17.07.2008

...

Ah la joie des travaux !

 

Le bonheur du travail fait par soi même.

 

Le papier peint qui ne veut pas se décoller du mur malgré les trois tonnes de produit.

 

Les doigts pleins de colle. Les cheveux poussiéreux et …

 

Mais qu’est ce qui leur était passé par la tête quand ils avaient accepté ce marché ?

 

Qu’est ce qu’ils croyaient ? Que ce serait une partie de plaisir ? Un jeu ? Un truc drôle ?

 

 

La propriétaire de l’appartement s’était plutôt bien débrouillée sur cette affaire…

 

« - Vous aurez les clés le 15. Si j’ai le temps, je ferais les travaux, autrement, je vous laisse les faire en contrepartie d’une déduction de loyer. Ça vous convient ?

 

- Oui, qu’ils avaient répondus, plutôt pressés d’avoir les clés en fait… Oui, aucun souci.»

 

 

Et nous voilà aujourd’hui.

 

Le plus difficile, ça va être de coller le nouveau papier peint. Une hauteur sous plafond de … 2,70 mètres. Sachant qu’elle mesure 1,60 mètres (et encore sur la pointe de pieds) et qu’il mesure 1,70 mètres, bref, mieux vaut ne pas y penser… Déjà que le décollage est plutôt laborieux.

 

 

Armelle tournait et se retournait dans le lit. 5h50… « Allez, encore 10 minutes et je me lève… Peut être même que je vais réussir à me rendormir. »

 

 

Depuis un peu plus d’une semaine, impossible de dormir. Alors qu’elle avait un sommeil très très lourd en temps normal. Les yeux grands ouverts, elle fixait le plafond, consciente que de toute façon, même si elle se rendormait (oh miracle) ce ne serait que pour quelques minutes. Non. C’était bien plus amusant de cogiter et de penser à toutes ces choses qu’ils avaient à faire dans les jours à venir.

 

·         Finir les travaux.

 

·         Rentrer à Paris faire les cartons.

 

·         Aller chez ses parents faire les cartons.

 

·         Faire une liste de tout ce qu’il ne faut surtout pas oublier… Le coffre que je vais retaper quand j’aurai le temps, le miroir que je vais finir de réparer quand j’aurai aussi le temps, les livres, les bd, … Hum… Quoi d’autre ?

 

·         Revenir ici pour prendre le camion.

 

·         Remonter à Paris, déménager.

 

·         Revenir ici, emménager (logique…).

 

·         S’inscrire à la mairie, faire les changements d’adresses.

 

·         Trouver des meubles.

 

·         Trouver un boulot aussi, (ça pouvait sembler accessoire, mais son petit pécule commençait à fondre sérieusement avec les grandes chaleurs de l’été…).

 

·         Faire ses marques dans cette nouvelle ville (même si aux dires de certains, ce n’était pas très grand, c’était quand même pas facile, bon d’accord, au regard de Paris, ce n’était pas très grand, mais il suffisait de connaître son sens de l’orientation et sa propension à se perdre dans les petites rues pour imaginer qu’il lui faudrait du temps).

 

·         S’inscrire à l’auto école, (peut être avant de trouver un boulot, ça pourrait être une bonne idée de le passer en accéléré ce fichu permis de conduire. 30 ans bientôt et toujours pas le petit papier rose magique. Et sans voiture ici, hum, comment dire… PASSER LE PERMIS !).

 

·         Trouver le temps d’aller au cinéma

 

« - Ah, non, désolée mademoiselle, mais ceci n’est pas une priorité…

 

- Oh tais toi, fichue conscience…

 

- Non… Je te rappelle que je suis là pour t’em… justement et que ça, c’est même pas la peine d’y penser…

 

- C’est ça. Qu’est ce que tu crois ? Que je vais laisser une entité immatérielle me contraindre et m’empêcher de faire ce que je veux ?

 

- Et qu’est ce que je fais depuis quelques nuits ? Qu’est ce que tu crois ? Que tu ne dors pas parce que tu es en pleine forme ? La belle blague… Mais tu es vraiment naïve…

 

- Bla Bla Bla Bla… ça y est ?

 

- Et de mauvaise foi en plus…

 

- Fin de la discussion… !

 

- C’est bien ce que je disais… Naïve et de mauvaise foi… »

 

 

Elle avait beau essayer, impossible de se rendormir avec tout ça dans la tête…

 

La liste semblait s’allonger de jour en jour… Un peu et elle n’aurait même plus le temps de tout passer en revue durant les quelques heures de sommeil (Ah, la blague… Sommeil… Je veux DORMIR !!!) qu’ils s’accordaient depuis une semaine.

 

 

6h. Enfin, heure décente. Si je sors tout doucement du lit, avec un peu de chance je ne le réveille pas et je pourrai dire que je me suis levée vers 7h… ½ litre et café et du thé et hop’s ni vue ni connue, ce sera comme si j’avais vraiment dormi.

 

Lucas savait bien qu’Armelle ne dormait plus en ce moment. Et c’est régulièrement qu’il lui disait d’arrêter et de se reposer. Mais autant remplir le tonneau des Danaïdes (La preuve que je suis parfaitement réveillée. 6h, et je cite le tonneau des Danaïdes… Bientôt je vais parler de Sisyphe et de Prométhée. Faut vraiment que je dorme.)

 

Et puis, elle était tellement tête de mule qu’il pouvait toujours parler, pour qu’elle écoute, il faudrait … Qu’est ce qu’il faudrait d’ailleurs ? Si quelqu’un avait la réponse, il était preneur…)

 

Mission accomplie ! Debout, dans le salon de l’appartement qu’on leur avait prêté durant la semaine, elle était parvenue à se lever sans le réveiller. Eh, fallait qu’il dorme. D’abord, les hommes travaillent davantage durant les travaux et ensuite, elle aimait bien être toute seule durant une petite heure le matin au réveil, juste histoire d’émerger tranquillement… Sans être bousculée…

 

 

Et puis peut être que ce soir, elle serait fatiguée, qui sait… ?

 

 

16.07.2008

Mais qu'est ce que ...

« Mais qu’est ce que je fous dans cette galère ? Dire que je pourrais être tranquillement assise chez moi à me reposer. Mais non. Il a fallu que j’accepte l’invitation de mon grand frère pour aller passer quelques jours à la montagne. »

 

Alors qu’elle marchait, guettant le sommet avec avidité, Chloé cherchait les raisons qui avaient bien pu la pousser à accepter cette idée saugrenue. Certes, elle était loin de chez elle, de ses parents, de sa maison, mais de là à accepter cette torture, c’était pas marqué sur le contrat. Si elle avait su… D’un autre côté, on l’avait bien prévenue que c’était pour marcher. Mais 15 bornes par jours, ils sont fous… !!!

 

3000 mètres hier, 2807 mètres aujourd’hui. Ah pour ça, les paysages étaient beaux. Mais fallait être sacrément fou pour s’obliger à faire de telles choses. Marcher toute la journée pour atteindre des hauteurs où on ne pouvait même pas respirer d’abord, parce qu’il y avait moins d’oxygène, où il faisait froid, et puis, bon, à part la vue sur des montagnes et des sommets enneigés, elle ne voyait pas trop ce que ça avait de spectaculaire. D’abord, elle ne savait même pas ce que c’était ces sommets qu’on voyait en face, et puis aller lire sur la table d’orientation impliquerait se lever, aller jusqu’à là bas, et tenter de comprendre ce charabia. Elle était certaine que les trois quart des personnes que se collaient devant ne savaient même pas lire et comprendre ce qu’ils voyaient.

 

À côté d’elle, le pauvre chien qu’on avait aussi forcé à faire cette marche de forcenés. Le pauvre. 9 ans et de l’arthrose et on l’obligeait à marcher quand même. Il avait beau faire le fier dans la neige et les torrents, elle voyait bien que c’était pour gagner du temps et se reposer en réalité.

 

On ne la reprendrait pas de sitôt à accepter ce genre de proposition. La prochaine fois que son grand frère lui proposerait des « vacances », elle lui demanderait un contrat signé par les deux parties pour être certaine que ce serait des « vacances ».

 

Peut être qu’elle devrait lui faire lire la définition de ce mot dans le dictionnaire. Parce que visiblement, la signification profonde de ce terme lui échappait. Enfin peut être pas à lui, mais aux fous avec lesquels ils étaient partis. Pfff, on a pas idée…

 

Vacances, c’est repos, glande, farniente, dormir, éventuellement se balader, mais 10 minutes histoire de s’aérer un peu, bronzer (bon, là, elle ne pouvait rien dire, il faisait beau, mais bronzer sur une serviette dehors, à la plage, c’est pas mal non plus…)…

 

« Mais c’est pas possible !!! Plus on avance, plus ça semble loin ! Eh oh, le sommet, ne bouge plus. Reste là jusqu’à ce que j’arrive. À la limite, qu’une bonne âme envoie un escalator, un ascenseur, un hélicoptère, un avion, des cordes, enfin un truc pour me hisser jusqu’à ce fichu sommet, mais … Argh !!! Quoi, il faut prendre ce chemin ? Non mais ça pas bien dans votre tête ? Et la copine de mon frère qui me dit de ne pas regarder en haut mais mes pieds. C’est bien joli, mais si je ne regarde pas là haut, je suis certaine qu’ils vont m’entuber et rallonger le parcours. Et elle marche, l’air de rien, limite elle pourrait chanter ou courir en même temps. Elle est peut être pas humaine ? »

 

Le raidillon qui était censé les conduire jusqu’au sommet semblait monter à pic. Un angle de 90°, un angle droit quoi, et il fallait qu’ils passent par là.

 

Elle voyait tous les autres descendre. Mais personne ne montait. Les autres, eux, ils avaient été intelligents, ils avaient pris les bulles pour monter jusqu’au sommet et ils faisaient le chemin de retour à pied. De la descente uniquement.

 

« Et d’abord, ces bulles, elles étaient où ? Elles avaient plutôt intérêt à fonctionner. Parce que sinon, je ne vous explique même pas le massacre. C’est pas dur, je reste en haut. Je ne bouge plus. Jusqu’à ce qu’elles se mettent en marche. Pas possible autrement.

 

Mais c’est quoi ce passage ? Parce qu’en plus il faut faire de l’escalade ? Et le pauvre chien qui est à bout de force. Il pleure même devant les pierres. En plus c’est vachement dangereux. Eh, il y a le vide juste à côté ! Quelqu’un vous a prévenu ? Non, parce que sinon, je vous le dis moi, ça craint ce chemin. Bon le chien est passé. S’il peut, je devrais pouvoir aussi. Alors voyons voir… Si je mets un pied ici et une main là… Mouais… Purée… J’ai que 13 ans moi. Je suis pas comme vous. D’abord, j’aime pas le sport. Alors… Et puis vous, vous êtes du genre à aimer courir, nager et tout et tout… Mais les gens normaux, comme moi, sont contre la torture. Ça ne va pas de s’infliger ce genre de chose juste par … « plaisir »… ?! On appelle ça du masochisme. Peut être que je devrais aussi leur faire lire la définition de ce mot. Toute une éducation à refaire. 30 ans et ça ne connaît rien. »

 

Devant, les autres marchaient l’air de rien. Un peu comme si c’était une promenade de santé. Genre, on fait ça « finger in the nose »…

 

Et puis… « Miracle, alléluia, Oh joie ! Oh bonheur ! Le sommet… Enfin… !!!  Quoi ? C’est ça le sommet et la vue ? Tout ça pour ça ? Mais c’est pas vrai ! ça va vraiment pas bien dans votre tête. Eh, si c’était pour la vue, prendre les bulles, regarder et redescendre par le bulles, ça aurait suffit, non ? Peut être que plus on vieillit plus on devient bête ? Qui sait… Peut être que je vais devenir comme ça aussi… Non… C’est pas possible….

 

Sans aucun intérêt

La marmotte était allongée sur une pierre. En plein soleil. À cette heure avancée de la matinée, elle se faisait bronzer. Tranquillement.

 

Début juillet. Les espèces d’huluberlus à deux pattes qui venaient les déranger elle et sa famille durant les mois d’été n’étaient pas encore très nombreux. Elle avait un peu de répit. Du moins c’est ce qu’elle pensait quand elle vit un groupe de quatre choses bizarres qui avançait vers elle. Mince. Aïe. Zut. Crotte de chèvre. Elle avait été inattentive. La meilleure solution, dans ces cas là, elle l’avait appris à l’école durant l’hiver, c’était encore de ne pas bouger. Faire comme si elle était une pierre. Ils sont marrants eux… comment faire pour respirer alors ? Pfff. Elle aurait peut être du être un peu plus attentive durant les cours, au lieu de penser à dehors.

 

C’était la première fois qu’elle allait sortir. Le grand monde. La découverte des grands espaces, des prairies verdoyantes et grasses. Bon, elle avait un peu rêvé, d’accord… parce que question prairies verdoyantes, c’était pas trop ça ici. On pourrait dire, prairie rocailleuse et euh, bah, rocailleuse.

 

Bon, ils étaient encore là. Mais qu’est ce qu’ils faisaient ? ils étaient un peu bizarres, quand même. Ils communiquaient entre eux à grands renforts de « chut ». Qu’est ce qu’ils pouvaient bien se raconter ? « chut » ? Vraiment, cette race n’était pas très évoluée. Un seul phonème à leur vocabulaire… Ils étaient pas si terrible que ça.

 

Il y en a même une qui avançait lentement, comme si elle ne la voyait pas. Et puis quoi encore ? Moins discrète, tu meurs… Elle avait un drôle d’objet à la main. Une sorte de boite noire qui faisait des petits bruits de temps en temps. « Clic ». « Clic ».

 

C’était pas tout ça, mais ils commençaient à être fatigants. Elle aimerait bien bouger. En plus, elle sentait un début de crampe. Est-ce que je le tente ? Non ? Oui ? Si je bouge la tête, ils font quoi ? Ah, c’est intéressant. Ils s’arrêtent. Et ils recommencent à faire ce drôle de son, « chut ». Tiens donc, c’est nouveau, ils connaissent donc d’autres sons… « doucement ». Mouais. Étrange. La chose qui tenait la drôle de boite avançait de nouveau vers elle. Mais c’est pas vrai, elle est énervante celle là… Bon, je vais rebouger. Peut être qu’elle va comprendre… Tu parles !!! Elle est toujours là…

 

Bon, l’entrée du terrier est juste à un mètre. Si je me débrouille pour passer par le chemin secret en dessous des pierres… mais avant faut que je tourne le dos. Et je sais pas de quoi ils sont capables… Elle a pas l’air bien méchante, mais à l’école, Marmotte Sage a bien dit qu’ « il ne faut jamais se fier aux apparences »… Aïe Aïe. Comment faire… ?  Bon je tente le tout pour le tout…

 

À la une, à la deux et … à la trois, je me lance, je cours, je ne regarde pas derrière et… Yes !!! I’m the best, je suis dans le terrier. Purée, trop douée, la fille…

 

Peut être qu’ils vont bouger maintenant… Dans trois, deux, un je vais voir s’ils sont toujours là… Trois, deux, un… Ah, zut, ils sont partis. Pff, même pas drôle. Petits joueurs. Une défaite et ils s’en vont. Pas très courageux quand même… En même temps… Maintenant, je peux retourner bronzer tranquillement…

 

19.06.2008

Un état second

"Il y a peu de chose à dire au sujet du bonheur ; il se contente d'être lui même, placide, presque somnolent. C'est un état que l'on adopte d'un coeur léger mais avec un esprit parfois torturé."

Jim Harrison

Légendes d'Automne - Chapitre 3

Armelle en faisait l'expérience.

Elle qui avait toujours eu peur de tout et de tout le monde. Peur de la vie. Peur de croire qu'on pouvait être heureux tout simplement, sans se poser de question, sans se demander pourquoi, comment, ...

Elle avait souligné ce passage dans le roman qu'elle venait de terminer.

Dans la pièce d'à côté, Lucas regardait le match qui opposait la France à l'Italie, en compagnie de son meilleur ami.

Elle avait préféré les laisser tous les deux tranquilles, entre mecs, comme elle aimait dire.

Dans deux semaines, ils se lançaient dans l'inconnu. Ils partaient de Paris pour aller vivre en province.

Alors qu'elle fumait une cigarette à la fenêtre, elle pensait à l'année qui venait de s'écouler. Une année assez étrange. A laquelle elle n'osait pas trop croire, se disant qu'une partie de ces moments avaient du être rêvés. Parce que ce n'était pas possible autrement.

Il y avait eu cette fête au mois d'octobre. Puis Noël. Le jour de l'an. Le voyage à Londres. Le séjour à la montagne. Les fêtes, les soirées, les repas... Des images, des moments, des émotions qui se bousculaient dans sa petite tête torturée.

Il y avait eu tellement de choses et tellement peu à en dire. Elle qui avait toujours eu une imagination débordante pour transposer sa réalité en fiction ne savait plus. Elle n'y arrivait plus. Elle ne savait pas parler du bonheur.

Alors quand elle était tombée sur cette phrase dans le roman de Jim Harrison, elle avait enfin trouvé une réponse à ses questions.

On ne parlait pas du bonheur. On ne parlait pas de ses bonheurs. On pouvait parler de ses tristesses, de ses joies, de ses peines, de ses peurs mais pas de ses bonheurs. Parce qu'il n'y avait rien à en dire. Parce que c'était une sorte d'état second, sans rien d'autre que le moment présent...

Une année assez étrange. Et maintenant, ils allaient partir. Juste se lancer dans un grand vide inconnu. La vie ailleurs… Loin de Paris…

Plus l’échéance approchait plus elle avait peur. Mais pas de cette peur qui tétanise les gens. Non, c’était cette petite peur qui grise et enivre. La peur de l’inconnu. Tout simplement.. Alors elle n'en parlait pas. Elle ne disait rien dessus. Parce qu'en parler c'était en perdre une petite partie et peut être qu'en fait elle préférait le garder pour elle, tout ça. Peut être qu'elle ne savait pas dire ou raconter le bonheur parce qu'elle avait peur de le perdre ensuite.."Un coeur léger avec un esprit parfois torturé" avait dit Jim Harrison dans sa nouvelle....  

16.06.2008

Les girolles

Les mains dans la terre. A genoux. Le pull rentré dans le pantalon pour éviter les piqures de moustique. Trop tard ou trop naïf. Les moustiques passent à travers le pull.

Ça doit faire une demi-heure qu’ils sont là. Dans les bois. A ramasser des girolles.

Elle aime partir comme ça, durant une petite heure avec son père dans les bois. Juste pour le plaisir d’être au milieu de nulle part, perdue dans la forêt, avec pour seule compagnie le chant des oiseaux et les insectes.

Ses mains sont noires de terre. Quand elle les approche de son visage pour relever ses cheveux qu’elle a oublié d’attacher avant de partir, elle sent la terre humide, l’humus, les feuilles mortes tombées durant la dernière pluie, le bois… Pour une fois que ce n’est pas l’odeur des Camels…

A ses pieds, un sac plastique avec quelques champignons. Elle ne raffole pas des girolles. C’est bon, mais sans plus. Non, ce qu’elle aime par dessus tout, c’est se perdre une heure dans les bois pour ramasser, chercher, passer entre les branches, dans les fourrées, par dessus les morceaux de bois qui jonchent le sol.

Très fière d’elle, elle a remarqué toute seule, comme une grande, que les girolles ne poussaient qu’à un certain endroit du bois. Là où il y a des châtaigniers, des chênes, de la mousse et des limaces (c’est la partie la moins agréable, quand sa main frôle par inattention une limace. C’est visqueux, gluant et son contact lui donne la chair de poule).

Un samedi à 19h, elle est là, dans la forêt, à ramasser des champignons. Elle pourrait être chez elle. Assise devant son ordinateur. Où à lire. Ou bien elle pourrait préparer le repas. Mais ces petits moments volés au temps, à sa vie sont tellement rares et si beaux.

Dans sa tête, il n’y a qu’un grand vide. Tout à disparu. Elle ne pense à rien. Quelques rayons de soleil parviennent à transpercer le feuillage des arbres. Il fait frais. Un vent léger souffle à travers les feuilles, provoquant un léger bruissement qui se mêle au chant des oiseaux. Il y a un coucou qui les nargue. Un pivert  aussi. Et au loin, en entend une chouette.

-          « Il va falloir penser à y aller. »

 Son père la ramène à la réalité.

-          « Oui.

-          Il est quelle heure ?

-          19h.

-          On est là depuis plus d’une heure maintenant…

-          D’accord. »

Au moment où ils s’apprêtent à partir, en jetant un dernier coup d’œil, ils tombent sur un champ de girolles. Elles étaient là, cachées à moitié par des feuilles.

Juste au moment où ils comptaient partir. Alors ils continuent à ramasser les champignons, repoussant le départ. Ils savent qu’ils vont être en retard.

Ce soir, sa mère a invité des amis à manger. Elle comprend que son père a aussi peu envie de faire la fête ce soir qu’elle même. Le calme de la forêt.

Dans 3 semaines, ils partent à la montagne. Encore 3 semaines. En retournant jusqu’à la voiture, ils parlent des marches qu’ils feront durant cette petite semaine là bas… Le Col de la Pierre Blanche, le Lac Montfiot, peut être le glacier du Péclet… Ou bien le Col de la Fenêtre…

Partir le matin. Le sac sur le dos. Ne penser à rien d’autre qu’à mettre un pied devant l’autre. Et se laisser remplir par le calme et les paysages…

En rentrant, ils savent qu’ils sont en retard. Un coup de téléphone pour savoir où ils sont les prévient que les invités sont déjà arrivés… Ils auront juste le temps de se changer et de se laver les mains…

11.06.2008

Entre deux

Elle ne savait pas trop quoi faire en ce moment. Entre deux vies, deux moments, deux lieux.

Se lever le matin lui semblait facile. Mais c’était le reste de la journée… Comment occuper ces longues heures qui l’attendaient ?

Le réveil sonnait tous les jours à 7h30, parce qu’il travaillait encore un peu, lui. Elle, elle se levait, ils prenaient le petit déjeuner en regardant cette émission qui les faisait rire. Et puis vers 8h45, il partait au travail…

Que faire des ces longues heures ?

À force de n’avoir rien à faire, elle n’avait même plus envie de faire quoique ce soit.

Encore une vingtaine de jours à tenir…

Parfois, elle se levait avec de grandes idées. Pleine d’envies. Et puis, la matinée avançant, elle se rendait compte que c’était juste une illusion, un rêve. Que la journée serait la même que la précédente…

Se préparer. Sortir. Aller au cinéma éventuellement. Puis se balader. Rien de bien productif. Rien de bien intéressant.

Et puis cette peur, qui s’installait, lentement, de ne plus avoir grand-chose à raconter. De ne plus avoir rien à raconter. Elle qui avait une imagination si fertile. Capable de transformer la réalité en autre chose. Dans sa tête. Dans ce petit monde qu’elle s’était créée gamine…

Il fallait juste qu’elle se réveille. Plus qu’une vingtaine de jours… ce n’était pas si lointain. Et pourtant ça lui paraissait une éternité.

À force, elle avait du voir tous les films qui étaient sortis au cinéma.

Elle avait lu une bonne partie des livres achetés en prévision des « vacances », de quand lui aussi arrêterait de travailler…

Et maintenant, elle ne savait plus trop quoi faire de ses longues journées.

Huit heures. Dire qu’elle en avait rêvé de tout ce temps. Et maintenant qu’il était là, devant elle, s’étendant sournoisement, elle ne savait pas quoi en faire.

Trop de temps tue le temps. Une petite formule passe partout qui lui trottait dans la tête depuis quelques jours… à force de pouvoir faire tout ce qu’elle voulait, elle ne savait plus ce qu’elle voulait vraiment faire… L’ennuie qui bouffe tout. Qui tue le plaisir ou l’envie.

Plus qu’une vingtaine de jours… Alors elle guettait le moindre rayon de soleil, la moindre occasion pour sortir marcher, pour partir se balader, pour aller ailleurs qu’à Paris…

Marcher… un pied devant l’autre. Simple. Basique. Sans réflexion. Elle ne pensait plus dans ces cas là. Juste marcher. Le chemin qui se faisait tout seul sous ses pas. Les kilomètres qui défilaient. Poussières de bitumes avalées.

Les vitrines des magasins, les monuments parisiens, les bus, le métro, le regard des autres, rivés au sol, les pas pressés des travailleurs, nonchalants des mères de famille qui ne travaillaient pas, les enfants qui sortaient de l’école, les personnes âgées qui tentaient de garder un semblant de vie sociale en faisant leurs courses toute la journée… Elle les regardait, les écoutait, les observait. Se nourrissant de leur vue. Cherchant en eux des histoires, des vies qu’elle pouvait inventer…

Et puis elle rentrait et se plongeait dans d’autres vies fictives, celles des romans. Pendant ce temps là, ce n’était pas à elle de s’occuper de sa journée. C’était les histoires écrites ou inventées dans sa tête qui la remplissait…

Et puis le soir arrivait. Et comme un prisonnier qui barrait les jours qui le séparait de la liberté sur un calendrier, elle barrait la journée qui venait de s’écouler dans sa tête, se disant qu’après tout, elle n’avait jamais été aussi prête du but.

 

28.05.2008

Une nuit d'orage

 

Après l'orage. Comme si tout était lavé. Purifié. Par la pluie. Le vent. Les éclairs. Le bruit.
Elle avait passé une partie de la nuit à écouter l'orage.
Toujours cette peur enfantine du tonnerre. Même pas des éclairs, eux, elle les trouvait beaux. Non. Juste le bruit.
Une fois terminé son roman, ce truc pour adolescentes qui la faisait mourir de rire, elle avait éteint la lumière. Au loin, on pouvait entendre le grondement sourd du tonnerre. Pas encore ce bruit assourdissant et terrifiant. Non. Presque comme des roulements de tambours. Marche somptueuse accompagnant les nuages lourds de pluie et de colère.
Puis les premiers éclairs. D'abord quelques éclats de lumière, fugitifs, comme perdus dans l'immensité de la nuit. 
Tout à coup, l'orage est arrivé.
Fort. Puissant. Conquérant. Elle savait qu'elle ne dormirait pas tant qu'il serait là.
Alors elle était restée allongée dans le noir. Les yeux rivés à la fenêtre. Les éclairs illuminaient sa chambre malgré les volets fermés.
Elle était vraiment trop bête. A son âge. Avoir encore peur des orages.
Tout ça depuis cette grande tempête il y avait environ 10 ans.
Le bruit du vent. La pluie qui tombe trop fort et trop longtemps. Les éclairs....
Elle était vraiment trop bête. D'autres seraient à leur fenêtre admirant la beauté de la nature et des forces qui se déchaînaient.
Les yeux fermés, elle réflechissait à ces peurs. A ce qui elle était. A celle qu'elle avait été... Il y a 10 ans...
Les choix, les rencontres, les peurs... Surtout les peurs... Surtout la peur...
La peur de ne pas plaire. De ne pas être à la hauteur. De ne pas savoir être celle qui faut... C'est drôle comme on peut se perdre dans ses peurs. S'oublier quelque part en chemin parce qu'on a peur et qu'on fait semblant que si c'était autrement... tout serait peut être plus facile et mieux.
Elle n'en voulait même pas à ceux qui... lui avait fait peur. Après tout, dans tout ça, la seule responsable, c'était elle, non ? C'est elle qui avait peur et qui avait fait comme si c'était autrement...
Mais putain, qu'est ce qu'elle pouvait le regretter aujourd'hui...
La peur... Si on pouvait se réveiller un matin, après une nuit d'orage et se dire que c'est fini, on a plus peur. Tout ça c'est des enfantillages, lavés. Purifiés. Par la pluie, le vent, les éclairs et le bruit du tonnerre.
 
Le matin, au réveil, son premier réflexe fut d'aller voir le ciel. Il y avait du vent. Mais le ciel était bleu, enfin presque bleu. La nature semblait apaisée, après une nuit de tempête. Tout paraissait calme. 
La terre sentait bon. Cette odeur de la forêt après la pluie.
 
Elle appella le chien. 
Ils partirent se promener dans la forêt.
Tout était encore trempé. Des gouttes d'eau perlaient au bout des feuilles et des fleurs. De grandes mares s'étaient formées sur le sentier rendu gadoueux par la pluie. Ses chaussures collaient à la boue.
 
Alors qu'elle s'amusait à regarder les fleurs, elle vit un petit oiseau, mort, sur le sentier. Tout petit bébé. Tombé du nuit. Peut être qu'il avait eut peur lui aussi. Mais il n'aurait plue jamais peur maintenant. C'était triste. De le voir là, par terre, sur le bord du sentier, dans cette nature qui sentait bon le renouveau.
 
Elle passa son chemin. Le chien ne pensait pas lui. Il avançait. Tout à son bonheur d'être dehors et de pouvoir gambader dans les flaques d'eau. Il faudrait le laver en rentrant. Quoique... Pourquoi aller l'embêter alors qu'il était heureux ?
 
Sur le chemin du retour, elle se disait qu'au prochain orage, elle n'aurait pas peur. Elle fermerait les yeux. Ecouterait le tonnerre. Et oublierait ses peurs, toutes ses peurs... Qui sait... Peut être que ça marcherait, comme pour la  nature.

 
 

10.05.2008

R.I.P

SUPPRIME...

Il est rare que je m'auto censure, mais là, visiblement c'était nécessaire...

So... 

22.04.2008

Le chant du coucou

- Bon bah c'est fichu.

 - De quoi ?

 - Bah c'est pas cette année qu'on sera riche.

- Pourquoi tu dis ça ?

- C'est à cause de ce fichu coucou

- Ce fichu quoi ?

- Bah le coucou... coucou coucou coucou...

- C'est bon. Je suis pas stupide. J'ai compris que tu parlais du coucou. Mais c'est quoi le "coucou"...

- Un oiseau. Certain disent que c'est la chouette blanche qui est l'oiseau de malheur. Moi, je dis que c'est le coucou.

- Et pourquoi tu dis ça ?

- Tu connais pas le proverbe ?

- Comment dire... Jusqu'il y a cinq secondes, je ne connaissais même pas l'existence du coucou. Alors le proverbe...

- C'est simple.... Si au premier chant du coucou que tu entends tu as de l'argent sur toi alors tu n'auras pas de problème d'argent pendant toute l'année.

- Ah. C'est tout. C'est pour ça que tu fais tout ce cirque ?

- Eh !!! C'est pas un hasard si je l'ai entendu les poches vides...

- Mais oui. Bien sûr. Bientôt tu vas me dire que c'est un complot contre toi. Que même la nature s'en mêle. Que....

- C'est ça... Pfff... Moque toi. Profite. Mais je sais ce que je dis...

- Raconte. On va voir. Que je rigole un peu...

- C'est pourtant évident. Tout d'abord ce matin, je suis descendue alors que je n'étais pas encore douchée. Donc en pyjama. Alors qu'habituellement je me lave toujours avant de prendre mon petit déjeuner. 

- Eh ?

- Laisse moi raconter et tu verras... En arrivant dans la salle, j'ouvre les volets. Parce que je ne supporte pas de rester dans l'obscurité. Je me suis levée trop tôt. C'est tout. Parce que c'est toujours mon père le premier levé et là, j'étais en bas avant lui.

- A quelle heure, que je rigole un peu ?

- 6h30, pourquoi ?

- Non, juste comme ça... Purée... Rien à faire de tes journées. Tu peux dormir. Te reposer. Prendre ton temps. Et non ! A 6h30, t'es déjà levée... Irrecupérable. Voilà ce que t'es...

- Ca y est ? Terminé ? Je peux continuer mon histoire ?

- Ah ? Parce qu'elle est pas finie...  

- Donc, ensuite je prends mon petit déjeuner. Et puis je vais me doucher. Et devine quoi ? Une fois que j'étais habillée, comme pour me narguer, qu'est ce que j'entends à nouveau ?

- Euh... Je sais pas... le chant du coucou peut être ?

- Eh oui !!! Depuis ce matin, ça n'arrête pas... Maintenant que j'ai de la monnaie dans ma poche. Comme si c'était exprès. Juste pour bien me faire comprendre que de toute façon, je ne l'aurai pas entendu autrement qu'en pyjama sans un cent sur moi.

- Et on ne peut pas dire que ça ne compte pas, parce que tu n'étais pas vraiment habillée, en fait...

- Non. Ca marche pas. C'est la première fois qui compte. Donc voilà quand je te disais que mêmela nature s'y mettait.

- Ouais. Et pour ceux qui connaissent pas ce proverbe, ça compte pas ? Donc si tu l'ignorais ce serait comme si ça ne comptait pas. Aussi on pourrait dire que tu ne savais pas et comme ça...

- Cherche pas... C'est fichu, c'est tout. Mais je m'en fous. Un jour je l'aurai...

- Parce que tu ne l'as jamais entendu avec de l'argent sur toi ?

- Bah non.

- Rassure moi... Y a des gens qui l'ont déjà entendu avec de l'argent sur eux ? Et y a d'autres gens que toi qui croient en ce genre de trucs ?

- Pfff... Laisse tomber... Mais au moins tu ne diras pas que je ne t'aurais pas prévenu...

 

 

05.03.2008

Jeu

Pamdam pamdam pamdam padapa… pamdam padapamda

Dada dada da dada…

Elle marchait d’un pas...

Euh...

Argh !!! Mauvais début… on recommence !

Était ce là musique, le soleil, sa bonne humeur revenue…

Non ! Non et non ! Ça ne va pas non plus… c’est n’importe quoi !

On se croirait dans un roman à deux sous.

Ah, maudite angoisse des maudits débuts. Tout ça pour raconter quoi ?

Qu’ « elle marchait en écoutant cette musique, d’un pas chaloupé et dansant, cette musique qui semblait illuminer son visage de bonheur, tellement heureuse que tout paraissait léger, glisser contre elle, comme ses pas aériens et dansant, même ses pires emmerdes… »

Et là, maintenant, je deviens grossière… C’était pour ça que je voulais un beau début flamboyant, pour éviter tout emprunt intempestif au champ lexical familier.

On peut dire que ce n’est pas gagné. Même que c’est perdu en fait.

Surtout que depuis le moment où j’ai vainement essayé de commencer une ébauche de ce qui pourrait être (aurait pu être), un texte, eh bien a) la musique n’est plus la même, b) l’image s’est évaporée de ma tête, c) je ne sais plus ce que je voulais raconter.

Donc poursuivre cette trame serait totalement vain. À moins que tout cela ne soit qu’un jeu et un prétexte pour écrire un truc encore plus vain sur la vacuité évidente et égocentrique des débuts (et des milieux et des fins… parfois aussi, souvent chez moi d’ailleurs, mais le principal, c’est d’en être conscient, non ?)…

Ou comment se faire des nœuds au cerveau pour rien.

Le principal dans tout ça étant de s’amuser, non ?

Enfin, toujours est il que ce n’est pas le cas et que, durant cette digression encore plus vaine que tout le reste, le pourquoi du comment m’est revenu (les digressions, il faut bien que ça servent à quelque chose, tout de même. Alors entre aider le narrateur à retrouver le fil de son discours, lui permettre d’inventer, perdre le lecteur, jouer avec lui, nous avons le choix… je choisi…les quatre…).

Bah oui ! Il me suffisait juste de raconter n’importe quoi pour que ça m’revienne… et donc, ce dont je voulais parler, c’était juste de la musique… Jelly Dancers de Eels, mais maintenant, c’est trop tard, je n’ai plus envie… Ce sera pour une prochaine fois… et puis de toute façon, ce n’est plus ça que j’écoute alors que je tape cette chose, non, maintenant, c’est Novocaïne (toujours de Eels, mais tant que je ne connaîtrais pas le double cd par cœur…)

 

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