk de cross,
I feel like my time ain’t long
Yo’ foot might slip an’ yo’ soul git los’
I feel like my time ain’t long.
L’ultime révérbération dispersée, certains s’exlament : “Wow!”, d’autres sautent sur leur siège, ou battent des mains. Anita est surprise : pas mal. Recommençons.
Une demie heure est passée et déjà tu chantes sans trop de bavures. Pause, cigarettes, autre café. Pas d’alcool. Bedford-Stuyvesant, Brooklyn. Troisième soirée de répétition, le chœur n’a pas encore de nom.
Anita a vingt ans et va se marier."
Chap 1 pages 14 et 15.
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16.08.2007
Tout compte fait
Je devais lire La Zone d'Inconfort de Jonathan Franzen...
Et puis...
En fait, ce matin, je me suis lancée dans La Traversée de l'Hudson. De Peter Stephan Jungk.
Ce roman teinté est assez troublant. A la fois drôle et émouvant. Triste et joyeux. Entre la peinture de cet homme arrivé à la quarantaine, de sa mère, de son père... Cet homme qui se redécouvre et qui redécouvre la vie, son père, sa jeunesse perdue, ses rêves... le temps d'un bouchon sur un pont traversant l'Hudson...
Et ensuite, cet après midi, je me suis lancée dans Le livre de Yaak de Rick Bass...
A ne surtout pas lire en ville.
On se voit là bas. L'auteur nous transporte dans sa vallée, dans le Montana. On vit avec lui. On ressent son amour pour cet endroit magique.
Il aime cet endroit. Il en fait partie et La Vallée fait partie de lui aussi. Comme un rêve, on voit les arbres. On sent les odeurs. On imagine les animaux. L'eau, les torrents, les rivières...
C'est tout simplement beau. Parce que ça vient des profondeurs de l'âme de l'auteur.
Alors ce soir, pour me donner bonne conscience, je vais attaquer le Jonathan Franzen... Mais ... là, j'ai les yeux qui piquent (7 heures de lecture dans la journée) et une légère envie de m'endormir...
22:17 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Le livre de Yaak
Le Livre de Yaak
Rick Bass
Traduit de l’Anglais (Etats-Unis) par Camille Fort Cantoni
Gallmeister – 20,90 € - 178 pages
Isbn : 978 2 35178 012 1
Biographie
Né en 1958, Rick Bass a grandi à Houston, Texas, avant de faire des études de biologie et de géologie à l'université de l'Utah. Il travaille pendant plusieurs années dans le Mississipi comme géologue spécialisé dans les gisements de pétrole et de gaz, ainsi qu'en témoigne son livre Oil Notes. Rick Bass dit avoir appris à écrire en lisant les romans de Jim Harrison, Eudora Welty et Thomas McGuane. Il est l'auteur d'une douzaine de livres de fiction et de recueils de nouvelles. Le sud profond et le Montana constituent les décors privilégiés de ses fictions.
Résumé
La vallée du Yaak, dans le Montana, est l’un des derniers espaces sauvages des États-Unis, un lieu où cohabitent des ours noirs et des grizzlys, des loups et des coyotes, des aigles, des lynx, des cerfs et même une poignée d’humains.
De cet endroit magique où il vit depuis une vingtaine d’années, Rick Bass dresse le tableau d’une vallée aujourd’hui menacée. Dans ces récits inspirés, il nous décrit la grandeur de la nature sauvage du Yaak et de ses habitants. Il parvient ainsi à capturer l’âme d’un lieu qui, s’il venait à disparaître, constituerait une perte irrémédiable pour chacun d’entre nous.
Bibliographie
Platte River – Bourgois 1996
Oil Note – Bourgois 1996
Le guet – Bourgois 1996
Dans les monts Loyautés – Bourgois 1996
Sur la piste des derniers grizzlis – Bourgois 1997
Winter – Hoëbeke 1998
Le ciel, les étoiles, le monde sauvage – Bourgois 1999
Là où se trouvait la mer – Bourgois 1999
Colter – Bourgois 2001
L’Ermite – Bourgois 2004
La décimation – Bourgois 2007
Extrait
À l’âge de vingt neuf ans, nous avons quitté le Mississipi dans mon vieux camion, avec nos deux chiens, encore jeunes chiots, en direction de l’Ouest qui nous attirait comme un aimant, comme il est inscrit dans le sang et les gênes de notre pays – ce mystérieux décret qui nous intime l’ordre de traverser le contient de droite à gauche jusqu’à perdre de vue l’Angleterre et ses lointains échos, jusqu’à tout perdre de vue. Comme est inscrit dans notre sang ou dans le sol sous nos pieds cet ordre chuchoté de nous rebeller toujours, ne serait ce qu’un peu, c’est ce que nous fîmes ; nous partîmes afin d’éprouver le frisson de la fuite et parce que nous cherchions un lieu.
Nous voici errant à travers l’Ouest – conscients d’adorer les montagnes, les rochers et la glace, et les forêts et les ruisseaux, d’adorer le ciel et la fumée – traversant les orages de juillet et les blizzards d’août, jusqu’au jour où nous franchîmes une passe et où une vallée fit son apparition : une vallée bleu-vert tapie derrière une couche de nuages, avec un peu de fumée qui montait d’une ou deux cheminées tout au fond, une rivière paresseuse qui serpentait en contrebas, et une puissance, une immensité qui nous força à faire halte. C’était un peu comme de voguer en pleine mer tout en traînant derrière soi une ancre que retient un obstacle dans les bas-fonds. Ce qui retint mon cœur – nos deux cœurs – ce fut la gravité du lieu.
(…)
Est il excessif de croire que le pouls de notre sang et de nos émotions s’accorde au rythme brut des jours ensoleillés, en cette vallée où de brefs étés aux longs jours sont suivis de longs hivers aux jours brefs ? Qu’il s’accorde aux variations de la lumière en ces étranges forêts, voire au son des ruisseaux, lumière et son qui existent de toujours et sont le reflet des sons et des rythmes de notre âme ? Non pas en se superposant à eux, mais comme une manière de prédisposition, si bien que notre installation fut moins une peine et un effort qu’un soulagement accompagné de plaisir et de paix.
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