27 août 2008

A suivre

C’est drôle comme les rêves ont le pouvoir de nous faire croire que tout est possible.

Lorsqu’il fermait les yeux, Lucas pouvait se persuader qu’il était grand, fort, doué en sport, intelligent et apprécié de tous ses camarades d’école. Lorsqu’il les rouvrait le matin, après avoir endossé maintes et maintes identités plus farfelues et formidables les unes que les autres, il se rendait compte qu’en fait il était toujours lui. Juste lui. Rien d’autre que lui. Petit, maigrichon, timide, le bouc émissaire de ses camarades d’école (et des professeurs) et nul en sport. SI seulement il ne pouvait vivre que dans ses rêves. Et dormir la réalité.

Parfois, durant la journée, il tentait de se persuader qu’il dormait. Que tout ça n’était qu’un horrible cauchemar. Mais rien n’y faisait. Cette espèce de chose cachée au fond de son cerveau qu’on appelait la conscience, lui rappelait qu’il ne dormait pas et que malheureusement pour lui, sa vie, c’était ça…

Un soir, alors qu’il rentrait de l’école, tapant dans les cailloux, avec eux, au moins, il avait le dessus, il échafauda un grand projet. Il allait dormir tout le reste de sa vie. C’était décidé. Comme ça il n’aurait plus à souffrir et à se poser de questions.

Fier et heureux, il avisa un gros caillou. Il le ramassa et le lança très fort dans le ciel en hurlant, non sans avoir vérifié qu’il était bien seul sur le sentier, « Je suis le plus fort du monde ! Le monde m’appartient ! »

Malheureusement, j’ai oublié de préciser que Lucas était aussi très malchanceux. Et le caillou lui tomba sur le crâne. Ce qui lui valu une belle ouverture de l’arcade sourcilière et une chute assez violente sur le dos. Mais grâce à son cartable qui pesait sûrement le double de son poids, il ne se fit pas très mal. Il se cogna juste la tête très fort sur le sol.

Lorsqu’il reprit connaissance, la nuit était sur le point de prendre la place du jour. Sa tête lui faisait très mal. Comme si quelqu’un s’amusait à jouer au tambour dedans. Son arcade sourcilière pleine de sang coagulé. Il se releva tant bien que mal, se disant qu’il allait se faire tuer par ses parents. Ils devaient être morts d’inquiétude. Et en plus, il sentait bien qu’il devrait affronter leur colère quand il s’expliquerait sur le pourquoi du comment. Allez dire  à vos parents, vous, que vous êtes tombés dans les pommes parce que a) vous avez pris l’immense décision de dormir le restant de votre vie b) vous avez déclaré en jetant une pierre dans le ciel que vous étiez le maître du monde c) vous vous êtes pris la pierre sur la tête d) vous êtes tombé… Allez expliquez ça à vos parents et guettez la réaction. C’était certain, il allait se faire sérieusement enguirlander. Il sentait même venir la punition. Privé de jeux vidéo. Ou privé de télévision. Ou privé de dessert. Ou privé des trois… 

Commentaires

.... de nouveau internet .... :)

Ecrit par : Lau | 28 août 2008

J'adore ce texte !! Il m'a beaucoup fait rire parce que j'ai vécu un truc similaire petite, et je me suis faite engueuler copieusement. Une fois que tes parents voient qu'en faite tu vas bien, c'est là que ça chauffe :)

Ecrit par : Moummoune | 28 août 2008

tres joli texte
bravo a toi

Ecrit par : Ibid Norio | 02 septembre 2008

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