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04.04.2008

souvenirs

Quand il était jeune, mon père aimait rire, sortir, jouer de la musique, faire du sport… il aimait vivre.

Pourquoi est ce qu’il a tout oublié ? Pourquoi est ce que je ne l’ai jamais connu comme ça ?

La vie bouffe t’elle les gens à ce point qu’ils se perdent et s’oublie quelque part à un carrefour, abandonne leur âme et repartent, ombres vides vers la vie, le quotidien ?

 

Le dimanche matin, quand nous étions enfants, avec mes frères, il nous emmenait faire du vélo dans les bois. C’était bien. Surtout quand il avait plu juste avant. On rentrait boueux, trempés et épuisés. Et heureux.

L’été, nous partions dans un tout petit village du centre de la France. Je crois que j’y ai mes plus beaux souvenirs. C’était les vacances. Nous étions ailleurs. Il était loin du quotidien, de ses soucis, de sa fatigue, de ses colères. Il était lui.

Dans ce petit village, nous étions comme des rois.

À chaque fois nous logions dans l’Auberge. Elle appartenait à des amis de la famille. Nous pouvions en visiter chaque recoin. La cuisine, les salles de réception, la pièce avec le flipper, la salle du restaurant.

À chaque fois, on nous réservait le Chalet, au fond de la cour de l’hôtel. Une maison dans la maison. C’était chez nous. Élise et Adrien, les propriétaires avaient un magnifique berger allemand. J’aimais beaucoup jouer avec lui. Je grimpais dessus comme sur un poney, quand j’étais toute petite. Devant l’Auberge, il y avait un lavoir dans lequel les vieilles du village aimaient à venir laver leur linge comme à l’ancienne. Elles savonnaient, frottaient, souriantes et heureuses.

Le matin, nous descendions prendre le petit déjeuner dans la grande salle du restaurant. De bonne heure. Chocolat chaud, brioche, confiture, beurre, baguette, un petit déjeuner de roi, de vacances. Il fallait que nous mangions de tout. Qui sait ? Si jamais le lendemain ce n’était plus pareil, juste au cas où, nous préférions prendre de l’avance et faire des provisions.

Ensuite, venait l’heure de se préparer pour aller à la plage. Où bien au marché quand c’était le jour. Là bas, on avait même le droit de se promener tout seul. La grande place avec l’église, qui se transformait deux fois dans la semaine. Noire de monde, grouillante, comme peu l’être un petit village de campagne durant les vacances. Pour nous, c’était énorme.

La plage, le matin, était souvent déserte. De bonne heure, quelques fois, nous allions faire le tour du lac. Le passage dans les bois était un véritable terrain de jeu. Des racines, des troncs d’arbres, quelques pêcheurs qui râlaient parce que nous troublions leur tranquillité et le silence, des écureuils, qui s’amusaient à nous aguicher avant de grimper dans les arbres avec prestance et rapidité. On finissait le tour du lac épuisé d’avoir trop couru. Après seulement, nous avions le droit d’aller nager. Tous les matins, même sous la pluie, à 10h, c’était cours de natation dans le lac. Je n’ai jamais su apprendre autre chose que la brasse (et encore, sans mettre la tête sous l’eau) et le dos crawlé. Les plongeons, le pauvre maître nageur a essayé, mais au bout de quelques années, il a capitulé. J’étais perdue pour la cause de la natation.

Pendant que je souffrais sous les directives du tyran maître nageur, mes frères et mes parents barbotaient. Après la leçon qui m’avait semblé durer une éternité, j’avais le droit de les rejoindre. Et là, je retournais nager avec mon père. On faisait la course. Bizarrement, je gagnais toujours. J’ai bien compris maintenant qu’il me laissait gagner par pure gentillesse, mais à l’époque, j’étais très fière de battre mon père. Lui qui était si sportif, si fort, si grand. Et moi, je le battais !

Vers 11h30, nous ramassions les affaires pour retourner à l’hôtel. Mais avant venait le moment de se doucher à la plage. Pour ne pas rentrer plein de sable. Des fois, nous avions le droit de manger sur place. Pas besoin de tout replier et ranger pour aller manger. C’était souvent les jours de marché. Le matin, très tôt, nous passions acheter du pain, du jambon, du saucisson, des chips et des fruits. C’était encore meilleur qu’au restaurant. La saveur des jours de fête et d’oubli. Comment a-t-on pu oublier tout ça ? Dis papa ? Ils sont partis où tous ces moments ?

L’après midi, nous n’avions pas le droit de nous baigner avant deux heures de digestion. Pour éviter l’hydrocution. Maintenant, j’ai compris le principe, mais à 8 ans, l’hydro… quelque chose me semblait surtout être un mot pour embêter les enfants. Mes parents l’entouraient d’histoires sordides de personnes mortes pour nous faire peur. Ce qui, bien évidement, attisait notre curiosité. Un peu comme cette boite de Pandore qui se rouvre au fur à mesure que je raconte ces souvenirs. Alors nous risquions un doigt de pied, puis le pied tout entier, et sans faire exprès, nous laissions tomber un objet ou un ballon dans l’eau, juste pour s’éclabousser sans faire exprès. Jusqu’à ce qu’on soit complètement trempés et que mes parents capitulent de guerre lasse.

Nous restions à la plage tout l’après midi. Jusqu’à bien après l’heure du goûter.

Les derniers moments étaient les plus savoureux. L’air se rafraîchissait. La plage se vidait. Les jeux nous appartenaient. La balançoire, le toboggan en métal qui brûlait les fessiers et les cuisses le reste de la journée, le tourniquet, pour bien se donner mal au cœur et faire tourner la tête.

Enfin, c’était notre tour de quitter la plage. De retour à l’hôtel, c’était à celui qui serait le plus rapide pour aller prendre la salle avec la baignoire. Une fois que nous étions propres et secs, nous avions le droit de descendre jouer dans la cour de l’hôtel. Il y avait des tables de jardin en métal blanc. Un peu rouillées. Un peu usées. Un peu bancales. Et aussi des petits bacs pleins d’eau dans lesquels grouillaient des multitudes de poissons. Adrien préparait les repas du soir. C’était le moment où il sortait pour égoutter la salade qui me fascinait le plus. Il la faisait tourner à grande vitesse, son épaule devenait un retors, son bras un axe qui se terminait par la main tenant le panier à salade. Et les feuilles ne tombaient pas par terre. Il en faut peu pour fasciner une gamine. Mais ça marchait à chaque fois.

Parfois, nous allions prendre l’apéritif avec les grands dans le bar du restaurant. Avec mes frères, on prenait un jus de fruit, Tropicana, il n’y a que là bas que j’en ai bu et je me souviens encore du nom. Puis nous allions jouer au flipper dans la salle de jeu. Ou alors on embêtait les grands et les adultes en jouant dans leurs jambes.

Quand venait l’heure de manger, nous nous dirigions vers notre table. C’était la nôtre. Toujours la même. Je me rappelle, une année, un couple s’est retrouvé installé juste derrière nous. C’était terrible. Comme si quelqu’un avait empiété sur notre territoire. Cette table était située près d’une fenêtre donnant sur la rue. Il y avait quatre places, même si nous étions cinq. Mon petit frère était encore tellement petit qu’il n’avait pas vraiment besoin d’une vraie place pour s’asseoir. Les années suivantes, on rajoutait une chaise en bout de table.

Le repas, c’était toujours la même histoire. On ne voulait pas manger. C’était la comédie perpétuelle, avec en prime un public de premier ordre : les autres clients du restaurant.

Il y avait toujours du potage. Même en plein été.

Le repas durait longtemps. Trop longtemps pour nous. Nous étions fatigués par nos journées et nous n’avions qu’une attente, le dessert et surtout… la salle avec la télévision. Il arrivait que certains soirs nous ayons le droit d’aller regarder la télévision dans la grande salle. Surtout quand c’était des émissions populaires du genre d’Intervilles qui passaient. Mais c’était quand même soir de fête dans ces cas là.

Quand on était enfants…

Alors le jour où j’ai annoncé à mon père que je partais vivre là bas, enfin par là bas, j’ai vu ses yeux briller.

Même si… c’est loin. Même si j’ai tout lâché pour ça…

Mais, c’était un peu de souvenirs et de sourires qui lui revenaient en tête. L’espace de quelques secondes.

Commentaires

bon, ben voilà, je chiale, non je ne suis pas triste, c'est seulement que c'était bien, nous cinq, avant...

Ecrit par : maman | 04.04.2008

..... :)

Ecrit par : Lau | 04.04.2008

..... :)

Ecrit par : Lau | 04.04.2008

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