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16.06.2008
Les girolles
Les mains dans la terre. A genoux. Le pull rentré dans le pantalon pour éviter les piqures de moustique. Trop tard ou trop naïf. Les moustiques passent à travers le pull.
Ça doit faire une demi-heure qu’ils sont là. Dans les bois. A ramasser des girolles.
Elle aime partir comme ça, durant une petite heure avec son père dans les bois. Juste pour le plaisir d’être au milieu de nulle part, perdue dans la forêt, avec pour seule compagnie le chant des oiseaux et les insectes.
Ses mains sont noires de terre. Quand elle les approche de son visage pour relever ses cheveux qu’elle a oublié d’attacher avant de partir, elle sent la terre humide, l’humus, les feuilles mortes tombées durant la dernière pluie, le bois… Pour une fois que ce n’est pas l’odeur des Camels…
A ses pieds, un sac plastique avec quelques champignons. Elle ne raffole pas des girolles. C’est bon, mais sans plus. Non, ce qu’elle aime par dessus tout, c’est se perdre une heure dans les bois pour ramasser, chercher, passer entre les branches, dans les fourrées, par dessus les morceaux de bois qui jonchent le sol.
Très fière d’elle, elle a remarqué toute seule, comme une grande, que les girolles ne poussaient qu’à un certain endroit du bois. Là où il y a des châtaigniers, des chênes, de la mousse et des limaces (c’est la partie la moins agréable, quand sa main frôle par inattention une limace. C’est visqueux, gluant et son contact lui donne la chair de poule).
Un samedi à 19h, elle est là, dans la forêt, à ramasser des champignons. Elle pourrait être chez elle. Assise devant son ordinateur. Où à lire. Ou bien elle pourrait préparer le repas. Mais ces petits moments volés au temps, à sa vie sont tellement rares et si beaux.
Dans sa tête, il n’y a qu’un grand vide. Tout à disparu. Elle ne pense à rien. Quelques rayons de soleil parviennent à transpercer le feuillage des arbres. Il fait frais. Un vent léger souffle à travers les feuilles, provoquant un léger bruissement qui se mêle au chant des oiseaux. Il y a un coucou qui les nargue. Un pivert aussi. Et au loin, en entend une chouette.
- « Il va falloir penser à y aller. »
Son père la ramène à la réalité.
- « Oui.
- Il est quelle heure ?
- 19h.
- On est là depuis plus d’une heure maintenant…
- D’accord. »
Au moment où ils s’apprêtent à partir, en jetant un dernier coup d’œil, ils tombent sur un champ de girolles. Elles étaient là, cachées à moitié par des feuilles.
Juste au moment où ils comptaient partir. Alors ils continuent à ramasser les champignons, repoussant le départ. Ils savent qu’ils vont être en retard.
Ce soir, sa mère a invité des amis à manger. Elle comprend que son père a aussi peu envie de faire la fête ce soir qu’elle même. Le calme de la forêt.
Dans 3 semaines, ils partent à la montagne. Encore 3 semaines. En retournant jusqu’à la voiture, ils parlent des marches qu’ils feront durant cette petite semaine là bas… Le Col de la Pierre Blanche, le Lac Montfiot, peut être le glacier du Péclet… Ou bien le Col de la Fenêtre…
Partir le matin. Le sac sur le dos. Ne penser à rien d’autre qu’à mettre un pied devant l’autre. Et se laisser remplir par le calme et les paysages…
En rentrant, ils savent qu’ils sont en retard. Un coup de téléphone pour savoir où ils sont les prévient que les invités sont déjà arrivés… Ils auront juste le temps de se changer et de se laver les mains…
11:24 Publié dans Textes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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