06 mars 2009
un songe
Eh ! Pourquoi tu ne souris pas ?
Parce que… Je n’ai pas envie.
Mais il faut sourire. La vie c’est fait pour rire.
Peut être, mais je ne veux pas.
Et si je fais le clown, tu riras ?
Je ne sais pas. Si tu es très drôle, peut être. Mais je ne peux pas te promettre.
Je vais essayer alors.
Vas y…
Ah… ! Tu vois que tu sais sourire.
Oui, mais c’est parce que tu m’as un peu forcée.
Non. Ce n’est pas vrai. Je ne t’ai pas forcée.
Un peu quand même. Tu as fait le clown.
Oui. Mais tu n’étais pas obligée de rire. C’est qu’au fond de toi, tu en avais un peu envie quand même.
On va dire ça. De toute façon, tu ne me laisseras pas avoir le dernier mot ?
Non.
Donc on va dire que j’en avais un peu envie alors.
Bien. Y a du progrès. C’est moins pire qu’au départ. Maintenant, tu admets que parfois tu peux avoir envie de sourire.
Oui. Quand un petit trublion comme toi s’y met, j’admets, on ne peut pas ne pas sourire.
Mais tu sais, je ne serais pas toujours là pour te faire sourire.
Je sais.
Alors tout le reste du temps tu seras triste ?
Je ne sais pas.
Il faut trouver une solution. C’est grave tu sais.
Quoi ? Qu’est ce qui est grave ?
Bah de ne pas savoir rire, sourire, danser, jouer, profiter, vivre…
Je sais le faire tout ça.
Non. C’est pas vrai. Toi tu fais semblant. Comme si. Les choses rient, sourient, dansent, jouent, vivent autour de toi. A ta place. Mais toi, tu ne fais rien. Tu regardes. De loin. Comme si tu avais peur de te mêler au grand cirque de la vie.
Non je n’ai pas peur.
Oh que si…
Eh, je sais quand même ce qui se passe dans ma tête.
Oh que non.
Hum…
Tu sais bien que j’ai raison. Mais ça fait encore plus peur de l’avouer. Parce que quand on le dit, ça devient la réalité. Alors il faut y faire face.
Eh, tu as quel âge toi, pour sortir des leçons comme ça ?
L’âge, on s’en fiche. C’est juste un truc inventé pour embêter les gens. On est. C’est tout. On grandit, on change, on vit, on expérimente. Parfois c’est difficile. Parfois c’est facile. Des fois, on a mal aussi. Mais d’autres fois, c’est juste magnifique.
Si tu veux.
C’est pas si je veux. C’est comme ça. Pas autrement. Tout ça parce que depuis pleins d’années, de siècles, de millénaires… on a cherché à comprendre, à savoir, à trouver, à se compliquer la vie. Alors que c’est si simple. Il suffit d’être.
Mais on a des responsabilités. Il y a des choses qui font que… il faut aussi se compliquer la vie.
Pas vrai.
Oh que si.
Non, c’est pas vrai. Si tu décides que ce n’est pas compliqué. Que ce n’est pas important. Que tout ça, ce sont juste des grains de sable qui viennent se coller dans tes yeux. Alors tu verras que ce n’est pas si important que ça. Et qu’il suffit parfois de comprendre qu’on est là pour être là. C’est tout. Pas pour le reste. Alors apprend à être là. A vivre tout simplement.
Tu sais que tu m’énerves ?
Oui. Et je sais aussi pourquoi. C’est parce que j’ai raison.
Peut être un peu, oui.
Eh bien… Encore un pas… Mais on dirait que tu es sur la voie de la guérison. Pas de la sagesse. Parce que ce truc c’est encore une belle invention. Ça n’existe pas la sagesse. Chacun possède sa propre vérité. Rien n’est universel. Tout est unique. Et même l’unicité n’est pas universelle. Autrement elle perdrait de sa vérité.
Stop… Je commence à avoir un peu mal au crâne à essayer de te suivre, là…
Ok… De toute façon, je m’en vais.
Ah bon ?
Bah oui… Tu vas te réveiller bientôt. Et comme je ne suis qu’un songe… Il faut que je parte.
Ah. Mais je vais faire comment en me réveillant alors ?
Pour rire ?
Facile, maintenant, tu sais.
Merci alors…
16:28 Publié dans Textes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
04 février 2009
Cinq
Et si…
Et si elle était là haut ? Petit ange mutin, s’amusant de nos vies, jouant à cache cache avec les nuages et le soleil. Surveillant nos chemins de temps en temps. Histoire de vérifier qu’on ne s’égare pas trop… Argumentant avec nos Destins, histoire de nous filer un coup de pouce parfois…
Et si…
Et si elle redescendait de temps en temps ? Petit courant d’air réconfortant, passant dans nos vies en douceur. Présence immatérielle venue nous rappeler qu’on ne doit jamais baisser les bras et qu’il suffit d’y croire. Chaleur d’ailleurs imaginée, ressentie, réelle, peu importe, puisqu’elle est là.
Et si…
Et si c’était comme si elle n’était jamais partie ? Petit trublion, jouant avec la vie, riante et pleurante, entière, vivante, trop entière et trop vivante. Rappelant que rien n’est jamais définitif, sauf la fin. Que rien n’est jamais difficile, sauf la fin. Que tout vaut le coup d’être vécu, avec le sourire, avec son cœur, avec son être en entier.
Et si…
Il y a cinq ans, il pleuvait sur Paris. Le froid était gris, humide. Il s’immisçait dans le moindre de nos pores. Courant d’air glacial. Tout était morne et sans vie. On ne l’avait pas vue partir. Sûrement parce qu’elle ne voulait pas qu’on la voit. En silence. Ailleurs. Loin de tout. Aujourd’hui il fait beau. Le froid est vivifiant. Le soleil haut dans le ciel. Ce matin, quelques flocons sont tombés. Il neige tous les matins depuis trois jours. Quelques flocons de douceur, du coton pour habiller vie. Des larmes. Qui très vite laissent la place à la joie. Comme elle. Passer du rire aux larmes. De la tristesse à la joie. En quelques instants. C’est sa semaine. Peut être le sait elle ?
Mystérieuse et imprévisible. Nous offrant quelques jours de joie dans la peine de son absence. Entre rires et larmes.
Découvrez Eels!
14:17 Publié dans Textes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
13 janvier 2009
Juste un personnage
Il est assis, absent à ceux qui l'entourent. Seules les images de la télévision semblent parvenir jusqu'à lui. Des sons ? Des voix ? non. Juste ces images qui bougent, sans cesse, criardes, colorées, vivantes, belles, sans aucun sens.
Pourquoi est ce que toutes ces personnes sont là ? Et qu'est ce qu'elles lui veulent d'abord ? Il ne demande rien à personne lui. Tout ce qu'il veut, c'est qu'on le laisse tranquille.
Dans son monde, qu'est ce qu'il y a ? Que se passe t'il dans sa tête ?
Il cherche à se lever. Comment fait on déjà ? Il ne se souvient plus. Ce n'est pas grave. Il se met à quatre pattes, sur le carrelage froid. Cette sensation. Le contact avec les matériaux. De cette hauteur, il ne risque rien. Pas de peur. Pas de risque de chute.
Pourquoi est ce qu'elle l'embête celle là ? Qu'est ce qu'elle fait postée comme ça devant lui ? Il veut avancer mais elle le gêne. Il entend des sons. Il la regarde. Sa tête semble aller dans tous les sens... Elle veut jouer elle aussi ? Non. Apparement non. Elle ne bouge toujours pas. Qu'est ce qu'elle attend ? Il va falloir qu'il sorte de sa bulle pour l'écouter. Pourquoi est ce qu'elle l'ennuie comme ça ?
Visiblement il a compris. Que je ne voulais pas qu'il se déplace à quatre pattes. Le regard triste, il s'efforce à se relever. Se mettre debout lui semble un effort surprenant. Mais il le fait. Maintenant qu'il paraît être là, je l'emmène se promener dans la maison, lui parlant, essayant de le faire réagir. Mais déjà il est reparti ailleurs.
Et voilà. Je me suis levé. Mais pourquoi faire ? Qu'est ce que je voulais faire avant ? j'ai oublié. Peut être que je me souviendrai un jour ou à un autre moment. Tant pis. Ouf. Les images sont toujours là. Elles bougent toujours. De toute façon, elle ne veut pas s'occuper de moi. Je le sais. Elle a un autre dans les bras. Tout petit. Il est arrivé dans la maison et tout le monde s'occupe de lui. Plus personne ne veut jouer avec moi. De toute façon. Sauf elle. Des fois, elle joue. Elle me montre comment faire. Même si je ne me souviens pas tout le temps. Elle, je me la rappelle.
Il est reparti dans sa bulle. Parfois je le plains. Enfermé dans son monde. Sans comprendre le nôtre. Est ce qu'il est heureux ? Il ne sourit jamais. Il ne rit que lorsqu'il se balance sur son cheval à bascule. Ou quand on danse. La musique. Il aime la musique. Comme moi. Il s'enferme avec elle. Loin. Ailleurs. Peut être est ce pour cette raison que j'arrive à jouer avec lui. Il suffit de mettre de la musique. Des sons d'ailleurs. Une mélodie. Une tonalité. Des vibrations. La musique. Elle est magique pour lui. Elle le rend heureux. Elle le rend au monde, en apparence, même si dans sa tête, il est là bas. Au pays des songes et des rêves...Là où tout est un peu différent...
10:32 Publié dans Textes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
06 janvier 2009
ce matin
Un grand manteau de coton blanc a tout recouvert ici, durant la nuit.
Une onde de douceur ce matin avait enveloppée la ville.
Dehors, tous les commérages avaient le même sujet...
Il a neigé cette nuit...
Comme un fait extraordinaire, magique, inimaginable, la neige avait enfin daigné nous accorder un peu d'attention...
D'un autre côté, disaient les messieurs âgés, c'est normal, nous sommes en hiver. Pragmatiques & raisonnables qu'ils sont.
Alors que les femmes âgées ne pensaient que chutes, blessures, verglas, chevilles foulées ou cassées....
Les enfants font les boules de neige et des glissades...
Les adultes pestent alors qu'ils se rendent au travail...
Les personnes âgées commentent ce phénomène hivernal.
Après avoir marché dans la neige, telle une gamine, je suis rentrée, mes pieds gelés me rappelant que je suis une adulte... et que je ne supporte pas le froid...
Mais ce n'est pas grave... Une fine couche blanche habille encore le toit des maisons de rêves et de songes...
14:52 Publié dans Textes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
10 décembre 2008
C'est la vie...
Quelque part…
C’était comme si tout prenait forme autour de lui. Il commençait à se percevoir. À sentir son cœur battre. Même si son âme n’avait pas encore rejoint le corps qu’on lui avait attribué. Il le voyait ce petit corps baignant encore dans le liquide amiotique. Tout chétif. Il serait un petit garçon. Il commençait à ne faire qu’un avec cette enveloppe matérielle.
Il était là, attendant sagement qu’on l’envoie sur Terre. Il y en avait des milliers avec lui, patientant dans cette antichambre de la vie. Parfois il voyait ceux qui remontaient après avoir fait leur temps sur Terre. Des esprits fatigués, usés, d’autres tristes de partir trop vite, trop tôt…
C’était une entrée une sortie. Parfois ils avaient le droit de rencontrer ceux dont ils allaient prendre la place. Ça dépendait des entrants. Certains voulaient parler, tout raconter, expliquer, d’autres se contentaient de leur jeter un coup d’œil envieux ou attristé.
Il connaissait déjà son prénom. Ses parents l’avaient choisi depuis bien longtemps. Ce serait Nathan. Il aimait bien. Il aurait un frère, de trois ans son aîné, Florian.
Il guettait l’horloge. On lui avait dit de se préparer. Normalement il ne devait partir que dans deux semaines. Mais visiblement son corps était pressé.
Une voix forte retentit dans le haut parleur :
« - Esprit n°10748264378I893572978635, pour l’enfant Nathan, vous êtes attendu dans le sas de départ. Vous pourrez rencontrer l’esprit rentrant. Il souhaite vous parler. »
C’était lui. Enfin. C’était la première fois qu’il descendait sur Terre. Certains esprits, ici, étaient vieux de plusieurs millions d’années. Ils redescendaient, remontaient, se reposaient un peu pour oublier tout ce qu’il avait vu, puis redescendaient. Lui, c’était sa première fois. Il était tout jeune. On venait juste de le créer.
Il se dirigea vers le sas, tout excité, frétillant d’impatience. En plus il allait rencontrer l’esprit entrant !
C’était la nuit entre samedi et dimanche. Il était 23h30 sur Terre. Ici, l’heure n’existe pas. Ni les jours, les mois, les années. On sait. C’est tout. Pas besoin de dire, lire ou voir. Tout se ressent à l’intérieur. Il avait appris à l’école des nouveaux esprits que sur Terre ce n’était pas pareil. Qu’il y avait des heures, des jours, des mois, des années, qu’il fallait apprendre un tas de choses, aller à l’école, … que la vie était très remplie.
Dans le sas il y avait l’esprit entrant qui l’attendait. Il ne paraissait pas très vieux. Il se dégageait de lui une sensation de tristesse et de joie. Il n’arrivait pas à définir ce que c’était vraiment.
« - Alors c’est toi qui va me remplacer sur Terre ?
- Oui monsieur.
- Oh là… Ne soit pas si timide. Bonjour au fait…
- Bonjour, monsieur, répondit l’esprit sortant. Il était impressionné. Jamais il n’avait entendu un esprit avec une voix aussi généreuse.
- Bon, je crois que tu as décidé d’être timide. Tu sais, sur Terre, les timides, ce n’est pas facile tous les jours pour eux. Mais ça, tu vas vite de comprendre tout seul…
- …
- Bon, ce que je voulais te dire, c’est que en bas, c’est la merde. Je t’assure… C’est pas glorieux en ce moment. Le monde va mal, il y a des guerres, les gens manquent d’argent, c’est la récession presque partout, la planète menace de suffoquer à cause de la pollution, il y a des foutues maladies qui tuent les gens, comme celle qui me fait rentrer plus tôt que prévu…. Bref… Mais tout ça de toute façon, il faudra que tu vives avec. Comme tous les autres qui sont là bas.
- Ça a l’air difficile. Ils ne nous ont pas raconté tout ça à l’école.
- C’est normal. Ils ne veulent pas faire des peureux ou des pré-dépressifs. Il y a déjà assez de soucis comme ça.
- Ah…
- Mais bon, toutes ces choses pas drôles, pour l’instant, tu n’auras pas à la subir. Tu verras… La vie c’est aussi … une formidable aventure. Tu vas découvrir des tas de choses, rencontrer des gens, voir, lire, apprendre, … Et puis il y a l’amour.
- Ah, ça je connais…
- Tes parents qui t’attendent, des gens qui tiennent à toi… Tiens, regarde… »
Ils se dirigèrent vers le hublot qui permettrait de voir sur Terre. Il n’avait jamais vu la Terre. C’était impressionnant. Toute cette surface, ces gens, ces pays, … ça lui faisait un peu peur en fait…
« - Bon alors, tes parents…. Ah, les voilà… Regarde un peu comme ils t’attendent… Et là, à côté, ce sera sûrement ton petit frère. Tu sais déjà comment il s’appelle ?
- Oui, Florian.
- Bien. »
Une larme coula sur la joue de l’esprit entrant. Il regardait des gens qui pleuraient. Une femme et des enfants. Ils étaient tristes. Très tristes.
« - Qui sont ces gens ? demanda t’il.
- C’était ma famille. Mais j’ai du les laisser.
- Pourquoi est ce qu’ils pleurent ?
- Peut être pour la même raison que moi, répondit l’esprit entrant.
- Ils sont tristes ?
- Je suis triste de les avoir laissé et d’être parti. Alors peut être. Mais tu vas aller là bas, toi, donc je suis aussi un peu heureux de te voir et de savoir qu’un nouvel être va venir…
- Mais je ne voulais pas prendre votre place.
- C’est une image. Tu ne prends pas vraiment ma place. J’étais très malade sur Terre. Il fallait que je parte. Et toi, il fallait que tu arrives. Alors comme on se croise, c’est comme si tu allais là bas avec un peu de moi.
- Mais…
- Bon, aller, c’est pas tout ça, mais le temps tourne mon petit bonhomme. Faut y aller maintenant. Bonne chance, et surtout profite en bien. La vie, c’est fait pour être vécu. On ne sait jamais ce que ça nous réserve, alors faut y aller à fonds et profiter de chaque instant de bonheur, petit. D’accord ?
- Oui monsieur.
- Allez file,…
- Au revoir monsieur…
- Au revoir Petit… »
Bienvenue au petit Nathan, né le 7 décembre, le même jour que son grand frère Florian...
Au revoir François...
12:33 Publié dans Textes | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
01 décembre 2008
Monsieur Jean…
Lucas et Sally avaient enfin passé la porte d’embarquement. L’avion était déjà bien rempli quand ils arrivèrent. Des yeux, ils parcouraient l’avion pour trouver deux places côte à côte. Pourvu qu’on trouve deux places côte à côte… Pourvu qu’on trouve deux places… Ce n’est pas qu’elle avait peur, mais Sally n’était pas très rassurée à l’idée de prendre l’avion. Toujours cette angoisse. Un objet lourd, plein de monde, dans le ciel, contre nature. Bon d’accord, elle avait peur. Alors elle voulait juste voyager à côté de Lucas.
- Vous pouvez vous mettre là.
Un vieux monsieur était assis seul juste au deuxième rang. Il restait deux places à côté de lui.
- Merci. C’est gentil.
- C’est normal. Je me mets toujours là quand je prends l’avion. On est juste à côté de la sortie. Pas besoin d’attendre une fois arrivé.
- C’est vrai.
- Et puis comme je suis âgé, on me laisse passer avec les speed boarding et les prioritaires. Alors je peux choisir ma place tranquillement.
Lucas et Sally se regardèrent avec un sourire.
Les hôtesses fermèrent les portes.
Lucas riait de voir Sally si tendue. Elle qui, si fière, n’avouerait pas qu’elle avait peur. Elle était terrifiée. Il le sentait rien qu’à sa main crispée qui serrait la sienne.
Ils allaient prendre les plaquettes d’informations sur les conditions à suivre en cas de problème quand…
- Cette hôtesse, elle était déjà là la dernière fois que je suis allé à Edinburgh. Et tiens, celle-ci aussi.
- Vous y allez souvent ? demanda Lucas, peut être par politesse, peut être par curiosité.
Sûrement par curiosité songea Sally.
- Oui. Et à chaque fois je prends cet avion. Alors c’est peut être normal que ce soient les mêmes hôtesses.
- Peut être.
- Ma fille habite là bas.
- Vous avez de la chance.
- Je vais passer quelques jours chez elle. Mais je connaissais déjà l’Ecosse avant qu’elle habite là bas. J’y suis allé souvent en vacances. Vous connaissez ?
- Moi oui, répondit Lucas. Mais juste la campagne alentour. Edinburgh, j’y suis venu juste quelques heures il y a quelques années.
- Moi je ne connais pas.
- Vous verrez c’est une ville surprenante.
- D’ailleurs, vous avez du avoir le temps de visiter toute la ville si vous y êtes allé souvent ?
- Pas tant que ça. Quand je vais chez ma fille, nous restons chez elle le plus souvent. Je ne suis plus tout jeune, vous savez.
- Et elle fait quoi votre fille, là bas ?
- Elle est professeur à l’Université.
- Professeur de quoi ?
- De Français.
Et Monsieur Jean parla. De sa fille. De ses études. De son travail. On sentait qu’il était fier. Très fier d’elle. La plus belle réussite de sa vie.
- Mais vous la verrez. Elle va venir me chercher à l’aéroport. Je voulais prendre le bus pour aller chez elle, mais elle n’a pas voulu. Elle veut qu’on prenne le taxi. Tout ça parce que je suis fatigué et un peu malade.
- L’aéroport est loin de la ville en bus ?
- Non. Juste un petit quart d’heure. Et puis le trajet est agréable à faire en bus. C’est plus amusant qu’en taxi.
- Merci.
- Mais je vous montrerai. Les bus sont juste à la sortie de l’aéroport. Vous verrez c’est très simple. Ça coute 5£ pour deux personnes. Mais sinon, vous venez d’où ?
- De Limoges.
- Ah ! Mais je connais aussi. J’ai un ami qui vit à Brive. Et c’est souvent que je passe par Limoges quand je vais le voir. On va au match de Rugby ensemble.
- Vous avez l’air de voyager beaucoup.
- Plus trop maintenant. Mais avant, quand j’étais encore jeune, je voyageais tout le temps. Le plus loin possible. Faut en profiter tant qu’on peut. Après on a tout le temps de rester chez soi ou de visiter la France.
- Vous êtes allé où ? demanda Lucas, trop curieux de rencontrer un « grand voyageur ».
- Aux Etats Unis, en Ecosse, au Canada, à Haïti, …
- Waouh…. La chance ! Sally, impressionnée par la liste, n’avait pas pu retenir une exclamation. Elle qui n’était jamais partie plus loin que l’Espagne. Lucas, lui, était dans son élément. Il avait déjà pas mal voyagé.
- Et aux Etats Unis, vous êtes allé où ? demanda Lucas.
- Oh… Pfff… Dans pas mal d’états en fait. Quand j’étais directeur d’école, nous avions monté un système d’échange avec une école américaine. Alors tous les ans nous partions aux Etats Unis. Et souvent j’y retournais avec ma famille l’été, invité par les correspondants.
- C’est génial.
- Oui. On était assez fier. Tous les enfants pouvaient partir. On avait instauré un tarif au prorata des revenus des parents. Et on faisait toujours une soirée pour réunir l’argent manquant. Alors tous les enfants partaient.
Sally était muette. Elle écoutait le Monsieur Jean parler. De sa vie. De son métier qu’il avait aimé. De sa fille. De ses voyages. Et de sa maladie. Parce que maintenant, tout ça, c’était terminé pour lui. Les grands voyages, les lointaines contrées… Il allait chez sa fille parce qu’il était malade. Elle ne voulait pas qu’il reste seul.
- Il est quelle heure ? demanda Monsieur Jean.
- 18h10.
- Heure française ou heure de là bas ?
- De là bas, répondit Sally. J’ai déjà réglé ma montre.
- Merci. Vous savez qu’il fera nuit quand on arrivera.
- Oui. Il fait nuit plus tôt là bas, non ?
- Ma fille m’a appelé juste avant que je parte. Elle m’a dit qu’il faisait nuit à 16h.
- Si tôt ?
- Eh oui. Quand nous arriverons, il fera nuit noire. Mais on ne devrait plus tarder. Je pense que nous atterrirons à 18h30, prédit Monsieur Jean.
Lucas avait l’air perplexe quand à l’heure d’atterrissage.
- Moi je dis qu’on atterrira à 18h45.
Sally restait sans pronostic. Elle, tout ce qu’elle voulait c’est qu’on atterrisse. Tout simplement. Et puis c’était elle l’arbitre. Elle ne pouvait pas jouer. C’est elle qui avait la montre.
Monsieur Jean avait l’air fatigué tout à coup. Mais ça ne l’empêchait pas de guetter l’heure. Il était pressé d’arriver et de voir sa fille.
- Si je gagne, vous me devrez un verre de whisky la prochaine fois que j’irai à Brive. Vous allez me donner votre adresse. Je m’arrêterai et on trinquera. Vous aimez le whisky.
- Oh oui. C’est une des raisons de ce voyage, d’ailleurs.
- Vous le buvez comment ? interrogea monsieur Jean, juste pour être certain que Lucas et Sally ne lui mentaient pas.
- Un peu fumé et pur.
- Sans glace ?
- Sans glace, répondit Sally. Surtout sans glace.
- Ah ça… ! Je suis impressionné. Vous aimez vraiment le whisky alors, et pour une fille, c’est rare.
- Et si on gagne, reprit Lucas, qui ne perdait jamais le nord, c’est vous qui nous devrez un coup alors ?
- Eh oui. Je m’arrêterai avec une bouteille chez vous. Mais il est quelle heure là ?
- 18h20.
- Hum… On a pas encore commencé à descendre.
- Je vais gagner, je pense, ajouta Lucas…
- Au fait, demanda monsieur Jean, vous vous appelez comment ? Que je puisse vous présenter à ma fille quand on arrivera.
- Sally.
- Lucas.
- Bien.
- Et vous, demanda Sally, vous vous appelez comment ?
- Jean.
- Bien.
- Vous êtes mariés tous les deux ? Je vous demande parce que ma fille a mis du temps à se marier. Elle a vécu dans le péché un bon bout de temps.
- Nous vivons aussi dans le péché.
- Attention Lucas. Le jour où on se marie, après c’est terminé la tranquillité. Les femmes se métamorphosent. Ce ne sont plus les mêmes. Il vaut mieux vivre dans le péché. C’est plus sûr. Je sais de quoi je parle. Je me suis marié deux fois et j’ai eu une fille. Alors j’ai de l’expérience sur la question.
- Merci. Je prends note.
- Non mais eh ! Je suis là, juste au cas où… ! s’esclaffa Sally en donnant une petite tape à Lucas. Et puis si nous nous transformons en monstre c’est parce qu’on y est obligées, ajouta t’elle en regardant sa montre.
- Quelle heure ?
- Désolée. Il est 18h30.
- Mince. J’ai perdu. Mais Lucas n’a pas encore gagné. Il reste 15 minutes.
Lucas et Sally laissèrent Monsieur Jean se reposer un peu. Sa voix se faisait de plus en plus faible et on devinait qu’il forçait un peu.
Ils regardaient par le hublot.
- Tant qu’on ne voit pas les lumières, ce n’est pas la peine. Le ciel est beau là bas. On devine des nuances de noir. Regardez…
- Ah on voit un peu de lumière là bas !
- Où ça ?
- Là bas sur la gauche, répondit Sally en regardant sa maint gauche pour être certaine que c’était bien sur la gauche.
- Ah oui. On arrive alors…
Effectivement, dans l’avion, les hôtesses revenaient vérifier que tout le monde c’était bien rattaché, que les Mp3 et autres étaient éteints. Puis le commandant pris la parole pour annoncer qu’ils arrivaient, avec un léger retard, mais qu’ils arrivaient.
Sally regarda sa montre. Il était 18h40. L’avion amorça un virage et tout à coup Edinburgh apparu sur la gauche. Des lumières qui luttaient contre le noir profond de la nuit.
- C’est beau, dit juste Monsieur Jean.
- Oui.
A 18h45 pile les roues de l’avion touchaient la piste. Lucas avait gagné.
- Il est quelle heure, demanda Monsieur Jean
Pour toute réponse Sally lui montra sa montre.
- Bravo Lucas. Bon. Je vous dois un coup à boire. Promis.
Bizarrement, Lucas et Sally ne doutaient pas de sa parole. Il avait l’air tellement entier et si accroché aux moindres plaisirs de la vie.
Au moment de se lever, il voulu prendre son sac. Mais c’était bien trop lourd pour lui. Le voyage l’avait épuisé. C’est Sally qui lui porta son sac pendant que Lucas le tenait pour l’emmener juste à la sortie de l’aéroport. Ils récupèrent les bagages. Et l’accompagnèrent jusqu’à la sortie où sa fille l’attendait.
Elle ne fut qu’à moitié surprise de voir son père débarquer avec deux inconnus et les salua.
- On prend le bus avec Lucas et Sally pour rentrer, déclara tout de but Monsieur Jean. Comme ça, on les accompagne jusque dans la ville.
- Mais, on avait prévu le taxi…
- Je sais, mais je veux prendre le bus.
- Non. Vous devriez prendre le taxi, répondit Sally. On va très bien s’en sortir, ne vous inquiéter pas.
- Non. C’est bon. Et le bus c’est moins cher de toute façon….
Et voilà comment Monsieur Jean traversa leur vie. Juste quelques heures. Mais Lucas et Sally se souviendront longtemps de Monsieur Jean comme il ont décidé de l’appeler ensuite.
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06 octobre 2008
Back from the landscape
Elles étaient assises dans le petit salon. Chacune une cigarette à la main. Sally faisait mentalement le compte de son week end. 6 cigarettes hier. Déjà la quatrième aujourd’hui. Ce soir, ce sera une seule.
Ah l’aide stupide de la clope pour se donner une contenance. Pour pouvoir paraître à l’aise dans cette discussion qui l’obligeait à se retrouver face à sa propre conscience. Lydie ne savait pas. Enfin sinon elle ne lui aurait pas raconté tout ça. Non, elle ne devait pas savoir…
Elle ne lui aurait pas parlé de son mari qui était parti avec une autre. Qui l’avait trahie durant de nombreuses années avant d’oser tout lui avouer. Qui l’avait maintenue dans une douce ignorance pour ne pas lui faire de mal. Parce qu’il ne voulait pas faire de mal. Par lâcheté. Par peur de ce qui arriverait quand la situation éclaterait au grand jour. Par… non… elle ne devait pas savoir.
Que répondre ? Comment paraître objective dans cette situation. Elle ne pouvait pas prendre la défense de cet homme qu’elle ne connaissait même pas. Tout comme elle ne se sentait pas capable de le condamner.
Toute ressemblance avec des personnes ou des faits réels serait totalement fortuite.
Elle n’avait pas été aussi loin. Impossible. La trahison est trop difficile à porter. Coupable envers les deux. Même si maintenir l’une des deux personnes dans l’ignorance (mais peut on vraiment tromper une personne avec qui on vit ?), semble rendre tout tellement plus facile. Ce n’est pas vrai. Partir d’un endroit avec la boule au ventre. Arriver à l’autre endroit en se sentant malade, en se haïssant. Fébrile. Irritable. Nerveux. Irascible. Fatigué de lutter et de mentir. Eternel recommencement quotidien de fausses excuses. De moments volés. De peur. De fatigue.
Elle ne pouvait pas le condamner. Bien sûr, c’était horrible ce qu’il avait fait. Elle aussi avait été un monstre, comme lui.
De l’instabilité ? Peut être.
Une peur de voir la vie s’arrêter là ?
De s’enfermer à tout jamais dans un rôle, un moule, une vie ?
Qui peut savoir…
Elle était trop jeune pour juger un homme de cet âge. 50 ans passés. Elle ne pouvait pas comparer. Ce n’était pas la même chose.
Sa cigarette était consumée depuis longtemps. Maintenant, elle se retrouvait seule avec ses mains. Des mains qu’elle observait tout en écoutant Lydie parler. Parfois elle émettait quelques réponses évasives. Qui n’avaient pas forcément à voir avec la discussion. Juste pour répondre quelque chose.
Qu’est ce qui pousse quelqu’un à partir ?
Pourquoi est ce que l’amour s’arrête ? Pourquoi est ce qu’il se transforme ?
Les choses ne sont pas immuables. Chaque jour est un recommencement.
Un jour, avant tout ça, elle avait entendu « parfois dans la vie, on se contente de ce qu’on a. Même si ce n’est pas notre grand amour et qu’on le sait, … » Et ce jour là, elle avait dit non. Parce qu’elle ne voulais pas être le « ce qu’on a », parce qu’elle ne voulait pas se contenter de « ce qu’elle avait aussi »… Le grand amour… Avait elle eu la chance de le rencontrer un jour ? Elle le pensait. Même si… ce n’était pas facile. Même si elle en avait eu peur. Il était si… présent. Elle avait besoin de lui. Tout comme elle le fuyait. Lui seul avait su la mettre face à ses peurs, ses doutes, ses responsabilités et la pousser en plein dans le bourbier. Juste pour qu’elle apprenne à y faire face. Bien sûr il l’accompagnait. Lui tenait la main. Mais ça, à l’époque, elle n’avait pas su le voir. Non. Tout ce qu’elle avait vu c’était ce qu’il avait provoqué. Ce qu’il avait fait ressurgir. Et qu’est ce qu’elle pouvait le haïr pour ça. Mais qu’est ce qu’elle pouvait aussi l’aimer pour ça.
Un jour il était venu la voir. Ils avaient parlé. Pendant de longues heures. De tout. Et de rien. D’avant. D’aujourd’hui. De plus tard. Ils ne seraient jamais amis. Naïvement elle avait pu le croire. Mais ce qui les unissait c’était soit de l’amour soit de la haine. Les deux frères. Le yin et le yang. L’équilibre du monde. Que de poncifs pour qualifier ces deux sentiments antagonistes. Ils ne pourraient jamais trouver de stabilité ailleurs que dans l’un des extrêmes. Rien que d’être assise à côté de lui dans ce parc, c’était… il lui manquait. Et ils avaient sombrés. Pour le meilleur ? Pour le pire ? Seul l’avenir le lui dirait.
Alors que Lydie parlait de cet homme, tout remontait à la surface. La nausée la gagnait. Le café et la cigarette de trop ? Ou la discussion ?
Elle était heureuse aujourd’hui. Avec lui. Essentiel l’un à l’autre. Parfois il l’agaçait souverainement. Souvent elle était une véritable peste. Mais ils étaient entiers l’un envers l’autre. Ne se cachant pas. Honnêtes. Vivants. Et juste heureux d’être là, ensembles.
Elle pensait à Léo. Qu’elle avait trahi. Juste quelques semaines. Mais des semaines de trop. Pour lui. Pour Lucas. Pour elle. Des semaines de malaise. De peur. De pleurs. De crises. Bizarrement, elle n’arrivait pas à l’oublier. Il serait toujours présent pour elle. Comme un grand frère. Comme un meilleur ami. Comme ce qu’il était devenu au fil des mois qu’ils avaient passés tous les deux. C’était mal aussi ? De vouloir continuer à être présente pour lui ? Dans un autre rôle. Celui de l’amie. De la sœur. C’était possible, non ?
Lydie lui disait qu’elle ne pourrait jamais être amie avec cet homme qui l’avait trahie. Mais ce n’était pas la même chose pour elle… Enfin, elle pensait que ce n’était pas la même chose. Qu’ils pouvaient rester amis.
Un mot. Une phrase. Une attention… Rien n’a la même connotation. Rien n’est perçu de la même façon par les deux personnes concernées… Est ce qu’elle continuait à le torturer en voulant juste être amie avec lui ?
Il faudrait qu’elle lui demande un jour…
Mais en attendant, elle était assise là sur le canapé. Ne sachant pas quoi dire. Ni quoi faire…
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24 septembre 2008
C'est con mais ça la faisait sourire
13h. La bibliothèque ouvre ses portes. Elle entre. La chaleur soufflée par le radiateur dans le sas d'entrée est étouffante. Alors elle se presse pour passer les portes automatiques et se dirige vers les tables réservées au travail. Elle s'installe à la place qu'elle occupe tous les jours depuis 2 semaines. La même table. Le même endroit. Comme un rituel. Sort ses affaires et les pose en ordre devant elle. Même si dans cinq minutes ce sera le désordre le plus absolu sur cette même parcelle de table.
Bloc de feuilles. Trousse. Règle. Livres. Pastilles à la menthe. Téléphone portable. Montre. Bagues. Elle est prête à travailler. Son lecteur Mp3 dans les oreilles, elle se plonge dans La culture de masse en France de la Belle Epoque à aujourd'hui... Quel beau programme...
Dehors, le soleil brille. Le ciel est sans nuage. D'un bleu limpide et profond. Au loin, on peut apercevoir les arbres. Et les pelouses de la Fac. Elle aime cette vue. Apaisante et pas distrayante pour deux sous. Alors qu'elle soulève les yeux de son livre, elle aperçoit la femme bizarre qui vient aussi tous les après midi pour lire des ouvrages sur les reines, les rois, les dynasties... La semaine dernière c'était Les Reines de France. Aujourd'hui c'est Le Stuart. Chez Fayard. Bon choix. Un des meilleurs éditeurs en Histoire... Une excellente collection. C'est drôle comme on se crée des repères. Les mêmes personnes d'une journée à l'autre, d'une semaine à l'autre. Aux mêmes heures.
Petit à petit d'autres personnes viennent s'installer. Certains juste pour lire un roman. D'autres comme elle, lecteur Mp3 sur les oreilles se plongent dans d'obscures ouvrages de Sciences Humaines, Biologie, Mathématiques, Droit...relevant la tête juste le temps de prendre une bouffée d'air. La plupart viennent avec leur ordinateur portable.
Dix minutes. Elle a déjà une tache noire sur le petit doigt. Si seulement elle avait appris à bien tenir son crayon à l'école. Elle possède une très belle écriture. Stylée et tout. Mais qu'est ce qu'elle se fait mal en écrivant vite et longtemps. Une fausse droitière. Ou une fausse gauchère. A choisir.
Au bout de quelques temps, elle a besoin de s'étirer. Faire craquer ses os. Les bras croisés dans le dos, elle les remonte vers sa nuque. Hum... Cherchant à puiser au plus profond d'elle des restes d'énergie qui se seraient planqués.
Get Well Soon. Le groupe change. Dehors, le soleil continue sa course contre la montre. De plus en plus rapidement. Elle aime ce coin de table parce qu'à un moment précis, le soleil tombe dessus. L'éclairant de toute sa force.
La chanson convient parfaitement au moment, Christmas in Adventure park. Un sourire niait et stupide s'installe sur son visage. Tout en chantant, elle continue à lire et à prendre des notes... La Culture de masse serait apparue en France vers la fin des années 1800. Mais tout commence avec la culture médiatique qui s'installe dans les années 1820 en France et en Europe. Un changement de ton radical dans les écrits journalistiques. Qui deviennent des représentations du réel et de la société. Alors qu'avant ils étaient fondés sur le modèle aristétolicien de l'argumentation et de la rhétorique. Aujourd'hui, on décrit, on parle de la nature des choses, des événements, on représente. On fictionnise. On développe les quotidiens d'un nouveau genre. Et en 1836 c'est la révolution avec un quotidient appelé La Presse. Fondé par Emile de Girardin... Elle comprend ce qu'elle lit, même en chantonnant les mots et les phrases sur le rythme de la musique... La Culture de Masse sur la musique du groupe Get Well Soon, ça déchire...
En face d'elle, il y a un homme qui s'est installé avec son Pc depuis quelques temps déjà. Il la regarde, mi-amusé, mi-interloqué. Généralement les étudiants qui viennent ne chantonnent pas en travaillant et en révisant. Peut être que pour les autres, elle aussi, elle est une fille bizarre qui vient tous les jours. Comme la femme assise à côté d'elle, passionnée par la royauté.
S'accordant une petite pause neuronale, elle dévisage les autres usagers de la bibliothèque, s'adonnant à son jeu préféré. Qui sont ils ? Pourquoi est ce qu'ils sont là un mardi après midi particulièrement ensoleillé alors que tout le monde est dehors ou au travail ?
La femme est toujours plongée dans son livre. Peut être qu'elle fait des recherches en vue d'un roman... Ou peut être qu'elle est une princesse déchue qui cherche ses origines... Ou...
L'homme en face d'elle tape frénétiquement sur le clavier de son Pc. Lui, c'est certain. Il est écrivain. Journaliste. Ou chroniqueur. Peut être pour France 3 région Limousin. Ou pour un quotidient justement... Ou alors il vient puiser de l'inspiration dans l'observation d'un certain quotidien à la bibliothèque...
Pause terminée.
Elle se replonge dans le bouquin.
Encore une petite heure et elle partira rejoindre une amie. Histoire de se changer les idées mutuellement...
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23 septembre 2008
L'automne
Peut être la plus belle saison avec l'hiver.
Les feuilles mortes qui tombent lentement des arbres pour aller s'écraser sur le sol et finir leur vie foulées par des pieds négligents ou emportées par le vent. A choisir, je préfère le vent. Emportées au loin. Vers un ailleurs inconnu. Le finalité est la même. Je le reconnais. Elles vont se décomposer et finir en poussière, comme tout corps humain sur cette magnifique terre. Mais si une dernière fois elles peuvent sentir le vent... plutôt que des semelles caouctouteuses et agressives...
Le jour qui se lève plus tard et se couche plus tôt... Un peu casanier à l'approche de l'hiver et des premiers froids. Alors histoire de se préserver, il adopte de nouveaux horaires. Petit à petit. Afin de ne point nous perturber. Un peu plus tard tous les matins. Un peu plus tôt tous les soirs... Et mine de rien, bientôt, il se lèvera à 8h et des poussières pour se coucher à 17h30... Malin le petit...
La promesse de l'été indien. Les dernièrs rayons de soleil venant illuminer les feuilles marrons des arbres. Comme par magie, leur donnant cette couleur d'or, chaude, pleine de chaleur... Et les réminiscences des chaleurs de l'été... Les pulls du matin qui encombrent les bras et les sacs l'après midi. Les déjeuners en terrasse, chacun cherchant à capter le moindre rayon de soleil avant la grisaille et les frimas de l'hiver.
Les odeurs de la forêt. Les chataignes qui tombent. Les champignons. Les marrons. Les feuilles qui jonchent les sentiers dans les bois et les parcs, les fumées des cheminées, l'odeur du bois fraîchement coupé, le crépitement dans les foyers des cheminées, les poêles trouées pour faire cuire les chataignes, le chocolat chaud le dimanche après midi en rentrant de balade dans les bois, Halloween qui pointe le bout de son nez, la couleur orange des citrouilles, potiron et potimarron... Les noisettes, j'allais oublier les noisettes... Et les noix... et...
Les premiers froids. Le plaisir de s'emmitoufler dans de grands pulls dix fois trop larges. De sentir l'air frais le matin en sortant de chez soi. De rentrer se mettre au chaud le soir, retrouver la chaleur de son chez soi. Son petit confort personnel. La chaleur d'un foyer.
Les oiseaux qui migrent vers des contrées éloignées. Là où ils savent qu'ils passeront un hiver au chaud. Les cerfs qui sortent le soir, se retrouvant dans un chant commum, à l'orée des forêts. Les chevreuils et les biches qui se rapprochent des habitations. Cherchant à glaner quelques nourritures et de la chaleur. Au petit matin. Alors que les forêts sont encore endormies et humides de la rosée aurorale.
Hier c'était le premier jour de l'automne. Il y avait un grand soleil. Du vent. Avec deux pulls, il faisait presque chaud. Les feuilles volaient dans le ciel emportées par le vent. Un vent revigoré par l'annonce du début de l'automne. Sa saison. On l'entendait souffler, comme s'il criait sa joie en mugissant... c'était une belle journée.
09:54 Publié dans Textes | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
18 septembre 2008
Ah... Si....
Avec dix ans de retard, Sally découvrait la vie d'étudiante.
Bibliothèque.
Que des choses palpitantes. L'histoire Culturelle; l'histoire culturelle de la France au XXème siècle ; la sociologie des pratiques culturelles ; la sociologie des publics ... Après trois heures, cinq freedent, deux pastilles nicotinell, trois feuilles noircies, c'est avec une faim grondante et un début de migraine ophtalmique qu'elle se décida à partir pour aller manger. C'est drôle comme le fait de réfléchir peur donner faim. Elle avait tellement l'habitude de lire des ouvrages dans lesquels tout coulait de source claire, très claire même, que là, d'avoir du se creuser la tête pour comprendre ce qu'on tentait de lui raconter dans cette langue qui n'était pas du français, impossible, où alors elle ne savait plus lire, et bien maintenant elle avait faim.
Direction le Subway. Un sandwich avec de la viande. Et de la sauce. ...?! Rien que d'avoir cette envie soudaine de manger un truc gras, lourd et calorique l'impressionnait. Adepte des salades et encore pas trop merci, là, elle avait vraiment les crocs...
Au moment de payer, le serveur lui demanda sa carte d'étudiante. Ah! la remarque du jour. Merci pour le moral. Rien que d'imaginer qu'avec sa dégaine d'ado attardée on la prend vraiment pour une étudiante, sa fierté fait un bond dans son ventre. 29 ans et on arrive encore à croire que... Merci monsieur le serveur qui est vraiment étudiant pour le coup... et merci le jean dix fois trop long et quinze fois trop grand, les pulls difformes et le sac à dos Eastpack complètement explosé. D'accord, elle avait le look à faire croire que... Mais entre l'aspect vestimentaire et les petites ridules au coin des yeux cumulées aux quelques cheveux blancs qu'elle avait découvert l'autre jour (ça avait été un choc...), il y a un fossé énorme...
Puis ce fut l'heure de se rendre à l'auto école pour le premier cours de code. Deux heures de cours collectifs. Dans la salle, ils étaient cinq. Parfait ce créneau horaire. 14h / 16h. Personne.
C'est en chemin pour rentrer chez elle que tout à coup Sally parti dans un grand éclat de rire (dans sa tête, il ne manquerait plus que les gens de son quartier la prenne pour une folle... déjà que...) en réalisant qu'elle venait de passer une journée comme elle aurait du en passer il y a dix ans, alors qu'elle était étudiante à Paris...
Et dire que c'était son programme pour les mois à venir...
Lecteur Mp3 enfoncé dans les oreilles, avec Get Well Soon à fond, Sally ne s'était pas sentie aussi libre de toute contrainte et de toute peur depuis de nombreuses années. Pas de compte à rendre. Pas de prise de tête. Pas besoin de faire comme si. Pas de peur de mal faire ou de déplaire. C'était juste une liberté qu'elle n'avait jamais su apprécier ni saisir. Une seconde chance comme ça ne se représente pas souvent. Peut être qu'elle était chanceuse en fait. Sûrement. Ce n'est pas pour rien qu'elle était née un dimanche avec beaucoup de jours d'avance. Et on dit que les enfants du dimanche sont chanceux... Alors... qui sait...
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