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28.03.2008
La première et la dernière.
La tête enfermée dans ses souvenirs, Armelle, car elle était revenue l’espace de 24h, regardait le paysage défiler sans le voir. Une migraine comme elle avait de nouveau l’habitude d’avoir comme compagne la défiait de pouvoir se concentrer. Vas y… essaie un peu de faire quelques chose de constructif durant les quelques heures de train qui te conduisent à Vannes. Allez… Bah alors ? Tu n’y arrives pas ?
Alors plutôt que de lutter, elle regardait le paysage de ses souvenirs qui défilait à la vitesse du train. Et elle repensait à cette foutue journée de merde. Avait elle jamais autant détesté quelqu’un que son chef et le RH dans sa vie ? Elle n’en était pas certaine. Ah, si seulement elle avait les couil…d’être une vraie battante carriériste. Mais elle était une fille. Une pauvre et faible gamine de bientôt trente ans, perdue dans un entre deux qui n’était plus l’adolescence mais pas encore tout à fait l’âge adulte… ah si seulement… on pouvait refaire le monde dans sa tête avec ce genre de phrase. Des et si, si seulement, si jamais, si encore, si si si… si si do ré ré do si la sol sol la si si la la si si do ré ré do si la sol sol la si la sol sol… et voilà qu’elle avait l’Hymne à la Joie de la Neuvième Symphonie de Beethoven en tête maintenant, ou peut être la musique d’Orange Mécanique, plutôt… vu ses envies de meurtre…
Des souvenirs, elle réfléchissait, mais elle en avait peu de bons associés à cet endroit, enfin son travail, ou plutôt son futur ancien travail… bien sûr, elle bossait avec son meilleur ami, avec des gens adorables, ses collègues, elle aimait se déplacer, rencontrer de nouveaux gens, toujours et encore, elle aimait son boulot, mais… dans la vie, les mais, c’est cette petite différence de rien qui fait tout…
Mais…
La Bretagne baignait dans une lumière de jour couchant. Le ciel oscillait entre le bleu nuit, le jaune pâle et le rose… c’était beau, poétique, le genre de ciel qui vous donne envie de devenir poète, écrivain, musicien, dessinateur, enfin une de ces personnes de génie capable de retranscrire les émotions, les lieux, les moments avec magie et beauté. Dans une petite heure, elle serait à Vannes. Une belle ville aussi, dans le vague souvenir qu’elle en avait, surtout la vieille ville, les murailles, les remparts…
Sa migraine commençait à s’atténuer. Le migralgine en venait à bout. Ah, fidèle compagnon des luttes inégales qui les opposaient toutes les deux, que ferait elle sans lui…
Elle prit une bande dessinée. Ce soir, ce serait Jacques le petit lézard géant de Libon. Édition Dupuis. Elle n’avait pas aimé l’auteur lors de la conférence au salon du Livre. Mais le graphisme et l’histoire semblaient plutôt agréable et léger, juste ce dont elle avait besoin pour le moment. Ne pas réfléchir. Ne pas penser. Laisser les choses aller et couler…doucement, tranquillement, calmement. Effectivement, c’était drôle. Un peu trash, un peu bête, un peu stupide. Pour adulte, enfant, adolescent, peu importe. C’est bon, sa critique était faite. Un jour, il faudrait qu’elle apprenne à faire les choses de manière plus carrées et professionnelles, quand elle aurait un nouveau travail, loin de là, ailleurs, bientôt.
Plus que trois mois à passer à Paris. Ensuite, c’était fini. 1998 – 2008. Bel anniversaire. 10 ans. Pour les 10 ans, elle partait. Au final, c’était une belle réussite. 10 ans à Paris, non ? Pour une campagnarde comme elle. RIP. Ci gisent mes 10 années passées à Paris. Ayons une pensée sympathique et nostalgique pour elles. Une minute de silence et de recueillement, s’il vous plait.
Put ! 10 ans, quand même. Elle avait vécu des choses en 10 ans. Des belles comme des moches. Mais la plus belle chose qu’elle ait vécue là bas, c’était celle qui la faisait partir. Joli paradoxe que la vie. Elle partait avec. Là bas. Ailleurs. Plus que trois mois, ensuite c’était terminé.
C’était les rires retrouvés, la joie de vivre, le sourire, la douceur, l’oubli, la gentillesse, le rêve parfois, la réalité aussi… C’était la douceur d’une main sur sa nuque, caressant doucement la naissance des cheveux, c’était la chaleur d’un regard posé sur elle quand elle était capricieuse et qu’elle ne voulait pas s’endormir toute seule, c’était la force de caractère qui savait la calmer et l’apprivoiser, c’était la lutte acharnée des mauvaises foi qui les habitaient… c’était tout ça et plein d’autres choses encore.
Vannes.
Le train entrait en gare. Il faisait nuit maintenant. 20h. Juste à l’heure. Armelle avait été rejointe par sa collègue quelques minutes avant l’arrivée du train en gare. Elles se dirigèrent vers la sortie à la recherche d’un taxi. Remake. Recherche désespérément taxi. Une enfilade de lumière jaune annonçant la station de taxi à la sortie de la gare. Tout compte fait, tout n’était pas si mauvais dans cette journée. Pas de pluie à l’arrivée. Des taxis plus qu’il n’en fallait pour les quelques égarés qui sortaient de ce train et que personne n’attendait à la gare. Pour les autres, c’était beau, les retrouvailles dans les gares. Les embrassades émues, les regards qui se cherchent, les approches fébriles, les sourires sur les visages, les yeux perdus qui s’illuminent soudain. Ce qu’elle aimait la gare dans ces moments volés, petits instants d’humanité. La vie tout simplement.
Vannes la nuit. Les remparts de la vieille ville illuminés, même si ce n’était pas encore la saison touristique, le calme, les rues pavées, les murailles, la vieille église, tout était beau. Il faisait frais. Juste bon. De cet air vivifiant et rassurant, celui qui nous fait sentir qu’on est en vie. Qu’on ressent, qu’on respire. Celui qu’on ne sentait plus depuis longtemps en ville, à Paris. En revanche, la notion de crêperie ouverte un mercredi soir hors saison touristique était plus vague et floue. Après quelques minutes, environ une trentaine à parcourir la ville, elles comprirent vite que la première crêperie illuminée et ouverte devrait faire l’affaire.
Le lendemain matin.
8 heures. Armelle était déjà dehors, fumant tranquillement sa première cigarette de la journée. Le téléphone à la main. Elle avait besoin d’entendre sa voix. De lui parler. Impossible de dormir. Pas moyen de fermer l’œil. Et toi ? Aussi. Ouf…. Je suis rassurée…Eh ! Je viens de te dire que j’ai mal dormi et tu dis ouf… Bah oui… Au moins on est deux à ne pas avoir pu dormir tranquillement… donc ouf… je me sens moins seule. Égoïste. Oui, je sais… C’était revigorant cette petite lutte matinale. Juste ce qu’il lui fallait pour commencer la journée et se sentir réveillée. Entendre sa voix. Rire. Le faire rire aussi. Elle pouvait partir assurer sa journée de formation. Tout devrait bien se passer.
Et tout s’était bien passé. Pour la première et la dernière. L’accueil chaleureux du public, les remerciements réconfortants sur sa dernière formation, les regrets lors de l’annonce de son départ, les discussions sur la vie en province, les félicitations à la fin de la journée. Un peu de baume au cœur.
À la gare de Vannes pour le retour, elle était comme libérée. Soulagée. Plus que deux et tout ça c’était terminé. Fini les périples en province. Fini le stress d’avant présentation. Mais surtout fini de défendre des idées qui n’étaient plus les siennes depuis longtemps. Elle aimait ses sujets et ses dossiers. Mais si seulement elle avait pu les présenter pour elle, pour le plaisir de parler de livres, d’échanger, de rencontrer, sans cette représentation collée à la peau, cette image, cette étiquette à défendre… sans être la commerciale qu’elle n’était pas et qu’elle n’avait jamais su être.
Dans le train du retour, elle guettait les instants qui la séparaient de chez elle. La sensation de sentir ses mains l’enlacer, la serrer très fort, comme il savait le faire. Le regard amusé par la fatigue qu’elle éprouverait vraisemblablement en arrivant. Son caractère capricieux et joueur, surtout quand elle était crevée et pas en état de lutter. C’était tellement plus drôle. Et en fait, il ne fallait surtout pas qu’il le sache, mais elle aimait ça. Ensuite, il s’occupait de tout. Directif. Sans concession. Elle avait juste le droit de poser ses affaires, se changer, éventuellement le temps de prendre une douche ou de se laver le visage et ensuite, il ne fallait plus rien faire. Juste se reposer… Dans le train, elle guettait l’heure qui se rapprochait. Surtout que demain elle repartait et qu’elle ne le verrait pas durant trois jours…
08:51 Publié dans Chroniques de la vie de tous les jours | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



Commentaires
.... 10 ans c'est pas mal pour tourner la page.... :)
Ecrit par : Lau | 28.03.2008
Ho hé dites, elle était gonflée elle.
L'auteur il faisait des bd et pas du spectacle, et c'était bien confortable de regarder l'auteur se démerder quand on était bien tranquille sur sa chaise.
L'auteur était cependant ravi qu'elle ait aimé le livre et désolé de n'avoir pas de billet a lui rembourser.
Bien à elle.
libon
Ecrit par : libon | 17.04.2008
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