16.07.2006
une petite suite
Fermer les yeux… et partir… fermer les yeux et imaginer qu’elle est loin de tout ça… ce n’est qu’un cauchemar… je vais fermer les yeux et quand je les ouvrirais, je serais dans mon lit, chez ma grand-mère…
La matinée était presque terminée… dans quelques minutes le repas… comment est ce qu’elle allait faire… elle voulait pas voir Inès. Elle voulait voir personne d’ailleurs. Juste rester toute seule…
La sonnerie. Clara rouvre les yeux. Elle est toujours en classe. C’est pas un cauchemar. C’est juste la réalité. Si seulement…
Toute la classe se dirige vers la cantine. Dans la foule de la file d’attente, elle aperçoit Inès qui lui fait signe…
- eh Clara… tu viens ?
- euh, j’ai pas très faim là…
- aller… abuse pas… t’avais promis qu’on pourrait parler un peu à la pause ce matin, et je t’ai cherché partout sans te trouver…
- oui… j’étais … euh, je suis restée dans la salle pour voir un truc avec ma prof principale…
- ok…
- mais j’ai vraiment pas faim là… plus tard ok ?
- ouais… si tu veux… je te retrouve où ?
- euh, sais pas … je crois que je vais aller au Cdi…
- ok…
Clara savait bien qu’il fallait qu’elle passe par là… mais elle ne voulait pas… tout ce qu’elle voulait, c’était fermer les yeux… et les rouvrir loin de cette réalité cauchemardesque…
Et si elle se barrait d’ici ? tout simplement… pourquoi pas… après tout… le collège n’était pas surveillé. A cette heure beaucoup d’élèves partaient pour aller manger chez eux. Et rentraient plus tard… alors pourquoi pas…. Mais pour aller où ?
Au Cdi, personne… au moins ici elle serait tranquille pendant quelque temps. Personne pour lui faire de remarques. Personne pour lui poser de question. Juste le silence. Comme dans le bureau de son grand père. Et tous ces livres… au moins ici, elle se sentait bien…
Elle ne voulait pas voir Inès débarquer. Et briser ce calme et cette tranquillité. Elle avait pris un livre au hasard, c’était cachée dans un coin et s’était enfuie dans cet autre monde. Dans cette autre réalité… au bout d’une demie heure, pour ne pas avoir à croiser Inès, elle avait emprunté le livre et était partie se cacher dans un couloir pour lire tranquille. Si seulement elle pouvait rester là toute l’après midi… si seulement…
Mais les si seulement… ne sont que des rêves et des espoirs… et pas la réalité… et les si seulement ne sont pas toujours réalisables… quelque volonté et force qu’on y mette… alors dans la réalité, Inès l’avait trouvée… et dans la réalité, elle a du parler…
- mais qu’est ce que tu fous là ? t’avais dis que tu serais au Cdi ?
- ouais, je sais… mais j’en ai eu marre d’attendre là bas… et comme t’arrivais pas, je suis sortie…
- ah… j’pensais que tu voulais m’éviter…
- pourquoi je voudrais t’éviter ?
- je sais pas… une impression comme ça… tu réponds pas au téléphone pendant deux mois… ce matin, pas moyen de te trouver à la pause… et là, t’étais pas là où on devait se retrouver… juste une impression…
- …
- faut qu’on parle Clara …
- je sais… mais là, j’ai pas trop la tête à ça…
- peut être… mais j’ai l’impression que tu m’en veux depuis… que tu m’évites...
- non…
- et puis t’es bizarre aussi depuis…
- comment ça bizarre ?
- bah tu souris pas, t’as maigri, tu …
- pas maigri… qu’est ce que tu racontes ?
- tu parles plus, tu ne manges pas le midi…
- je t’ai dis que j’avais pas faim… j’irais en fin de service…
- je sais pas si t’as vu l’heure, mais tu l’as loupée la fin de service…
- bon bah tant pis alors… de toute façon, toujours pas faim… alors…
- ouais… t’es vraiment bizarre tu sais…
- peut être…
La sonnerie de reprise des cours… la sonnerie de reprise des cours… la sonnerie… prière muette qui finirait bien par s’exaucer…
- fais voir ton emploi du temps…
- tiens..
- merde… on a aucun horaire en commun. Sauf le mercredi, on finit à la même heure…. Mais toi le mercredi tu vas au piano…
- ouais… dommage…
- même pour les repas… on mange jamais à la même heure…
- t’as raison…
La sonnerie enfin… enfin la sonnerie…
- bon faut qu’on y aille là…
- ouais… mais on a pas pu parler…
- on trouvera bien un moment…
- mouais… je sais pas pourquoi mais j’ai un doute là…
- t’inquiète…
Clara était soulagée… encore trois heures… et elle allait rentrer chez elle. Elle pourrait se mettre au piano… et puis quand ses parents rentreraient, elle monterait dans sa chambre…
Si seulement elle pouvait partir d’ici… maintenant, elle savait où elle irait… le seul endroit où elle se sentait bien… le seul endroit où personne ne l’embêtait…
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22.06.2006
une histoire pas drôle chap... euh... je sais plus
- Je veux pas…
- Va bien falloir pourtant
- …
Le jour de la rentrée… retourner au collège… retrouver tout le monde… affronter tout le monde…Clara n’a pas envie de se lever. Ça fait à peine trois jours qu’elle est revenue de chez sa grand-mère. Elle voulait rester là bas. Pourquoi est ce que sa mère n’a pas voulu ? Pourquoi ? Alors que là bas aussi elle aurait pu aller au collège. Il y en a un. Où elle ne connaissait personne. Où elle aurait été tranquille… retourner au collège…
Depuis qu’elle était rentrée, elle n’était pas sortie de chez elle. Au moins comme ça, pas de risque de croiser qui que ce soit… pas de remarque. De question. Rien. Personne.
Même quand sa mère avait voulu aller au centre commercial pour faire les magasins, elle avait refusé. « achète ce que tu veux, je m’en fous ».
Pendant ces trois jours, elle était restée chez elle. A l’intérieur. En rentrant, elle avait retrouvé son piano. Le seul qui la comprenne. Le seul avec qui elle puisse parler. Et elle avait parlé. Elle avait hurlé tout ce qu’elle avait dans la tête et dans le corps… elle avait lui avait dit tout ce qu’elle n’avait dit à personne pendant ces quelques mois. Il l’avait écouté. Il lui avait répondu. Avec ses mots à lui. Ses vibrations. Sa colère. Sa puissance. Sa douceur. Ils avaient parlé comme ça pendant trois jours… toute sa fureur…
Et puis… et puis elle avait remarqué que ça l’épuisait. Elle fermait les yeux. Posait les mains sur le clavier. Et … partait. Dans un ailleurs. Comme avec les livres. Dans son autre monde. Dans son monde où…
Dans son monde où tout était différent… un monde où elle était encore une enfant. Un monde où rien de mauvais n’existait. Un monde où les lutins, les fées, les arcs-en-ciel existaient. Un monde dans lequel tout était doux. Comme du coton. Dans lequel rien ne faisait mal…
Elle avait pas envie d’y aller…
Elle voulait rester avec son piano et ses livres…
Elle avait pas envie de les affronter…
Se lever. Se doucher. S’habiller… un jean, un tee shirt… pfff… pas celui là… suis énorme là dedans… on me voit trop. Et puis la couleur… du rose…
Une séance d’abdominaux… ça aussi, elle avait commencé chez sa grand-mère. Tous les jours. 300… le matin… et parfois le soir aussi…
Un autre tee shirt… noir… et un jean noir…
- tu viens prendre un petit déjeuner ?
- j’ai pas faim…
- va bien falloir pourtant…
- non. De toute façon, suis à la bourre.
- Bonne journée…
- Ouais… tu parles…
Le chemin pour aller au collège.
Cette année, elle rentrait en 4ème. En chemin, dans sa tête, elle se prépare à cette journée…
Faire comme si. Faire comme si tout allait bien. Comme si tout était comme avant…
- eh Clara !
- ah salut…
- ça va ?
- ouais et toi… ?
- fait chier, c’était bien les vacances…
- clair…
- bon à toute…
- ok…
C’était pas si difficile… coller un sourire sur son visage. Rire. Comme si elle avait juste un masque à poser sur son visage. Le masque de Clara la vie est belle. Un masque. Comme ça, on lui foutrait la paix… pas de question. Pas de remarque. Rien…
- ah, Clara…
- coucou
- la vache…
- quoi ?
- t’as vachement maigri …
- non… c’est parce que je suis habillée en noir. Ça amincit le noir…
- waouh…
- …
- et sinon tes vacances ? j’ai essayé de t’appeler pendant deux mois, mais ta mère m’a dit que tu ne voulais parler à personne…
- oui… je voulais me changer les idées…
- ah… j’aurais bien aimé qu’on parle de…
- t’as vu, il a été arrêté.
- Ouais…
- Bien fait…
- Ouais.. mais on en a jamais parlé…
- C’est plus la peine, il a été arrêté. On est tranquille maintenant.
- Ouais… c’est vrai…
- T’es dans quelle classe ?
- La 4ème 3…
- Et moi, t’as vu dans laquelle j’étais ?
- La 4ème 4…
- On est pas dans la même ?
- Bah non ! t’as pris allemand… ? Je croyais que tu voulais faire espagnol pour qu’on soit ensemble…
- J’avais oublié… j’ai demandé un changement pendant les vacances…
- Bah pourquoi ?
- Juste… bah… comme ça…
- Tu crains…
- Mouais… j’ai mes raisons…
- bonjour ! bienvenue à tous pour cette nouvelle année…
- eh c’est parti… à toute…
- ouais… bon courage… c’est trop con qu’on soit pas dans la même classe…
- ouais… mais… je t’expliquerais ce midi… d’accord ?
- t’as intérêt…
- Bien, je vais vous demander d’aller directement dans les salles affichées devant le numéro de votre classe… et vous souhaite à tous une excellente année scolaire…
Clara se dirige lentement vers la salle de sa classe… c’était pas si difficile de faire semblant… éluder les réponses aux questions trop insistantes… épuisant. Mais au moins comme ça, elle se dépenserait… La prochaine épreuve, c’était le repas à la cantine. Faudrait qu’elle trouve une raison pour pas beaucoup manger… peut être que si elle passait en fin de service… à essayer…
Une classe avec des personnes qu’elle ne connaissait presque pas… parfait. Juste un mec qui était avec elle en primaire et une fille qui était dans la même classe depuis la 6ème. Mais elles avaient jamais été copine.
18:18 Publié dans Une histoire pas drôle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17.06.2006
Une histoire pas drôle... suite
Cela faisait maintenant deux mois que Clara était partie chez sa grand-mère. Deux mois… pendant ces deux mois, elle n’avait parlé à personne. Même pas à sa mère. Ni à ses frères. Elle n’avait voulu voir personne. N’était pas sortie. Ses seuls compagnons, ça avait été les livres de son grand père.
Son grand père était un homme qui aimait lire. Parce que les livres, ça lui offrait cette part de liberté et de rêve qu’il avait perdues quand, petit, il avait du fuir la Pologne. Parce que les livres, ça lui offrait ce savoir auquel il n’avait pas eu le droit en arrivant ici. Parce qu’alors, c’était le polack… celui qui n’était pas d’ici. Qui était autre… surtout avec son prénom… Aloïs.
Parce que les livres, c’était la vie…
Alors Clara s’était plongé dans les vies d’autres personnes, était partie visiter d’autres pays. S’était fait des amis d’ailleurs… était partie dans un autre monde. Celui de la fiction… tout était tellement plus facile dans ce monde là… tout était tellement plus beau… et puis… et puis même si on souffrait, c’était pas pour de vrai. C’était juste le temps de la lecture. Juste le temps d’accompagner le héros pendant quelques temps… et quand on refermait le livre à la fin, on avait plus mal… c’était plus facile dans ce monde là…
Les livres de son grand père n’était pas comme ceux de sa mère. C’étaient pas des romans à l’eau de rose où tout le monde est toujours beau. C’était des livres qui parlaient de la vraie vie… celle qui fait mal parfois. Celle qui blesse. Celle qui marque… celle qu’on vit… pas cette guimauve sentimentale… dans laquelle on se foutait de sa gueule en lui faisant miroiter un monde idéal…
La bibliothèque était la pièce qu’elle préférait dans la vieille demeure…
Sombre.
Tout en bois.
Avec un vieux fauteuil et un vieux canapé.
Un grand bureau en chêne.
Des grands rideaux rouges et verts.
Ça sentait le renfermé.
La poussière.
Le vieux.
Pas un bruit.
Les pas étaient étouffés par un gros tapis poussiéreux…
Une cheminée. Pleine de cendres.
Un tableau au mur.
Elle aimait cette pièce… parce qu’elle y retrouvait son grand père. Même s’il était mort. Même si… les morts ne reviennent pas… pourtant… dès qu’elle rentrait dans cette pièce, elle sentait la présence de son grand père.
Elle allumait la lampe du bureau.
Allait jusqu’à la grande bibliothèque. Et laissait sa main passer sur les tranches des livres… et parfois, elle entendait son grand père lui dire… stop…. Celui-ci…. T’es sûr ? Oui…. Vas-y… Merci….
Et elle allait se lover dans le vieux fauteuil….
Pendant ces deux mois, elle avait rencontré quelques auteurs… comme Dostoïveski, Tchékov, Corneille, Racine, Jim Harrison, Raymond Carver, Boris Vian, Shakespeare, Emilie Brontë…
Parfois elle ne comprenait pas tout… mais elle partait… et c’était tout ce qui comptait… et partait loin… En Russie, à la rencontre des Tsars… Dans le Montana… dans les tragédies Grecques…ailleurs…
Et alors, elle pouvait tout oublier…
Depuis deux mois…
Dans quelques jours, sa mère allait venir la chercher.
Elle allait rentrer là bas.
Retourner au collège.
Affronter…
Dans quelques jours… rien que d’y penser, des larmes se mirent à couler le long de ses joues… une nouvelle crise….
- tu es là…. Je te cherchais partout…
- …
- on passe à table…
- j’ai pas faim.
- Comme tu veux… mais fais moi au moins l’honneur de ta présence pour cette dernière semaine. Je ne te forcerais pas à manger. Mais juste que tu viennes t’asseoir à table…
- D’accord…
Sa grand-mère avait mis deux couverts sur la petite table posée face à la télé. Sa compagnie de tous les jours. Le journal de 20h, pour manger… ou plutôt pour se couper encore davantage l’appétit… que des images de désastres, de meurtres, d’incendie, de guerre… à quoi bon…
- il parait qu’un cinglé qui agressait des jeunes filles de ton âge à été arrêté par chez toi…
- ah…
- on n’est plus en sécurité nulle part… de nos jours… il a été pris pendant qu’il tentait d’agresser deux filles de ton âge sur la route de la forêt…
D’autres… d’autres comme elle… il était en prison… elle était libre… elle pouvait recommencer à sortir…
- tu crois qu’ils vont montrer des images ?
- oui… tiens regarde…
Mais ce n’était pas la peine de le lui dire. Elle avait tout de suite reconnu ce visage qui hantait ses journées et ses nuits depuis ce jour… ce rictus moqueur… ces yeux… il était en prison… avec à son « actif », 15 agressions recensées… sans parler de celles pour lesquelles les jeunes filles n’avaient rien dit… Est-ce qu’elles étaient beaucoup comme elle, à n’avoir rien dit ? Est-ce que si elle avait parlé ce jour là, il aurait pu être arrêté plus tôt et … ?
Est-ce que…. Trop de questions qui se bousculaient dans son esprit… rien que de le voir à l’écran, elle avait envie de vomir… rien que d’entendre parler de lui…. Et elle se sentait nauséeuse…
- tu ne veux toujours rien manger ?
- non…
- tu es certaine ?
- oui…
- tu sais, tu devrais prendre des forces. C’est la rentrée dans quelques jours… et …
- et quoi… ?
- tu as perdu beaucoup de poids quand même…
- non… je suis toujours pareille. Qu’est ce que tu racontes ?
- tu es très mince…. Et ta poitrine a complètement disparue…
- c’est pas vraie… je ne suis pas mince… et regardes… mon soutien gorge me serre… alors tu vois…
- …
- ….
- Si tu le dis… c’est ton corps après tout. C’est toi qui sais… et puis, on va éviter de se disputer pour des broutilles alors que tu pars bientôt…
- Oui…
12:57 Publié dans Une histoire pas drôle | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
01.06.2006
Une histoire pas drôle chap 3
- Madame la directrice ?
- Oui ?
- Bonjour, je suis Madame Leïbovici. La maman de Clara.
- Bonjour…
- Euh…je vous téléphone au sujet de Clara
- Ah oui ! on m’a rapporté qu’elle était absente depuis deux jours.
- Oui. C’est à ce propos que je vous appelle.
- Rien de grave j’espère ?
- En fait, je ne sais pas. Elle refuse de s’alimenter et de sortir depuis quatre jours. Le médecin vient de partir. Il me conseille de l’envoyer au grand air. Ailleurs. Loin d’ici. Et comme c’est bientôt les vacances d’été, j’avais pensé l’envoyer chez ma mère à la campagne. Mais cela suppose qu’elle ne finisse pas l’année scolaire.
- Cela ne devrait pas poser de souci majeur. Son année scolaire n’était pas catastrophique. Et son passage en classe supérieure n’en sera pas compromis.
- Merci madame.
- De rien. Ce sont des choses qui peuvent arriver… à l’année prochaine alors ?
- Oui. Encore merci.
- De rien et prompt rétablissement à Clara…
- Je lui transmettrai.
- Clara, c’est ta mère au téléphone. Tu viens lui parler ?
- …
- Clara ?
- ….
- Désolée… elle ne veut toujours pas…
- C’est pas grave. Je m’en doutais. Toujours pareil ?
- Oui. Elle reste toute la journée dans le jardin à lire. Sans parler.
- Et les repas…
- Quand elle a vraiment faim, elle vient picorer dans le frigo. Dans légumes ou des fruits. Ou alors du lait ou du jus de fruit…
- Rien d’autre ?
- Non. Le reste, elle y touche pas. Ou alors elle vomit…
- C’est pas vrai… j’en peux plus. Je sais pas quoi faire.
- Je crois pas qu’on puisse y faire grand-chose, ma fille…. Tout ça, ça se soigne pas comme ça….
- Je sais…. Bon je te rappelle demain…
- Bien….
- Clara ? ta mère au téléphone…
- …
- Eh oh, chérie, y a quelqu’un ?
- …
- toujours pas…
- bien…
- à demain…
- oui…
Quelle connerie que ces foutus contes de fées. Tu parles. Tout ça pour nous faire croire que dans la vie, les choses peuvent être belles et faciles. Ils se foutent de notre gueule oui. Pour nous berner plus facilement. On se laisse endormir. Bercer par ces belles histoires… et quand on s’y attend plus, quand on est ailleurs, ils nous attaquent. Nous frappent en traître. Comme des lâches. C’est tellement plus facile de nous abattre comme ça…. Foutue vie de merde oui ! Parce qu’on y croit pas quand on entend cette petite voix faiblarde nous dire, fais attention, ça n’arrive pas qu’aux autres. T’es pas plus à l’abri. Tu parles. Une petite voix geignarde. Pas plus forte qu’un souffle. Comment on pourrait la prendre au sérieux ? face à toutes ces belles paroles hurlées haut et fort, face à ces clameurs, face à…. Va te faire voir, foutue vie de merde….
Clara venait de finir le livre que ça mère lui avait envoyé. Une belle histoire d’amour. Plein de bons sentiments. Tu parles…. Tous ces beaux discours… d’un geste rageur, elle envoie le bouquin à l’autre bout du jardin…
Dans quelques jours, il lui faudrait rentrer chez elle. Elle était bien ici pourtant. Avec sa grand-mère. Qui acceptait en silence son mutisme. Avec le silence du jardin. Juste les oiseaux. Le bruit du vent dans les arbres. Pas de voiture. Pas de bruit de moteur. Personne d’autre que sa grand-mère…
Dans quelques jours, elle allait rentrer chez elle. Retrouver sa vie. Devoir sortir dans la rue. Aller au collège… à moins…. Faudrait qu’elle se barre. Ou qu’elle demande à changer de collège. A venir ici… ou…
Des larmes de panique commençaient à couler le long de ses joues.
Eh merde…. Ça recommençait. Elle arrivait plus à respirer… elle allait étouffer… vite… comme sa grand-mère lui avait montré. Le sac en papier. Souffler dedans. Et inspirer. Expirer. Inspirer. Expirer. Inspirer…
Dans quelques jours…
21:20 Publié dans Une histoire pas drôle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.05.2006
Une histoire pas drôle suite
Vous êtes bien sur le répondeur du 06.81.75.79.86. Veuillez laisser un message après le bip sonore…
- Clara… c’est encore moi. Je sais que t’es là… allez décroche la prochaine fois…. C’est juste pour savoir comment ça va…. Allez ! Eh ! Clara…. S’il te plait…. Bon… tu peux me rappeler quand tu veux. Ok ?
Allongée sur son lit. La musique à fond. Dans le noir…Elle ne rappellerait pas. Elle ne décrocherait pas. Faire comme si rien ne s’était passé. Et pourtant… toutes ces foutue images dans sa tête. Et pourtant, la voix de ce mec. Qui lui foutait des frissons dans le dos. Rien que d’y penser. Et pourtant… elle avait beau faire, impossible d’oublier cette scène. Impossible… elle aurait tant aimé la chasser au fonds de son esprit, quelque part où elle serait enfermée à jamais. Mais elle ne pouvait pas. A chaque fois qu’elle fermait les yeux, elle le revoyait. A chaque fois que la musique s’arrêtait, elle l’entendait….
- Clara, baisse le son… ou je monte…
- …
- Clara… !
- …
- Ok, je monte….
- Fous moi la paix !
- Ecoute, ça va pas se passer comme ça… je sais pas ce que t’as depuis l’autre jour, mais tu vas vite fait te reprendre…
- Fous moi la paix…
- Et tu arrêtes de me parler comme ça !
- …
- Et maintenant, tu descends manger avec tout le monde. Et tu coupes cette musique…
- J’ai pas faim.
- Je ne veux pas le savoir. Tu descends. Et tu viens à table avec nous.
- Je te dis que j’ai pas faim…
- Ok… je capitule. Fais comme tu veux. De toute façon, …. Quoi que je fasse ou que je dise, t’en fera qu’à ta tête…
Rien que l’idée de manger, et elle avait envie de vomir… vomir tout ce qu’elle avait dans ce corps. Vomir…. Se vider… complètement. Si elle pouvait vomir ce qu’elle avait dans sa tête aussi…
Après … après, elle était rentrée chez elle. En courant. Sans s’arrêter. Le plus vite qu’elle pouvait. S’était déshabillée. Puis elle était restée sous la douche pendant 2 heures. Se laver. Faire disparaître tout ça de son corps… si elle se lavait, elle oublierait. Elle en était sûre… c’était la seule solution….
- Eh ! les filles ? vous allez où comme ça ? Deux belles jeunes filles comme vous… ça peut être dangereux vous savez…. Vous voulez que je vous emmène…. ? en plus mignonnes et sexy comme vous êtes…. Allez vous faites pas prier…. Montez !
- Euh, Inès, je préfère pas…. Il m’inspire pas confiance lui….
- Allez… trouillarde…
- Non, je te dis que j’ai pas envie…
- Pffff…. Tu crains….
- Allez ! vous grimpez ?!
- Non… on va continuer à pied….
- Ah ouais ! vous êtes sûres ?
- Oui…
- Je crois pas moi…. Moi ce que je crois, c’est que vous allez grimpez avec moi sans vous faire prier et qu’on va aller s’amuser un peu… regardez… y a de quoi faire…
- Mais ça va pas la tête… qu’est ce que vous faites…
- Bah quoi, je vous montre…. Allez les gamines… m’obliger pas à vous faire grimper de force…. On va être bien sages et….
- Ok, le dingue… tu vas nous laisser tranquilles ok…
- Genre… sapées comme vous êtes. Et aguicheuses comme ça…. Vous allez pas me jouer les saintes nitouches….
- Ok… Clara, on y va…. Viens… purée, mais y jamais personne qui passe par là…. Allez une voiture…. Vite…. S’il vous plait…
Et c’est une voiture qui les a sauvée…. Un bruit de moteur. Et le gars a pris peur et il est parti en les insultant.
- je vous retrouverais… et on pourra aller s’amuser….
Et elles étaient parties en courant. Sans s’arrêter. Jusqu’à chez elles.
Et depuis Clara n’arrivait pas à oublier. Et elle voulait surtout pas parler à Inès. Parce qu’elle était sûre que tout lui reviendrait à l’esprit. Encore plus. Et …. Plutôt se taire. Oui…. Se taire pour oublier…
12:15 Publié dans Une histoire pas drôle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12.05.2006
Une histoire pas drôle
- Clara, je pars faire les courses…
- Tu vas où ?
- Au centre commercial.
- Attends, je mets mon manteau. Je viens avec toi.
- Non.
- Quoi ? mais y a cette robe super belle qu’il me faut absolument.
- Je te rappelle que tu es punie à cause de ton dernier bulletin.
- Oh aller ! c’est bon, je travaillerais mieux pour le prochain.
- Tu m’avais déjà dis ça le mois dernier. Donc non !
- Tu le fais exprès de me brimer de toute façon…
- …
- est ce qu’au moins je peux aller voir Inès ?
- non.
- Quoi ?
- Non. Tu es punie. Tu restes à la maison un point c’est tout. Profites en pour faire tes devoirs pour changer. Ça te fera du bien pour une fois.
- Pas le droit de sortir ? Mais ça va pas la tête ? de toute façon, je te déteste ! Hurle Clara en sortant de la pièce.
Surtout claquer la porte pour qu’elle comprenne à quel point je lui en veux. Et celle de ma chambre aussi… de toute façon, je la hais. Elle fait tout pour me faire chier.
Mathilde, la mère de Clara sort de la maison de soupirant… avoir une adolescente de 12 ans à la maison, c’était pas de tout repos. Un long combat au quotidien. Et depuis que Clara fréquentait Inès et sa bande, elle était de pire en pire…
Et puis, à chaque fois qu’elle se rendait au centre commercial c’était la même histoire. Crise de larmes, injures, portes qui claquent, puis quand elle cédait, c’était les magasins de mode pendant deux heures. Et une fortune de dépensée.
Pour une fois, elle serait ferme et laisserait Clara piquer sa crise de nerfs toute seule. Et puis elle aussi avait besoin de se changer un peu les idées. De se reposer. Parce que depuis que Clara s’était fait des nouvelles copines, cette Inès et sa bande, elle était devenue intraitable. Capricieuse. Elle qui avait de si bons résultats scolaire se laissait complètement aller et ses notes chutaient de façon catastrophique. Un peu de repos loin de tout ça lui ferait le plus grand bien.
D’un autre côté, elle se sentait coupable de laisser Clara toute seule à la maison un samedi après midi… Ses frères étaient partis avec Pierre, son mari pour bricoler dans la maison de François, le frère de Pierre. Clara était vraiment toute seule dans la maison. Même pas ses frères. De remords, elle compose le numéro de la maison. Occupé. Fallait s’en douter. Elle doit déjà en train de raconter à Inès à quel point sa mère est un monstre et la tyrannise.
Le centre commercial. Situé à cinq kilomètres du village, c’est l’attraction du coin pour tous les adolescents. Ils s’y retrouvent en bande le samedi après midi. Assis devant. En train de fumer leur clope pour les mecs. A zoner devant les boutiques. A essayer tous les nouveaux vêtements « waouh, c’est trop cool ce truc, il me le faut ABSOLUMENT » pour les filles… Faut dire que dans la région, il n’y a pas grand-chose à faire. Excepté quelques champs, la forêt, le stade… c’était très mort comme endroit. Quand ils avaient emménagé dans ce pavillon il y a quelques années, Clara et ses frères n’étaient que des enfants. Et un jardin la contentait sans problème. Une balançoire. Ses Barbies et les legos de ses frères… c’était parfait. Ils avaient fait ce choix quand Pierre avait été muté par son boulot. Dans la ville voisine. Avec une augmentation considérable. Qui leur permettait de quitter leur appartement de la cité pour ce pavillon dans ce petit village de campagne.
En cinq kilomètres on a le temps de laisser défiler ses pensées… Mathilde était arrivée au centre commercial.
Bon aller… ailleurs les mauvaises pensées. Cet après midi, c’est pour moi. Et puis je lui prendre sa robe. Comme ça ce soir au moins, elle fera pas la gueule…
Clara n’avait pas mauvais fonds. Et ça la faisait chier de s’être encore disputée avec sa mère. Mais Inès disait que si elle voulait réussir à être vraiment une fille cool, il fallait qu’elle arrive à obtenir tout ce qu’elle voulait de ses parents. C’est comme ça qu’elle faisait elle et on lui disait jamais rien. Elle avait toujours tout ce qu’elle voulait. Et faisait tout ce qu’elle voulait. Faut dire aussi que ses parents n’étaient pas souvent là. Ils étaient souvent en voyage pour leur boulot et Inès restait seule avec sa grande sœur…
Mathilde ne s’était pas trompé. A peine la voiture avait elle quitté l’allée que Clara s’était ruée sur le téléphone pour appeler Inès.
- allo ?
- ouais, c’est moi.
- Ça va ?
- Non !
- Ta mère ?
- Ouais. Elle fait chier. Elle s’est barrée au centre commercial et moi je suis enfermée ici.
- Quoi ? ça craint !
- Clair… soi disant que mes notes seraient en chute libre et catastrophique. Mais je suis sûre que c’est juste pour me faire chier…
- Ouais… c’est galère ça… t’as même pas le droit de sortir ?
- Non.
- Tu veux que je vienne ?
- Pas le droit non plus. Faut que je fasse mes devoirs pour une fois parait il….
- Pas cool…
- C’est clair… mais je m’en fiche. Je compte pas bosser. Rien que pour le faire chier…
- Attend ! elle t’as dit pour combien de temps elle en aurait ?
- Ouais… quatre heures environ. Entre les courses et les magasins. Elle veut prendre du temps pour elle… rien que ça. En me punissant et me cloîtrant ici…
- J’ai une idée…
- Vas y ? balance ?
- Le centre n’est qu’a cinq kilomètres. On en a pour une heure à pieds en marchant vite… au pire, on peut essayer de faire du stop… si on part dans cinq minutes, ça nous laisse au moins une heure et demie pour faire les magasins… faudra juste ruser pour pas croiser ta mère…
- Carrément. Ça le fait… tu sais que t’es brillante toi des fois ?
- Ouais, je sais… t’es prête ? on se retrouve à la sortie du village dans cinq minutes ?
- Yap… à toute…
C’était brillant. Comment ça se faisait qu’elle n’y avait pas pensé elle-même. Se carapater à pieds pour aller là bas. Et puis ça ferait une bonne leçon à sa mère. La priver de sortie. Et puis quoi encore. Pour qui elle se prenait d’abord ?
Faudrait juste pas se faire choper. Mais ça sera encore plus drôle. De devoir se planquer. Un peu de piquant dans sa journée. Bon juste le temps de faire une retouche maquillage au cas où il y ait Samuel et sa bande… heureusement qu’elle s’était sapée en perspective du centre commercial ce matin. Le jean qu’il fallait. Avec le bon débardeur.
Pour aller au centre commercial à pieds, elles avaient le choix. Entre longer la route nationale, le plus direct ou prendre la petite route de campagne. Elles prendraient la petite route. Moins de risque de croiser une connaissance. Presque personne ne passait par là. C’était pas très rassurant comme route. En plein milieu de la forêt. Mais au moins elles seraient tranquilles.
Quand elle arrive à la sortie du village, Inès est déjà là qui l’attend. Sapée juste comme il faut elle aussi. Avec sa robe courte….
- on y va ? pas de temps à perdre. Plus on traînera, moins on aura de temps pour faire les magasins.
- T’as raison… on passe par la petite route ? c’est plus sûr.
- Elle me file les jetons cette route. Mais ouais, au moins, on croisera personne.
- Ya. Moi aussi elle me fout les jetons, mais là on est deux. On craint pas grand-chose.
- Ouais… et puis y en que pour moins d’une heure… on va marcher vite…
- Ouais…
- Elle craint trop ta mère… te priver de sortie à cause de tes notes. Si en plus elle apprend que tu sors avec Samuel, elle va péter un câble et te faire enfermer au couvent…
- Clair. Faut surtout pas qu’elle le sache…
- Il sera là bas ?
- Peut être. Il m’a dit qu’il allait traîner avec ses potes cet après midi…
Ça faisait une semaine maintenant qu’elle sortait avec Samuel. Son premier petit copain. Elle était super fière. C’était un mec de troisième. Et elle était qu’en cinquième. Ça assurait trop… Samuel avait quatorze ans. Il habitait la cité, là où elle vivait avant. Et là où elle allait au collège. Il était venu la voir l’autre jour pendant la pause. Et lui avait dit qu’elle lui plaisait et que ça serait cool si elle devenait sa copine. Elle…. La copine de Samuel ! le gars le plus cool du collège. Avec sa mobylette. Et la façon il dont tenait sa cigarette quand il fumait… il était vraiment trop cool… toutes les filles de sa classe étaient jalouses depuis… cette robe, c’était pour ça qu’elle voulait l’acheter. Pour aller à une soirée où il l’avait invité. Sa mère le savait pas encore. Mais elle trouverait bien un mensonge pour qu’elle la laisse sortir. Et elle arriverait à négocier pour que la punition soit levée. D’ici à dans deux semaines…
- aller on a fait la moitié…
- ouais… on commence à le voir au loin… t’as des thunes toi ?
- ya… un peu… et toi ?
- ouais, j’ai pris ce que j’avais de côté et j’ai piqué dans la tirelire de mon frangin pour le reste… je le remettrais avant qu’il s’en aperçoive. De toute façon, il compte jamais. Et il est tellement radin qu’il dépense rien… il pense qu’à son piano. Et à lire…
- ouais… mais qu’est ce qu’il est craquant….
- Peut être… mais il est craignos. Je t’assure. C’est mon frère, je le connais. C’est pas toi qui le supporte tous les soirs avec ses leçons de morale à deux balles… genre… les parents ont raison, Clara, il faudrait que tu sois un peu plus sérieuse et que tu penses plus à tes études… tu sais… blablabla….blablabla…
- Clair… t’as vu on a pas croisé une voiture depuis qu’on est parties. Ça fait combien de temps qu’on marche là ?
- 20 minutes… c’est long… j’ai mal aux pieds avec ses chaussures…
- moi aussi… j’aurais pas du mettre mes talons… mais ça me grandit… et si on croise une voiture, on a qu’à faire du stop…
- ouais… euh, faut quand même faire gaffe…
- c’est bon, on risque rien. On est deux… et puis j’en fais des fois avec les autres filles de la bande…
- ok… dès qu’on voit une voiture alors…
10:00 Publié dans Une histoire pas drôle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note


