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19.06.2008
Un état second
"Il y a peu de chose à dire au sujet du bonheur ; il se contente d'être lui même, placide, presque somnolent. C'est un état que l'on adopte d'un coeur léger mais avec un esprit parfois torturé."
Jim Harrison
Légendes d'Automne - Chapitre 3
Armelle en faisait l'expérience.
Elle qui avait toujours eu peur de tout et de tout le monde. Peur de la vie. Peur de croire qu'on pouvait être heureux tout simplement, sans se poser de question, sans se demander pourquoi, comment, ...
Elle avait souligné ce passage dans le roman qu'elle venait de terminer.
Dans la pièce d'à côté, Lucas regardait le match qui opposait la France à l'Italie, en compagnie de son meilleur ami.
Elle avait préféré les laisser tous les deux tranquilles, entre mecs, comme elle aimait dire.
Dans deux semaines, ils se lançaient dans l'inconnu. Ils partaient de Paris pour aller vivre en province.
Alors qu'elle fumait une cigarette à la fenêtre, elle pensait à l'année qui venait de s'écouler. Une année assez étrange. A laquelle elle n'osait pas trop croire, se disant qu'une partie de ces moments avaient du être rêvés. Parce que ce n'était pas possible autrement.
Il y avait eu cette fête au mois d'octobre. Puis Noël. Le jour de l'an. Le voyage à Londres. Le séjour à la montagne. Les fêtes, les soirées, les repas... Des images, des moments, des émotions qui se bousculaient dans sa petite tête torturée.
Il y avait eu tellement de choses et tellement peu à en dire. Elle qui avait toujours eu une imagination débordante pour transposer sa réalité en fiction ne savait plus. Elle n'y arrivait plus. Elle ne savait pas parler du bonheur.
Alors quand elle était tombée sur cette phrase dans le roman de Jim Harrison, elle avait enfin trouvé une réponse à ses questions.
On ne parlait pas du bonheur. On ne parlait pas de ses bonheurs. On pouvait parler de ses tristesses, de ses joies, de ses peines, de ses peurs mais pas de ses bonheurs. Parce qu'il n'y avait rien à en dire. Parce que c'était une sorte d'état second, sans rien d'autre que le moment présent...
Une année assez étrange. Et maintenant, ils allaient partir. Juste se lancer dans un grand vide inconnu. La vie ailleurs… Loin de Paris…
Plus l’échéance approchait plus elle avait peur. Mais pas de cette peur qui tétanise les gens. Non, c’était cette petite peur qui grise et enivre. La peur de l’inconnu. Tout simplement.. Alors elle n'en parlait pas. Elle ne disait rien dessus. Parce qu'en parler c'était en perdre une petite partie et peut être qu'en fait elle préférait le garder pour elle, tout ça. Peut être qu'elle ne savait pas dire ou raconter le bonheur parce qu'elle avait peur de le perdre ensuite.."Un coeur léger avec un esprit parfois torturé" avait dit Jim Harrison dans sa nouvelle....
11:08 Publié dans Textes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



Commentaires
c'est bien vrai... que le bonheur.... il n'y a que très rarement des choses à en dire...
Ecrit par : Lau | 19.06.2008
C'est étrange,tout juste hier, j'ai parlé de "peur de vivre" à une collègue qui me disait que ça ne pouvait pas être possible.
Ecrit par : annie | 19.06.2008
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