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11.06.2008
Entre deux
Elle ne savait pas trop quoi faire en ce moment. Entre deux vies, deux moments, deux lieux.
Se lever le matin lui semblait facile. Mais c’était le reste de la journée… Comment occuper ces longues heures qui l’attendaient ?
Le réveil sonnait tous les jours à 7h30, parce qu’il travaillait encore un peu, lui. Elle, elle se levait, ils prenaient le petit déjeuner en regardant cette émission qui les faisait rire. Et puis vers 8h45, il partait au travail…
Que faire des ces longues heures ?
À force de n’avoir rien à faire, elle n’avait même plus envie de faire quoique ce soit.
Encore une vingtaine de jours à tenir…
Parfois, elle se levait avec de grandes idées. Pleine d’envies. Et puis, la matinée avançant, elle se rendait compte que c’était juste une illusion, un rêve. Que la journée serait la même que la précédente…
Se préparer. Sortir. Aller au cinéma éventuellement. Puis se balader. Rien de bien productif. Rien de bien intéressant.
Et puis cette peur, qui s’installait, lentement, de ne plus avoir grand-chose à raconter. De ne plus avoir rien à raconter. Elle qui avait une imagination si fertile. Capable de transformer la réalité en autre chose. Dans sa tête. Dans ce petit monde qu’elle s’était créée gamine…
Il fallait juste qu’elle se réveille. Plus qu’une vingtaine de jours… ce n’était pas si lointain. Et pourtant ça lui paraissait une éternité.
À force, elle avait du voir tous les films qui étaient sortis au cinéma.
Elle avait lu une bonne partie des livres achetés en prévision des « vacances », de quand lui aussi arrêterait de travailler…
Et maintenant, elle ne savait plus trop quoi faire de ses longues journées.
Huit heures. Dire qu’elle en avait rêvé de tout ce temps. Et maintenant qu’il était là, devant elle, s’étendant sournoisement, elle ne savait pas quoi en faire.
Trop de temps tue le temps. Une petite formule passe partout qui lui trottait dans la tête depuis quelques jours… à force de pouvoir faire tout ce qu’elle voulait, elle ne savait plus ce qu’elle voulait vraiment faire… L’ennuie qui bouffe tout. Qui tue le plaisir ou l’envie.
Plus qu’une vingtaine de jours… Alors elle guettait le moindre rayon de soleil, la moindre occasion pour sortir marcher, pour partir se balader, pour aller ailleurs qu’à Paris…
Marcher… un pied devant l’autre. Simple. Basique. Sans réflexion. Elle ne pensait plus dans ces cas là. Juste marcher. Le chemin qui se faisait tout seul sous ses pas. Les kilomètres qui défilaient. Poussières de bitumes avalées.
Les vitrines des magasins, les monuments parisiens, les bus, le métro, le regard des autres, rivés au sol, les pas pressés des travailleurs, nonchalants des mères de famille qui ne travaillaient pas, les enfants qui sortaient de l’école, les personnes âgées qui tentaient de garder un semblant de vie sociale en faisant leurs courses toute la journée… Elle les regardait, les écoutait, les observait. Se nourrissant de leur vue. Cherchant en eux des histoires, des vies qu’elle pouvait inventer…
Et puis elle rentrait et se plongeait dans d’autres vies fictives, celles des romans. Pendant ce temps là, ce n’était pas à elle de s’occuper de sa journée. C’était les histoires écrites ou inventées dans sa tête qui la remplissait…
Et puis le soir arrivait. Et comme un prisonnier qui barrait les jours qui le séparait de la liberté sur un calendrier, elle barrait la journée qui venait de s’écouler dans sa tête, se disant qu’après tout, elle n’avait jamais été aussi prête du but.
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